Doutes

Les livres poussiéreux racontent beaucoup de choses.

Doutes

Messagepar Llerayn » Mar 23 Oct 2018 21:14

Lettre de Brutus Galyfreya à Daichi Tokoyami

Cher Daichi,

J'ignore si tu ouvriras seulement cette lettre, en vue du sceau des Galyfreya qui orne la fermeture de l'enveloppe, et j'ignore si tu ne la jetteras pas simplement aux ordures aux deux premiers mots de celle-ci... Mais si tu continues encore à lire ces mots, je t'en remercie !

J'ai appris la naissance du jeune Erozog, et je souhaitais simplement te présenter toutes mes félicitations. J'espère que les dieux lui seront favorables, et qu'il deviendra un aussi bon dirigeant que son père... Bien que j'ignore si cela est un bon signe pour les factions du bien...

Cordialement,

Brutus Galyfreya
Second dirigeant du clan Galyfreya
Noble de la Rebellion d'Hedarion





Borhobre 1375 - Temple des Ombres

"Maître..."
Penché sur le bureau en bois précieux, le maître nécromancien ne répondit pas, concentré sur des schémas complexes, annotés d'une écriture peu appliquée.
Enfin, après avoir soigneusement écrit ses remarques sur un livre qu'il avait ouvert à côté, il leva la tête vers celui qui l'avait interpellé de longues minutes auparavant.
"Qu'y a-t-il ?
-Maître, vous avez reçu une missive.

Daichi se pinça la lèvre. Il n'avait toujours pas l'habitude que l'on l'appelle "Maître"
-Es-tu sûr qu'elle m'est adressée ?
-Oui Maître, le messager a insisté pour qu'elle vous soit remise en main propre.
-Allons bon... Il soupira et tendit la main. Donne."
Le nécromancien ne se fit pas prier, remit la missive et s'éclipsa. L'Empereur le regarda s'en aller les yeux dans le vague. Quand il n'entendit plus les bruits de pas, il baissa la tête sur la missive dans sa main. Il fronça les sourcils. Le sceau des Galyfreya. Pourquoi diable ces chevaliers lui écrivaient-ils ? Il jeta le parchemin sans autre forme de procès, et retourna à son travail.

Cependant, il n'arrivait pas à se concentrer. Il soupira et alla récupérer la missive. Et si c'était important ? Un sourire vint étirer ses traits. Quelle importance pouvait avoir une missive des chevaliers pour le Sanctuaire ?
Les yeux fixés sur le sceau, il allait le laisser à nouveau tomber, quand il secoua la tête, perdant son sourire. Non ! Le Changeur de Peau l'aurait lue, lui. Il devait faire de même.
D’un geste lent, il brisa le sceau, et commença à lire.
"Cher Daichi" Il fronça les sourcils. Cela ne ressemblait pas à une missive officielle. Il lut les quelques mots suivants, qui ne firent que le conforter dans sa première impression. Il laissa retomber la lettre tout en se disant qu'il avait bien mieux à faire. S'étant retourné, il ne remarqua pas qu'elle avait dériver pour se poser près de la porte de la pièce.

La journée passa sans qu'il ne s'en rende vraiment compte...

Ne l’ayant pas vu de la journée, Flore Camalyenne s’inquiéta aussi de ne pas le voir venir dîner.
Ni une, ni deux, elle décida de venir le chercher, il n’était pas question qu’elle dîne seule cette fois encore !
Aussi, sans toquer à la porte pour ne pas l’entendre râler comme il savait faire quand il était occupé et conscient, elle entra. Parfois même si elle toquait, il ne répondait pas, trop plongé dans ses documents comme inconscient…
La nécromancienne savait qu’il travaillait à quelque chose d’important et qu’il était difficile pour lui de penser à autre chose.
Manger par exemple pour se nourrir, lui semblait futile, mais elle savait que c’était au contraire utile et même primordial.
Quand elle ouvrit la porte et la referma sans bruit, un papier volant avec l’air de ladite porte, attira son regard. Elle le ramassa et jeta un œil indifférent quand le nom de son fils lui apparut, elle regarda mieux et oui elle ne se trompait pas !

Finalement elle cessa tout mouvement et lu la lettre, levant les sourcils et un pli se forma sur son front.
Puis elle s’avança, la lettre à la main, le regard interrogatif vers son mari, qui ne semblait même pas avoir lever la tête de son ouvrage à son entrée.
Pour le taquiner dans l’intimité elle avait l’habitude de le nommer d’une certaine façon :
« Mon Ange ? commença-t-elle en lui tendant le parchemin Peux-tu m’expliquer pourquoi il te parle de cette façon et pourquoi il parle de notre fils ? Que faisait ce courrier à terre ?
Elle avait parlé d’une voix douce, avec juste une pointe interrogative, sachant que le mordre ne servirait à rien…

Flore attendait la réponse, campée devant lui bien fermement, le visage impassible même si en elle des tas de questions se formaient. A sa façon d’être, il comprendrait connaissant sa femme, que quand elle était ainsi déterminée elle n’en démordait pas et attendrait sans impatience sa réponse.
Elle ajouta néanmoins d’une voix toujours aussi douce :
-Et ensuite nous irons dîner…

-Laisse tomber, répondit-il agacé. Puis il ajouta : J’arrive dans 5 minutes.
Sentant qu’elle ne bougeait pas, il soupira et posa sa plume, résigné, avant de se tourner vers elle. Il détailla son visage, prenant le temps de chercher ses mots. Il n’en avait jamais parlé à personne jusqu’alors, il ne savait pas comment commencer.
-Ce chevalier, Brutus, il prétend être mon grand-père
-Il prétend ?
-Ma mère est Saeko, répondit-il avec un air buté. Je ne descends pas de ce chevalier ou de cette… elfe. Ce dernier mot fut prononcé avec un mépris évident, presque une insulte.

Songeuse, sachant qu’il n’y a jamais de fumée sans feu, elle répondit sans se départir de son calme et avec autant de douceur que possible se demandant s’il allait lui montrer les dents :
-Pourquoi le prétendrait-il si cela était faux ?
Il allait bien falloir qu’il se rende à l’évidence, comme elle qui venait de mieux comprendre le mot Belle-fille qu’elle avait entendu un soir lors d’un concours de Dague, d’un dénommé "Papy Brutus".
C’était donc ça … pensa-t-elle, Toute cette animosité… ces regards, presque de la haine…

En pensant cela son regard prit une clarté, comme s’il était illuminé, et sans le vouloir vraiment elle fixait son époux, le détaillant cherchant une ressemblance quelconque avec un elfe…
Puis ses pensées partirent du côté de sa grand-mère Lucilla, qui avait elle aussi séjourné chez les elfes avant de virer complètement de bord vers le temple des ombres et Saeko. L’on pourrait dire que Lucilla était née Elfe…:
-J’ai bien une part d’Elfe moi aussi, et tu ne sembles pas me haïr ?
Elle soupira un instant continuant à tenter de le persuader d’en savoir plus :
Ce qui compte n’est pas notre naissance mais ce que l’on devient, mais il faut tout de même savoir d'où l’on vient...

Elle soutient le regard de celui qu’elle aimait, attendant sa réaction le visage impassible…
Celui-ci soupira.
-Désolé, je ne voulais pas te blesser. Je ne hais pas les elfes, c’est juste… Cette “famille”. Tu sais, Saeko m’a tout appris. Quand elle est partie rejoindre le Gardien, elle m’a laissé sa place, à la tête de ma Famille et auprès de l’Empereur des Morts. Il ferma les yeux, tentant de se remémorer cette période. C’est là que les autres ont commencé à me parler de ce qu’ils appelaient “ma vraie famille”. Il rouvrit les yeux, et regarda Flore Peut-être que ma mè.. Saeko ne m’a pas donné la vie, mais c’est elle qui m’a vu grandir, c’est avec elle que j’ai appris la gestion, la guerre, la théologie. C’est devant elle que j’ai ramené mon premier mort. A ce titre, elle est bien ma mère, contrairement à celle que l’on veut m’imposer. Il détailla son épouse longuement avant de reprendre la parole. Tu as raison, je n’aurais pas dû me laisser emporter. Il ajouta avec un petit sourire complice En plus, tu sais bien que ce n’est pas mon genre de laisser les émotions prendre ainsi le dessus.
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Re: Doutes

Messagepar Llerayn » Mar 30 Oct 2018 23:04

Flore sourit, s’apercevant qu’il acceptait tout de même sa naissance. Même s’il la reniait.
-Tu ne m’as pas blessée…

Elle se remémora les moments passés auprès de sa Grand-mère Aaricia fille de Lucilla qui avait été l’épouse de l’Empereur des morts, Rubérik Rizz Rahzall., et qui lui racontait certaines choses du passé.
Flore sourit de nouveau, se souvenant qu’il fallait un réceptacle et comme cette fois l’empereur des Morts avait disparu comme par enchantement et que Daichi le remplaçait, il avait dû être le réceptacle… ou en tous les cas le réceptacle remplaçant au pied levé :
Mon Ange, tu ne peux pas renier celle qui t’as élevé, certes, mais tu ne peux pas non plus renier ceux qui t’ont mis au monde…
Flore se tourna dans le bureau montrant toute la pièce d’un geste de la main et ajouta :
Si tu es à cette place aujourd’hui, c’est grâce à toutes ces personnes.
Elle songea à la mère biologique de Daichi qu’il dit n’avoir pas connu et ses yeux s’illuminent de nouveau :
Songe au sacrifice d’une mère qui doit se séparer volontairement… Elle s’arrête pensive avant d‘ajouter : ou involontairement de son enfant…
Puis elle désigna la lettre de la main :
Que vas-tu répondre ? Notre fils n’est pas fait pour te succéder il est bien trop rêveur…

Daichi perdit son sourire, et son air buté revint à la charge.
-Elle n’est pas ma mère, c’est tout. Comment veux-tu que je reconnaisse cette elfe en tant que telle, alors qu’elle renie le Gardien? Je ne peux pas, du fait de ma position, et tu le sais bien. Je dois montrer l’exemple aux autres. Quand c’était lui… Le nécromancien se tu et se perdit dans ses pensées. Le silence s’installa dans la pièce. Non, oublie ça veux-tu?

Flore le laisse dire sans s’offusquer et comme finalement il s’excuse presque poursuit, avançant d’un pas contre le bureau de son mari et posant la main sur la lettre tout en reposant juste sa question : Que vas-tu répondre ?
Elle reste planté là les jambes bien ancrées au sol, le regardant sans se départir de son calme et attend.

Il fronça les sourcils. Que pouvait bien avoir écrit le chevalier pour qu’elle insiste autant? Il baissa les yeux sur la lettre, et aperçut juste au dessus de la main de Flore le nom de son fils. Plus perplexe encore, il récupéra délicatement la missive et la lut en entier. Un sourire lui échappa. “Un aussi bon dirigeant”? Voilà qu’il le flattait maintenant?
-Je n’ai pas l’intention de lui répondre.

Sous la réponse de son mari, Flore croisa les bras, d’un air de mécontentement et dit :
Tout comme me l’a appris ma Mère, tout courrier mérite une réponse, quelle qu’elle soit !
Aussi je te demande de lui répondre poliment comme tout dirigeant le ferait.

Elle décroise les bras, se rapproche de lui tendrement et les lèvres tout prêt de celles de son époux, ajoute en murmurant :
Qu’aurais tu dis si je n’avais rien répondu à ta demande en mariage ?

Elle ne bouge pas d’un poil, un sourire émue et légèrement taquin aux lèvres, les yeux dans les yeux…
Ce n’est pas pareil ! Et je ne peux lui répondre en tant que dirigeant, ce n’est pas une missive officielle ! Faisant face à l’air intraitable de Flore, Daichi soupira, une fois encore, et céda à son épouse. Elle devait bien être la seule à qui il cédait aussi souvent se dit-il. Très bien, je vais lui répondre. Je te rejoins dès que j’ai fini pour le repas…

Flore reste là quand même le connaissant:
Non je t’attend, je te connais si je te laisse faire, tu ne viendra pas dîner…
Elle sourit et ajoute
Et puis, il m'intéresserait de savoir ce que tu vas répondre pour notre fils… Après tout je suis sa mère…
Daichi sourit en retour. Il la reconnaissait bien là. Il referma les livres qui remplissaient jusqu’alors son bureau, les empilant sur le côté pour faire un peu de place, puis prit de quoi écrire.

Sire Galyfreya,

Je ne sais comment vous avez appris la naissance d’Erozog, encore mes frères et sœurs je suppose, mais honnêtement je n’en ai cure.

Puisqu’il vous plaît de nous adresser vos félicitations, je consens à les accepter. Mais sachez que notre fils n’a pas pour vocation à me succéder, il préfère courir les filles que s’intéresser aux affaires d’état.


Daichi Tokoyami,
Fils des Ombres,
Empereur des Morts,
Au service du Gardien


Daichi s’apprêtait à poser sa plume, quand il jeta un regard à Flore qui attendait qu’il ait fini. En souriant à s’imaginer la réaction du chevalier en lisant ces derniers mots, il rajouta:

PS: Sachez que sans mon épouse ces mots ne vous seraient jamais parvenus.


Ayant terminé sa lettre, il se leva et la pris dans une main, prenant celle de Flore de l’autre.
Nous trouverons bien un messager sur le chemin, sinon je chercherai après dîner.
Ils quittèrent la pièce main dans la main, laissant derrière eux le bureau ayant jadis appartenu à celui que Daichi considérait comme son père.





[HRP: Merci à Camalyenne pour sa participation à ces deux premières parties ! ]
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Re: Doutes

Messagepar Llerayn » Mar 6 Nov 2018 20:24

Borhobre 1395 - Taverne du loup boiteux (part 1)

Le verre à vin presque vide reposait sur la table de bois bancale, ayant miraculeusement échappé aux lancés de dague plus ou moins catastrophiques des différents participants du tournoi de la dague sanglante. Pourquoi être venu? La question, il se la posait tous les ans, fixant toute la soirée son verre, parfois plein, souvent vide. D’aucuns diraient qu’il avait sombré dans l’alcool en voyant ce singulier personnage toujours seul dans un coin de la taverne. En réalité, s’ils eurent été plus observateurs, ils auraient remarqué que ce verre si souvent vide, ne se remplissait que rarement. Il avait sombré, oui. Mais pas dans l’alcool. Et les questions tournaient en continu dans sa tête, le rongeant de l’intérieur. De temps en temps, d’un geste machinal, il lançait une dague, puis, sans même regarder où elle allait se planter, il reprenait sa contemplation silencieuse.

En réalité, il ne remarquait presque pas les dagues qui venaient de temps en temps se planter dans sa chair. Les rares fois où il s’en rendait compte, il se contentait de la retirer, et de la fixer, détournant momentanément son regard du verre pour se poser sur la lame. Puis il la lançait, et reprenait sa posture initiale.

Et encore et toujours les questions sans réponses. Pourquoi moi? Pourquoi être parti? Comment faire? Combien de temps? A chaque fois, une seule affirmation s’était imposée à lui, de plus en plus violemment avec le temps. Je ne suis pas assez fort. Mais il devait l’être. Pour lui. Pour eux. Alors il avait cherché en vain une solution, se refermant sur lui même. Jusqu’à ne plus voir le monde extérieur.

Il n’avait trouvé qu’une seul moyen. Mais il n’était pas prêt à s’y résoudre. Jusqu’à ce soir, alors qu’il s’était rendu compte du temps qui passait inexorablement. Il devait le faire. Mais même pour ça, il ne se sentait pas assez fort.

Il regardait le verre vide, vide comme son coeur déchiré, vide comme son âme tourmentée. Vide comme sa vie sans elle.

La serveuse le tira de ces pensées noires, secouant son épaule. Il leva un regard voilé vers elle, remarquant sans vraiment le voir son air perturbé. Elle lui donna rapidement son lot, avant de s’éloigner le plus vite possible de cet homme qui la mettait si mal à l’aise. Celui-ci se saisit des graines explosives distraitement, comme en transe, comme perdu, et quitta la taverne d’une démarche hésitante.
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Re: Doutes

Messagepar Clan Galyfreya » Mar 13 Nov 2018 23:10

Borhobre 1395 - Taverne du loup boiteux (part 2)

Le jeune Zachiel Galyfreya regardat l’empereur du Sanctuaire se retirer avec surprise. Il avait d’abord eu peur lorsque sa dague avait malencontreusement touché le nécromancien, mais celui-ci avait à peine réagi. Cela faisait plus de cinq ans que Zachiel n’avait plus remis les pieds dans le Temple, mais il se souvenait encore de ce Daichi Tokoyami, un dirigeant discret, silencieux, mais fort et inspirant le respect, même à son frère Aker Galyfreya. Le petit Zachiel qu’il était alors craignait ce puissant nécromancien, qui manipulait les morts aussi facilement que son frère maniait le sabre.

Mais ce soir, c’était différent. Le nécromancien ne l’effrayait pas. Fixant son dos, courbé sous de sombres pensées connues de lui seul, le terrible dirigeant de la plus puissante faction nécromancienne semblait plier sous le poids du doute et de l’indécision. Il ne semblait ce soir pas si différents des Marche-morts qu’il commandait, vidé de toutes émotions autres que de la tristesse. Zachiel comprit ce qui avait remplacé sa peur. De la peine. Le fameux Daichi Tokoyami, disciple du plus grand mage noir d’Hédarion, lui faisait de la peine. Zachiel frissonna légèrement. C’était une sensation bien étrange… Il pensa à sa mère et espérait que cela ne présageait pas des difficultés à venir pour le Sanctuaire...

Son frère, qui lui ne semblait rien avoir remarqué, le sortit de ses réfléxions en lui donnant une petite tape derrière la tête, pour l'informer qu'il était l’heure pour eux aussi de se retirer. Ils sortirent de la taverne et disparurent à leur tour dans la nuit.
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Re: Doutes

Messagepar Llerayn » Mar 20 Nov 2018 20:10

Perathiobre 1395 - Sanctuaire de l’Outre-Monde (part 1)

Avec un râle de désespoir, il jeta sa plume sur le carnet qu'il avait recouvert de ses notes, et se prit la tête à deux mains, renversant par maladresse l'encre dont il se servait, qui vint se répandre sur le papier, rendant les mots illisibles. "Comment faisiez - vous? " demanda-t-il dans le vide. Un rire nerveux lui échappa alors qu'il se rendit compte qu'il avait posé la question à voix haute. Bien sûr qu'il ne répondrait pas. Cela faisait des décennies qu'il ne lui parlait plus.

Le regard hagard, il se leva et quitta le petit bureau. Arrivé au seuil, il se retourna, fixant brièvement le petit brasero, éteint depuis si longtemps. Il ferma les yeux, en proie aux doutes qui l'assaillaient encore et encore. Il savait qu'il devrait rallumer la flamme, mais il ne s'en sentait pas encore capable. Non. Il ne s'en sentait toujours pas capable. "Le temps finit toujours pas panser les blessures" lui avait on dit. A l'époque il y croyait. Puis il s'était tu. Alors il avait commencé à douter. Et le temps n'avait jamais fermé le gouffre qui s'était ouvert en lui. Aujourd'hui, il n'y croyait plus du tout.

Une main se posant sur son épaule le tira de la tempête dans laquelle son esprit s'était perdu. La vieille femme tourna son visage vers elle, et passa sa main gauche sur ses traits anxieux et désespérés. Elle ne reconnaissait plus l'homme qu'elle avait jadis épousé, son attitude calme et sereine qui l'avait guidé la première moitié de sa vie n'était plus qu'un océan de doutes et de désespoir. Il n'était plus que l'ombre de lui - même. Elle jeta un coup d’œil derrière lui. Le brasero dont lui avait parlé son arrière grand mère était éteint. Comme toujours. Mais elle ne dit rien. Elle ne réagit pas. Elle se contenta de prendre la main de son époux doucement. "Viens" dit elle avec tendresse. Malgré tout, elle attendit qu'il fasse le premier pas, elle ne voulait pas le forcer, elle craignait qu'il ne sombre pour de bon si elle était trop brusque.

Après de longues minutes de silence, le visage du vieil homme changea. Ses doutes et sa douleur disparurent de ses traits, ne laissant place qu'au calme et à l'autorité qui seyait à sa position. Il hocha la tête à l'intention de son épouse, et avança dans le couloir. La vieille femme resta à ses côtés, pas dupe pour autant quant à son état. Mais les autres ne devaient pas savoir. Ils devaient avoir foi en leur chef. Ils devaient croire qu'il était toujours fort, et capable de les guider. Non, ils ne devaient pas savoir que le doute emplissait son corps depuis déjà plusieurs décennies.


Dans les couloirs, discrètement appuyé sur le bras de Flore, Daichi s'efforçait de sourire à ceux qu'ils croisaient. Ils passèrent devant la salle des clefs, et l'Empereur s'arrêta.
"Tu veux bien m'attendre un peu? J'ai quelque chose à faire..."
Sans attendre de réponse, il entra dans la salle, fermant la porte derrière lui. Il s'approcha de l'artefact, et l’effleura des doigts. On disait que jadis, alors que Rùben Rizz Rahzall était encore le maître du Temple, les mages noirs utilisaient ces clefs pour ouvrir un portail vers l'Outre-Monde.
Lui ne s'en était jamais servi, et Rubérik n'était jamais allé dans cette salle, pas avec lui en tout cas.

Mais aujourd'hui, il avait besoin du pouvoir du Gardien. Pour honorer sa promesse. Seul, il était trop faible. Il ferma les yeux. "Pourquoi m'avoir demandé ça ? Vous saviez que je ne peux pas le faire."
Il se saisit des clefs, sans même s'apercevoir, qu'une fois de plus, il s'était adressé à lui sans aucune chance de réponse.
Examinant l'artefact, il chercha un moyen de l'activer. Ne voyant aucun dispositif actionnable, il envoya une petite dose de magie noire dans l'objet, suivant son instinct. Puis il prononça les quelques mots qu'il avait lus dans le journal de ses ancêtres. Dès que sa voix s'éteignit, une lumière violacée commença à se dégager de la relique.

Et pour la première fois de sa longue vie, il eut un aperçu de l'enfer. Le portail s'ouvrit, et les morts en sortirent. Il se prépara à se battre, au cas où, mais les créatures ne montrèrent aucun signe d'hostilité. Au contraire, elles s'alignèrent face à lui, attendant ses ordres. Il se demanda alors pourquoi les siens n'utilisait plus ce pouvoir. Ce ne pouvait qu'être bénéfique pour l’Oeuvre du Gardien. En pensant à la divinité, il se rappela ce qui l'avait poussé à ouvrir le portail. Mais comment pouvait-il obtenir son aide? Il regarda les morts au regard vide, puis le portail béant. Et soupira. S'il devait franchir le portail pour revivre, alors il le ferait! Et si Thempkar ne voulait pas le renvoyer en Hedarion, alors c'est que sa vie au Temple était arrivée à son terme. Il le servirait là-bas.

En pensant à sa promesse, il s'avança vers l'ouverture.
"Si j'échoue... Alors pardonne-moi...Père"
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Re: Doutes

Messagepar Llerayn » Mar 27 Nov 2018 21:24

Perathiobre 1395 - Sanctuaire de l’Outre-Monde (part 2)

Alors qu'il allait franchir le point de non - retour, une main le saisit par l'épaule et le tira en arrière. Hébété, il se retourna, certain de faire face à Flore. Ce fut face au visage autoritaire et serein de Reena Rizz Rahzall qu'il se retrouva.
"Je sentais bien que tu allais faire une bêtise. D'un geste de la main, elle ferma le portail. Tu n'auras donc pas appris la sagesse durant ta vie. Je ne t'avais demandé qu'une chose Daichi, veiller sur le Temple pendant mon absence, pas plonger tête baissée dans le portail. Réfléchis, si j'avais voulu que tu en finisse ainsi, je t'aurais dit comment l'ouvrir. D'ailleurs comment as tu su ?
- ...Wataru, répondit-il d'une voix cassée.
- Bien sûr, soupira-t-elle, avant de continuer pour elle-même, j'aurais dû me douter que tes ancêtres auraient fini par consigner ce savoir par écrit. Ils ne peuvent pas être sûrs qu'il n'y aura pas de passage à vide dans leur dynastie. Puis elle se concentra à nouveau sur son "régent". Tu as bien joué ton rôle, je vais reprendre le relais. Va donc te reposer. Alors qu'elle allait sortir, elle se retourna et désigna d'un geste la salle qui les entourait. Oh, et oublie tout ça, c'est mieux.

Daichi resta là, sans bouger, alors que des larmes de soulagement coulaient sur ses joues sans qu'il ne s'en rende compte. Ce fut Sarah Jane qui le sortit de sa transe, l'aidant à quitter la pièce. Elle le laissa appuyé sur Flore, échangea quelques mots avec elle, et les laissa seuls. Le silence se prolongea longtemps avant qu'il ne s'adresse à celle qui avait toujours été à ses côtés.
"Flore... Il est revenu
-Je sais."
Ces deux mots lui suffirent. Si elle l'avait vu aussi, c'est que le Changeur de Peau était vraiment revenu. Enfin. Il sourit.
Il avait tenu sa promesse.



[HRP: Merci à Rahzall pour sa participation à ces deux parties ♥]
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Re: Doutes

Messagepar Clan Galyfreya » Mar 4 Déc 2018 23:04

Borhobre 1420 - Taverne du loup boiteux

Zachiel allait quitter la taverne, le tournoi terminé, quand le tavernier l’interpella.

- Hé, l’balafré ! Attends deux minutes, j’ai à te causer !

Le chevalier se retourne, surpris. Avait-il mal pris que sa dague l’ait frôlée ou lorsqu’il lui avait coupé un boût de barbe par inadvertance ? Il s’approche néanmoins, curieux d’entendre ce que le tavernier avait à lui dire.

- J’veux pas d’ennui, moi, alors tu ramasses ta merde et tu la gardes. Et qu’on me traite pas de voleur quand c’est ta tête d’abruti qui a paumé tes affaires ! grogna l’homme en lâchant d’un air méprisant une dague sur le comptoir.

Zachiel ne comprends pas bien, et prends la dague avec soin dans ses mains. La lâme avait été forgée avec minutie, et on pouvait y voir en relief creux d’étranges symboles. Le pommeau était sculpté dans de l’argent, décoré de pierres noirs, de l’onyx sans doute, faisant contraster les deux éléments d’une manière sombre et élégante. Le chevalier leva un sourcil, surpris.

- Pourquoi pensez-vous qu’elle m’appartienne ?

- Bah y a pas trente-six millions de clampins qui s’la pête avec des fers comme ça… Et dans vot’famille, z’en avait pas mal des cochoneries comme ça… Pourquoi, s’pas à vous ?

Zachiel allait répondre que ce n’était pas dans ses habitudes de lancer de telles dagues lors d’un tournoi, surtout que les dagues des Galyfreya étaient souvent des cadeaux précieux, et encore moins de les oublier sur place… Mais il garda son calme, et se força à ne pas demander à l’impoli si cela lui arrivait souvent d’épier les possessions de ses clients.

- Vous l’avez depuis combien de temps ?

Le tavernier renifle d’un aire agacé.

- Ch’pas, j’l’ai trouvé c’t’année, mais bon, p’tête ben qu’elle était là d’puis un bail. Bon, c’est à vous ou pas ?

La lueur de cupidité qui s’alluma soudain dans le regard du tenancier quand il comprit que non n’échappa pas à Zachiel. Le chevalier ne savait pas à qui appartenait cette dague, mais elle était d’une rare beauté et son propriétaire devait la regretter. Et si le tavernier la vendait, elle serait sans doute perdue à jamais. Il décida de la prendre.

- Non, elle n’est pas à moi, mais je pense savoir à qui elle appartient. Je vais la lui rendre.

Il ne mentait pas, après tout, il était sans doute capable de le découvrir…

***

Bureau de Zachiel Galyfreya - Bourg-Galyfrey

Zachiel finit de régler les paperasses administratives, avant de se pencher vers la dague qu’il avait mis dans le tiroir de son bureau. Il la sortit, la posa, et resta un moment pensif. C’était toujours difficile d’interroger les souvenirs d’un objet qui lui était totalement inconnu. Impossible de prévoir les scènes auxquelles il devrait faire face. Surtout qu’une telle dague n’était sans doute pas uniquement utilisée pour ouvrir le courrier… Mais tourner autours du pot ne servait à rien et la curiosité l’emporta sur la méfiance. Zachiel prit une grande inspiration et activa son don.

La vision de Zachiel semblait saccadée. Après quelques secondes de surprise, il comprit le problème. Il semblait être accroché à une ceinture, recouverte d’une cape que les courants d’aires et les pas pressés de son propriétaire faisaient voleter doucement. Zachiel oscillait ainsi entre la vue d’un long mur de pierre, et les mails rapprochées d’une cape noir de jais. L’alternance n’était pas agréable, mais cela ne dura pas.

L’homme qui le portait – ou du moins supposait-il qu’il s’agissait d’un homme – ouvrit une porte, relevant la cape pendant plusieurs secondes, avant qu’elle ne retombe et cache tout à fait la vue de la scène. Zachiel eut juste le temps d’appercevoir des ombres dansantes sur les murs d’une grande salle, éclairée faiblement par les flammes d’un petit brasero. Au centre de la salle, une veille femme semblait l’attendre. Mais l’aura de puissance qui s’en dégageait laisser bien comprendre qu’elle n’était pas une simple grand-mère. Au contraire, une sorte de respectueuse crainte étreint le coeur du chevalier à sa vue. Puis la cape recouvra la scène et la vue de Zachiel.

Zachiel hésita à arrêter sa vision, mais pour le moment, il n’avait rien obtenu. La veille femme lui était inconnue, et c’était bien le propriétaire de la dague qu’il cherchait. Faute de vision précise, il essaya de se concentrer sur les sons. Les premières paroles fûrent prononcées par la femme, d’une voix assurée et forte. En entendant cette voix, le mélange de crainte et de respect se glissa de nouveau dans l’esprit de Zachiel, qui ne comprenait pas la raison de ce sentiment…

- Je te remercie d’être venu, Daichi.

La surprise fût si forte que Zachiel faillit sortir malencontreusement de sa vision du passé, et fit un effort pour s’accrocher aux souvenirs de la dague. Daichi ? Elle parlait de ?…

- Je vais avoir besoin que tu fasse… quelque chose pour moi.

- Seigneur ?

Zachiel déglutit difficilement. Cette voix… Il était capable de la reconnaître parmi des centaines d’autres. C’était la voix de Daichi Tokoyami, l’empereur des nécromanciens lorsqu’il était enfant, et lors de ces rares passages aux Temples… Et bien sûr, l’oncle de sa femme. Il réalisa alors que l’étrange sentiment qu’il avait du mal à identifier était habituellement réserver à ce seigneur nécromant. Qui pouvait faire naitre en lui un sentiment similaire, et si fort ? Qui donc était cette femme pour que le seigneur Daichi l’appelle lui-même Seigneur ?

Le chevalier avait l’information qu’il désirait, le nom du propriétaire de cette dague, mais la curiosité le poussa à continuer le cours de sa vision. Il attendit, attentif et écouta la suite.

- J'ai des affaires à régler à l'est, dit la mystèrieuse dame. Je voudrais que tu me remplace ici.

- Combien de temps serez vous absent ?

- Qui peut le dire ? Plusieurs mois ? Plusieurs années peut être ?

- Mais… je ne suis pas prêt !

- Aurais je fait une erreur en te nommant à la suite de Saeko ?

- No..non. Je ne vous décevrai pas Seigneur.

- Bien.

C’était étrange comme la voix du Seigneur Daichi était si… indécise, faible, hésitante ? face à celle, forte et décidée, du maître des morts. Car avec ces quelques échanges, Zachiel avait finalement bien compris qui était cette femme. On lui avait répetter ce nom depuis tout jeune, comme une littanie, comme une prière, comme un serment. Rubérik Rizz Razhall, et son réceptacle Reena Rizz Razhall. Mais il ne les avait jamais Et étrangement, Zachiel se sentit de nouveau gêné de voir le seigneur Daichi Tokoyami s’écraser devant cette personne, ne pas avoir son mot à dire, simplement subir l’ordre et l’accepter...

Au mouvement de la cape sous son regard, il comprit que la discussion était terminée. Le seigneur Daichi s’éclipsait devant son empereur, la laissant seule.


Zachiel sortit de sa vision pour rejoindre le calme de son bureau à Bourg-Galyfrey, pensif. Il ne se sentait pas à l’aise et avait l’impression d’avoir été terriblement indiscret… D’avoir assister à quelques choses qu’il n’aurait pas du connaître… Il repensa à l’étrange comportement du seigneur Tokoyami alors qu’il était âgé de quinze ans, pour son premier tournoi. Sa vision expliquait peut-être son trouble à ce moment là…

Zachiel secoua la tête. Le passé était le passé, et cela n’avait plus d’importance vu que le propriétaire de la plus-si-mystérieuse dague avait rejoint Thempkar depuis plusieurs années. Il rangea la dague dans le tiroir, songeant qu’il en parlerait à Rikka. Peut-être qu’elle en saurait plus… Ou lui dira quoi faire de cette arme. Après tout, c’était en quelque sorte son héritage, non ?...
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