De l'Origine des Lations

Rumeurs comme faits sûrs sont discutés en ce lieu.

De l'Origine des Lations

Messagepar Lation » Mar 17 Mar 2020 18:38

De toutes les guerres, il est des choses où les soldats se reconnaissent. Ainsi, chacun ici, pour peu qu'il ait participé à une campagne, se souvient d'un de ces moments où après une longue, ennuyeuse et harassante journée à marcher dans la poussière sous le soleil, on en arrive à monter le camp. Les corvées expédiées, le jour tombé, il ne reste que la lune blafarde qui colore le décor d'un halo lugubre pendant que le feu où se rassemblent les hommes joue de ses ombres charbon et sang sur les visages marqués par la fatigue. Enfin, le fracas de l'ost en marche fait place au silence feutré de la nuit. C'est ainsi que commence mon histoire, avec un vieux sergent de compagnie tout couturé de cicatrices, dont l'humeur habituellement taciturne s'encanaille à la chaleur d'une bouteille d'un quelconque picrate d'Aiguenoire. Adossé à un mégalithe couvert de runes à demie effacées par les affres du temps, caressé par la brise fraîche du soir alors que les saules bruissent et que la proche rivière ensorcelle de son chant la terre, un verre à la main, le vieux sergent ouvre la bouche. Le moment est si inhabituel que le brouhaha incessant des soldats se tarit. Chacun interroge du regard son voisin: va t'il parler ?

" Connaissez vous l'histoire d'Itul ? " demande t'il à tout un chacun, sans s'adresser à personne, le regard perdu dans les braises.

Abasourdis, les soldats se taisent, conscients de la solennité de l'instant. Le saule cesse sa danse venteusement flegmatique et la rivière, son hypnotisant murmure. Peu à peu, chacun cherche une position confortable, les oreilles attentives, les sens en éveil. Le feu crépite et jette des étincelles vers le ciel comme pour chatouiller les étoiles. La soirée est agréablement fraîche et le vin abondant. Le temps suspend sa danse.

Et c'est ainsi, assis sur un tronc perdu dans les ombres, à bonne distance du feu, que j'écoutais le vieux sergent.


" Cette histoire remonte aux aubes de la tribu, il y a plus de mille ans. Ne croyez pas que la tribu commence avec sire Gallus. Gallus est l'héritier d'une longue lignée, tout orphelin qu'il est. Il a été adopté par la dernière chef, une fille Lation très étrange, si vous me demandez mon avis. Une légende fait d'ailleurs remonter l'origine de la lignée à une fée, mais je n'y crois pas. Mais peu importe, je voulais parler d'Itul.

" Itul était avec son frère Ab à la tête de la tribu Lation. Ensemble, ils formaient une sorte de conseil qui décidait de la conduite des affaires familiales. Mais autant Itul était impétueux, colérique et rageur, autant Ab était sage, posé, calculateur. Ainsi les deux frères, conscients de leurs différences, se répartissaient les tâches. A Ab, la partie gestion et commerce, Itul s'occupant de religion et de guerre, évidemment. Leurs charges les faisaient beaucoup voyager. Ainsi Ab parcourait le monde, de bourg-du-cerf au rempart d'hédarion, cherchant le blé et l'orge. Il savait comme nul autre dénicher les bonnes affaires. Il achetait en vrac, mettait en sac et inondait ensuite les marchés en faisant des bénéfices colossaux: c'est la grande ère de l'épis Lation. Le drapeau vert couvert d'épis flottait sur tous les marchés. Ab inventa même une machine mécanique triant le bon grain de l'ivraie grace à une sorte de glue. On l'appela très vite la tri en glue Lation pour sa fiabilité légendaire qui nous permettait de toujours savoir où nous en étions dans nos affaires. Ab dut d'ailleurs aller se justifier auprès de la guilde marchande. Il fut accusé de concurrence déloyale et de s'enrichir peu scrupuleusement grâce aux pouvoirs de sa cousine, la nymphe Lation.
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Re: De l'Origine des Lations

Messagepar Lation » Mar 17 Mar 2020 18:44

" Itul quant à lui voyageait aussi. Mais pas seul. Il avait commencé par vouloir former une armée en appelant à lui tous les volontaires au pillage. Il envoya donc des messagers aux quatre coins du monde. Le but était de constituer la plus grande armée jamais vue et de la mettre au service des Dieux. Mais ses messagers furent achetés par ses ennemis. Les parchemins contenant ses ordres furent ignominieusement modifiés. Le point de rassemblement fut changé et les volontaires furent enrôlés de force dans les armées ennemis.

" Les messagers ne coururent pas loin. Itul organisa une immense chasse à l'homme. Chacun d'eux fut pisté, débusqué et pour finir capturé. Itul les passa lui même au fil de l'épée après leur avoir fait arracher la langue pour les récompenser de leur félonie. Mais le mal était fait et ses ordres étaient désormais systématiquement discutés. Itul dessina alors un sceau que lui seul détenait et dont il signait tous ses parchemins. Ainsi, sa parole était infalsifiable et tout le monde pouvait voir de qui elle émanait.

" L'appel Lation d'origine controlée eu beaucoup plus de succès. L'armée grossie et finit par ne plus passer inaperçue. Ab s'enquit alors du rôle et de l'utilité de cette armée au vu du coût astronomique de son entretien. Pour lui répondre, Itul convoqua un concile; il était convaincu de la nécessité de servir Thempkar avec une force armée conséquente et voulait en convaincre son frère. Mais le concile Lation n'eut pour résultat que de séparer Itul et Ab. La suite est très peu claire: les deux frères s'entendaient bien malgré leurs différences de tempérament et on peut supposer qu'un dieu est probablement intervenu auprès d'Itul pour envenimer la situation. En tout état de cause, Ab Lation campa sur ses positions jusqu'à ce qu'Itul le fasse lâchement assassiner.

" Pour remercier Itul de sa dévotion, Thempkar lui offrit une cape qui devait le protéger de tout mal. Cette cape était aux couleurs d'Itul, ocre et mer, un griffon sur le tout, symbole de sa domination sur les terres et les mers d'Hédarion. Itul voyagea alors de par le monde à chercher de nouveaux lieux. Il trouva un passage entre la citadelle de Rokdor et la forêt de Jade en franchissant plusieurs cols inconnus. Il nomma chacun d'eux de son nom accolé de l'heure à laquelle passait son armée. C'est au col Lation de midi que les choses se compliquèrent. La cape de Thempkar pris soudain vie sur le dos de son porteur et commença à l'étrangler en exigeant de lui une dévotion absolue à son dieu. Il devait sacrifier un homme chaque jour et ainsi recevoir les ordres divins lors d'une transe. Ainsi Itul fut contraint de semer son chemin de cadavres pendant ce qu'on ne tarda pas à appeler la transe Lation. Les ordres de Thempkar étaient toujours brefs et se résument en deux mots: massacres et pillages. Notre armée fut alors connu de tout Hédarion comme la plus sauvage. Nous étions honnis. Les combats étaient incessants et quand nous triomphions, nous buvions le vin et le sang dans les cranes de nos ennemis. Et si par malheur nous étions vaincus, c'était dans celui de nos compagnons morts au combat. Vae victis !
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Re: De l'Origine des Lations

Messagepar Lation » Mar 17 Mar 2020 18:53

" Nous étions alors dans des âges sombres. L'armée d'Itul arriva en vue de la nécropole où nous devions réparer nos armes quand un fort parti nous tomba dessus. Leurs oriflammes claquaient au vent et nous sentions le lourd grondement des sabots des chevaux jusque dans nos tripes. Nous n'entendions que le cliquetis des armures, le choc des armes, le souffle des bêtes. Les carnyx nous assourdissaient pendant que les lourds tambours de guerre faisait trembler l’atmosphère, mais pas un cris ne sortais de cette armée. Son avancée était imperturbable, inhumaine, inexorable. Nous organisâmes rapidement un mur de défense fait de boucliers et de lances en appui, mais la marée soldatesque de l'ennemi ne s'en émut pas et la franchi dans un effroyable vacarme de tôles froissées, de hurlements de douleur et de bris de lance. Itul, voyant la ligne de front flancher et peu à peu se briser lança son corps de chevalier à l'assaut, lui même à sa tête. La cape virevoltante, il disparu dans la mêlée. Personne ne sut jamais ce qui arriva. Brutalement, le vacarme s'estompa. Alors que chacun se regardait, couvert de boue et de sang, l'armée ennemi qui avait cause acquise cessa le combat, recula, puis s'évanouit au delà des collines. Elle ne s'enfuit pas, elle ne rompit pas, non, c'est comme si chacun des soldats qui la composait décidait simplement de remballer ses affaires et de rentrer chez lui. Ne resta qu'un petit comité de grands personnages habillés de blanc autour d'un catafalque. Le cercueil surmonté d'un gisant au trait d'Itul était habillé d'une cape à ses couleurs... La cape Itul Lation, la maudite. Cet habit avait été grossièrement rallongé du coté du col pour y ajouter les couleur du frère disparu. Ainsi, les couleurs de la tribu étaient à nouveau unies.

" Quand tout le monde eu reprit ses esprits, les personnages en blancs avaient disparu. Il ne restait rien du combat, ni catafalque, ni gisant, ni tombeau, ni cape, seulement nos morts. Personne ne pouvait en enterrer autant. Encore aujourd'hui, ne dois pousser là bas que des os Lation. Et personne, jamais, ne su ce qu'il était advenu du corps d'Itul, ni de sa tristement célèbre cape. "

Le silence était total. Je regardais le vieux sergent mais il était visiblement arrivé à la fin de son histoire. Je me rappelle m'être dit que je devrais parler à cet homme mais malgré mes efforts, je ne l'ai jamais retrouvé par la suite. Il avait une étrange façon de raconter, presque comme s'il avait pu vivre ce qu'il nous disait. Je sorti de ma rêverie avec l'impression d'être observé. Il me fixait droit dans les yeux. Son regard était de braises et les ombres qui jouaient sur son profil couturé en accentuait la force. J'étais dans la pénombre, il ne pouvait pas m'apercevoir mais j'ai du détourner les yeux, incapable de lui tenir tête. Je le regardais à nouveau aussitôt, mais le vieux sergent était penché sur le feu et ne m'accordait aucun intérêt. Peut-être ai-je rêver ?

Bah, balivernes ! Car il s'agit probablement d'un conte, un conte pour enfant ou pour soldat en mal de chaleur et se mourant d'ennuis après une fastidieuse journée de marche. Je me levais silencieusement pour regagner ma tente. Oui, probablement un conte... hampe Lation était plantée au milieu du carré des officiers, et mon blason à son sommet flottait au vent : parti d'azur et de gueule, au griffon armé et becqué d'or, brochant, au chef cousu de sinople chargé de trois épis d'or posé en barre. Évidemment, le blason était le même, mais qui dans cette armée n'était pas capable de le reconnaître ? Ce blason qui désormais est mien est celui pour qui je combat car je suis fier de conduire cette famille qui m'a accueilli, même si elle fut tiraillé entre l'ordre et le chaos, car voir de droite et de gauche, c'est aussi Lation.
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