Premier concours - Printemps 1972

Les meilleurs conteurs d'Hédarion se mesurent entre eux!

Premier concours - Printemps 1972

Messagepar Darko » Dim 5 Avr 2020 21:32

Aujourd’hui débute un grand concours de textes RP : le gagnant aura l’occasion de participer à l’organisation du prochain événement mondial !

Il n’y aucune règle particulière, sauf celle de choisir un des trois thèmes suivants : Mondes inconnus, Guerre, Romance.

Les participants ont deux semaines à compter du lundi 6 avril. À vos plumes, prêts ? Écrivez !

---

Une seule contribution par participant ! Merci de ne publier ici que les contributions au concours.

Il est possible de choisir plus d'un thème.

Les critères qui permettront de départager les candidats sont les suivants :
-> la qualité de l'intrigue
-> le style d'écriture
-> les émotions !
-> le respect de l'univers d'Hédarion.
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Re: Premier concours - Printemps 1972

Messagepar Arlenus » Lun 13 Avr 2020 01:55

Bonjour/Bonsoir,

Voici ma participation au concours RP

DISCLAIMER:

Ce RP est inspiré de fait Réel ayant eux lieu dans HF me concernant, mais librement interpréter par ma personne dans le but de fournir cette Épopée !

Un immense merci à Verzasca pour ça relecture et sont aide pour corriger les fautes du texte !

Je n'est plus cas vous souhaitez une bonne lecture !

viewtopic.php?f=11&t=1760&p=13301#p13301
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Amour

Messagepar Colp » Mer 15 Avr 2020 19:07

(Avant de commencer, le thème choisis est celui de la romance. Les évènements racontés et les noms de familles n'ont jamais existés dans l'histoire d'Hédarion, voyez cette histoire comme celles qu'on raconte aux enfants avant qu'ils ne sombre dans un sommeil doux et paisible.)

Chapitre 1 : Deux enfants

Un jour d'été 1569, deux familles de haut rang au sein des alliances du bien devaient se rencontrer. La famille Caraclus des elfes et la famille Déméthor des hauts-chevaliers. Cette rencontre avait pour but de créer un pacte pour permettre aux deux alliances de s'unir jusqu'à ce que la mort les sépares.

L'évènement était important et la garde n'avait pas été négligée ici à la citadelle de Rokdor. L'empereur Caraclus mis un pied sur le sol des montagnes de Rokdor. Enfin. Ce traité allait être bénéfique pour tous les êtres vouant un culte à la déesse Adonysia. Une dizaine de hauts-chevaliers en armure d'apparats attendaient au pied du pic des montagnes de Rokdor, là où c'était arrêté le convoi d'elfes. Quand L'empereur arriva devant eux, ils s'inclinèrent respectueusement. Derrière lui, un petit garçon sauta du carrosse et s'étira. Le voyage avait été long pour lui. Les hauts-chevaliers s'inclinèrent une nouvelle fois. C'était Glorfindel II, agé de 10 ans qui n'était autre que le fils de l'empereur. Il rougit en ce mettant derrière son père à la vue de tous ces hommes en armes.

_Veuillez nous suivre avec tout le convoi empereur Caraclus. L'empereur Déméthor vous attend à la citadelle. Le chemin est sûr mais les montagnes sont abruptes et le passage de carrosses est difficile.

_Bien, mes hommes se chargeront de ma sécurité tout au long de la durée de la création du pacte.

Les haut-chevaliers se regardèrent puis hochèrent la tête en signe d'approbation. Le convoi continua donc et le hommes en armures d'apparats se mirent en tête et marchèrent à pied. Sur les côtés du chemin, des enfants ébaillis regardaient les elfes marcher d'un pas léger sur le route menant à la citadelle, certains couraient à côtés des beaux chevaux elfiques. Le petit Glorfindel était content et regardaient par une des fenêtres du carrosse le paysage qui s'offrait à lui : Des rivières coulant à flot jusqu'au pied des montagnes où elles serpentaient pour rejoindre le rempart pour se déverser près des marécages.

_Père, allons nous rester longtemps ici?

_Tout dépend de moi et de l'empereur des hauts-chevaliers.

_Pourquoi mère n'est elle pas venue?

_Parce que c'est elle qui va s'occuper de l'empire en mon absence.

Les paroles de l'empereur étaient toujours douces et réconfortantes. Il était fort agréable et plaisant de les écouter. Glorfindel se mit au fond de la banquette et prit un crayon et une feuille de papier pour écrire un de ses poèmes qu'il destinait souvent à sa mère. Glorfindel était un petit garçon instruit et timide. Il ne réalisait pas encore qu'il était l'héritier d'un tel empire que celui des elfes et vivait paisiblement à la cité cachée de Madragor.

Le convoi s'arrêta. Ils étaient enfin arriver dans la cour du bastion impériale où siégeait l'empereur Déméthor. Dès lors que l'empereur Caraclus sortit du carrosse, des trompettes retentirent dans la cour. Un héraut annonça l'arriver de l'empereur en nommant tout ses titres. Cela dura quelques minutes puis le convoi se dispersa et la moitié des elfes présent entrèrent dans le bastion à la suite de dizaines de hauts-chevaliers. Enfin seul une dizaine d'elfe dont l'empereur et son fils entrèrent dans une grande sale où attendait Déméthor, debout dans ses plus beaux habits.

_Salut à toi empereur Carclus. Il s'inclina.

_Salut à toi aussi empereur Déméthor. Il s'inclina à son tour.

Glorfindel remarqua qu'une fille de son âge se cachait derrière l'empereur Déméthor.

_Palisse, va jouer avec Glorfindel et vous ne descendez pas aux premiers étages, vous restez dans les appartements impériaux.

La jeune fille hocha la tête et entraîna Glorfindel hors de la salle. L'empereur Caraclus adressa un sourire à son fils avant de parler avec Déméthor.

Palisse montra à Glorfindel le couloir de droite.

_C'est ma chambre là-bas. Tu veux jouer avec moi?

_Oui bien sûr. On fait quoi?

_Regarde, par la fenêtre de ma chambre on voit la place de la citadelle. Aujourd'hui pour votre arrivée il y a eu plein de gens qui ont fait des spectacles pour vous acceuillir. Je les regarde depuis ce matin.

Elle montra par la fenêtre un homme qui crachait du feu, un qui jonglait et d'autres qui étaient derrière des tables et qui distribuaient du pain et de la bière aux elfes en riant. Glorfindel ne les regardaient pas. Il était hypnotiser par Palisse.

**

Les elfes partirent, le pacte avait été fait en deux semaines et les deux empereurs s'étaient très bien entendu. Glorfindel et Palisse s'étaient beaucoup amusés. Glorfindel souriait. Il n'avait plus de papier dans sa veste. Il les avaient tous utilisé pour écrire des poèmes à Palisse.

Chapitre 2: Jalousie

1580. Glorfindel avait maintenant 21 ans. Son père s'inquiétait car toutes les prétendantes qu'on lui avait présenté ne convenait pas au ravisant héritier. Après un débat houleux entre lui et son père, Glorfindel partit de la cité de Madragor et annonça haut et fort qu'il ne reviendrai qu'avec la femme de sa vie. La femme de sa vie, Glorfindel savait qui c'était. Il s'était rendu il y a deux ans à la citadelle et Palisse était de plus en plus belle. Il la trouvait si intelligente qu'a côté il se disait qu'il ne serait jamais à la hauteur pour la séduire et puis Glorfindel était toujours aussi timide. Il chevaucha donc seul jusqu'à la citadelle de Rokdor pour la retrouver et lui dire qu'il l'aimait. Arrivé à la citadelle, il trouva tout le monde heureux et en train de préparer ce qui ressemblait à un mariage. Glorfindel descendit de son cheval blanc et questionna une femme.

_Bonjour, vous préparez un mariage?

_Oui seigneur elfe. C'est celui du prince Cayen.

_Ah d'accord. Attendez, avec qui?

_Bah... notre Palisse évidemment!

Glorfindel remercia la femme et chevaucha dans la cité pour rejoindre au plus vite le bastion. Arrivés devant le bastion, des hommes l'arrêtèrent. Après avoir décliner son identité, il pût rentrer sans problèmes. Il retrouva la chambre de Palisse. Elle était accoudée à sa fenêtre.

_Palisse!

_Oh Glorfindel! Tu es venus pour mon mariage?

_Bah euh... Je...Pas tout à fait à vrai dire...

_Comment ça?

_Bah... Tu vas vraiment te marier?

_Evidemment.

_Tu as déjà vu ce prince au moins?

_Oui, une fois. Il est gentil tu sais.

Glorfindel regarda d'un air de dégoût Palisse.

_Tu ne le connais pas? Ce n'est pas un mariage ça, c'est une alliance politique.

_Ecoute Glorfindel, si je peut honorer ma famille comme ça, qu'il en soit ainsi.

Glorfindel la regarda sans rien dire en cherchant la petite fille souriante qui l'emmenait voir les cracheurs de feu. Il se mit à chanter :

Tu m'as montré les cracheurs de feu,
Je t'ai montré mon coeur.
Tu m'as dit je le veux,
Puis tu m'a montré les jongleurs

J'ai écrit toute la nuit,
Sur tes yeux de jades,
Et c'est là que tu m'as dit,
Viens, on se balade.

Puis mon père vint,
Il nous as sourit
Il nous as dit c'est bien,
Puis je suis...partis...


Sur ces mots Glorfindel sortit de la pièce puis de la citadelle.

**

Une légende en amène une autre et on dit que certaines personnes auraient vu un beau prince pleurer près des rives. Pleurer de chagrin oui, car jamais il ne pourra rentrer chez lui. Et jamais il ne reverra son aimée.
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Re: Premier concours - Printemps 1972

Messagepar Zeraorien » Jeu 16 Avr 2020 23:19

Dernières batailles

Prologue ;

En l'an de grâce de 1662, la course au mercenaire avait démarrer. Les guerres ce faisait de plus en plus nombreuses, et les dynastie, lignée etc, souhaitais absolument gagné. Le marché des mercenaires ce faisait de plus en plus grand, et bon nombre de soldats attendaient dans les tavernes pour être engager, prêtant leur service au plus offrant.
L'un de ces mercenaire les plus connu, Zanarel Parcival, était à la recherche d'un employeur pour pouvoir payé ses dettes avant de partir pour sa retraite.

Chapitre 1 ; À la recherche d'un mercenaire

Zanarel observait comme à son habitude l'horizon. Du haut d'une des tours de la grande cité d'Aiguenoir, il ne pouvait se résigner a quitté son métier. Mais il n'avait pas le choix. AU moins, il pourrait les revoir après des années d'absence. Il soupira puis d'un pas décider, partit enfin trouvait son acheteur.
Le bourg d'Aigenoir était rempli de commerçant, voleur et autre contrebandier parcourait les commerces pour s'acheter des armes et autres produits. Zanarel se promenait, poussant les passant pour pouvoir passé sans encombre. Il arriva finalement à la taverne où il avait rendez-vous. Dans la taverne, moult grognard festoyé, surement pour fêter une victoire. AU fond de la pièce, un homme bien habillé attendais, buvant son verre lentement. Zanarel s'approcha doucement de l'homme et se présenta;
- Excusez moi du retard ! Je suis Zanarel Parcival, le mercenaire que vous avait engagé. Est-ce bien vous Arnold Zéraorien ?
L'homme le regarda, puis hocha la tête. Zanarel se posa sur la table, sortant sa dague tout en jouant avec pour impressioné Arnold qui l'observait.
- Quel est la mission ? J'espère que vous avez une bonne mission pour moi ! C'est ma dernière et j'ai pas envie d'en gardé un mauvais souvenir !
Arnold le regarda droit dans les yeux et lança;
- Tu veux que je cette mission soit mémorable ? Et bien fait gaffe a toi par ce que tu va devoir me prouver ta force !
Puis Arnold se lava de la table et cria a tout les grognards présents;
- Hey ! Les gars ! J'offre à celui qui démonte la face à cet enflure toute les bières du pays !
Après ces sages paroles, tout les clients regardèrent Zanarel. Une goute de sueur coulé le long du front du mercenaire, puis sortit une deuxième dague, se positionna prêt sur le combat. Il regarda les Grognards s'armées, puis lança d'une voix narquoise;
- Bon bas.... approché les couillons !
Et enfin ils s'élancèrent.
Zanarel esquivait les coups des grognards, les assumant un à un. Il utilisé la poutre comme appuie pour esquivait, puis au bout d'une minute, ils étaient tous à terre. Arnold applaudissait au milieu des corps endormis des grognards.
- Et beh ! Je vois que j'ai bien choisi ! Allez hop ! Partons. J'ai aucunement l'envie de payer ces dégâts.

***

Les troupes attendaient derrière une dune. Des milliers de nomades se préparer pour l'assaut. Leur objectif était la ville de Bord-de-ciel. Cela faisait quelques années que le gouverneur n'accepté pas le retour au pouvoir de la lignée Zéraorien et préféré voir leur lignée reprendre le trône. Torrin, ne supportant pas ces traites, avait envoyé sa soeur s'occuper de ces enflures. Alienor, la soeur d Torrin et d'Arnold, devait s'occuper de la prise de la ville. Celle-ci se retourna vers un homme encapuchonné qui attendais derrière elle.
- Bon ! Tu va pouvoir faire ce qu'on ta charger de faire ! Pendant que nous ferons diversion, tu iras assassiner le gouverneur. Ok ?
L'homme enleva sa capuche et fit apparaitre son visage. C'était Zanarel. Il la regarda puis hocha de la tête, un soupir au coin de la bouche. Il ne pouvait pas mieux terminer sa carrière. Alienor s'avança, monta la dune et observa l'horizon. Elle sourit et donna le signal, d'un grand geste du bras.
Les soldats s'élancèrent vers la ville, emplie de rage, armée jusqu'aux dents. Les soldats adverses n'avaient pas eu le temps de recevoir des renforts que les nomades entrèrent dans las ville en défonçant la porte. Le long des remparts, les soldats combattaient vaillamment. Un petit groupe se dirigeait vers le petit palais ou se trouvait le gouverneur. Après l'affaire de l'épidémie a Solitide, voilà encore une affaire dans une autre ville. Le groupe pénétra dans le palais et massacrer les soldats qui si trouvait.
- Bon ! Le vieux, tu va t'occuper du gouverneur ! Nous on les occupe ! Tsss, j'ai une impression de déjà vue.
Aussitôt dit, il se dispersèrent. Zanarel monta les escaliers rapidement et, arrivant sans trop de problème a la chambre du gouverneur, entra, dague à la main. Le gouverneur l'attendais du haut de son balcon, observant la lune. Zanarel s'avança près de lui.
- Bonsoir mon gouverneur ! Quel belle nuit n'est-ce pas ? J'ai pas envie de trainé mais.... bon !
Il brandit la dague, prêt a le tuer. Mais sa victime l'interrompra, son visage lui semblait familier. Soudain, Zanarel hésitait. Mais pourtant, jamais il n'avait eu d'hésitation. Il recula puis le gouverneur lui parla calmement.
- Je sais qui tu ai Zanarel ! Je sais ce que tu a était et je sais ce que tu sera si tu ne dévoile pas les horreurs qu'ont fais ceux qui ton engager ! Zan.... s'il te plaît ! Ne les écoutes pas ! Ils te tueront si tu reste avec eux !
Zanarel recula, de plus en plus hésitant. Comment le connaissait-il et puis.... de quoi il parle ? IL a jamais entendu de ce qu'a fait les Zéraorien ! Il nu pas le temps de posé ces questions que le corps sans vie du gouverneur s'effondrant par terre le sortit de ces pensés. Il se retourna puis sentit une douleur au niveau de son ventre.
- Décevant ! Ils peuvent pas juste resté tranquille ? Bon ! Il sera quoi faire de toi.
Puis le noir recouvrait petit à petit la vision de Znarel et plus rien...
- Quel belle fin ? Tssss.... mourir sans ls avoir revue ! Adieu !


Et voila :D LE premier chapitre de peut être une longue série ^^j'espère que sa vous aura plus et a bientôt !!!
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Re: Premier concours - Printemps 1972

Messagepar Alule » Sam 18 Avr 2020 12:03

Voici ma participation,
Sur un autre topic car j'espère que cela inspirera le propriétaire du personnage impliqué (avec son autorisation bien entendus) et que cela engendrera de multiples post continuant cette histoire.

Bonne lecture!

Tocade d'un Trépassé

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Tu n'étais pas censée te réveiller

Messagepar Raevalia » Sam 18 Avr 2020 23:04

Voici ma première nouvelle, qui se révèle être plus un exercice qu'une oeuvre.
Elle a été réalisée dans le cas du concours, en suivant la contrainte du thème, mais avec en plus la contrainte consistant à l'écrire et à la parfaire en sept jours, afin de tester le projet Bradbury (une nouvelle par semaine pendant un an) et de me rendre compte que je ne l'essayerai même pas !
Je ne pensais pas la présenter à cause de sa longueur, mais un message de darko m'a incité à finalement l'intégrer au concours.

Pour faciliter la lecture voici un lien google doc car le fond blanc est moins désagréable que le fond du forum, néanmoins le deuxième lien redirige vers la bibliothèque où elle est postée

https://docs.google.com/document/d/1-Qd18D2mqA56ICi7tV3I4ebvMYKji6JzUV5sG-2Js2g/edit?usp=sharing

http://www.heroic-fantasy.fr/forum/viewtopic.php?f=11&t=1768

J'espère très sincèrement que la lecture vous plaira.

L'histoire est écrite par une succession d'aventures
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Re: Premier concours - Printemps 1972

Messagepar Vodianova » Sam 18 Avr 2020 23:39

Clarisse

Je flotte. Je dérive dans un brouillard violet. Mes cheveux flottent au vent. Des tourbillons mauves vaporeux picotent ma peau nue. Une porte. Elle m'attire. Je dois la franchir. Je m'approche, mais quelque chose me retiens. Je baisse les yeux sur ma poitrine. Non plus bas ! Sur mon nombril ! Mon cordon ombilical me tire. Il s'agite. Je sens les soubresauts le secouer sur des kilomètres. Je suis brusquement aspirée en arrière.

L'obscurité m'entoure. Je suis allongée sur une pierre. Je sens son contact glacé sur mon dos. J'essaye de bouger, d'ouvrir les yeux. Mais rie. Des voix :
"Yaz, est-ce que tu auras besoin de laboratoire encore longtemps ?
- Une minute, Graham. Si tu me déranges toutes les cinq minutes, je ne finirai jamais. Tu peux bien me le laisser une petite heure.
-Une petite heure ? ça fait une semaine que tu n'en es pas sortie !
-Une semaine ? Déjà ? Tu es vraiment sûr ?
- Depuis Zanadi dernier, exactement. J'ai du travail. Des expériences à mener. Libère ce labo !
- Et bien moi aussi ! Je suis sur un projet important !
- Toi ? Tu travailles ? Qu'est-ce que... ?
- C'est personnel !"

Les voix s'éloignent. Le temps passe. Enfin, du bruit. Quelqu'un trifouille des objets métalliques. Il s'approche. Je sens une aiguille se planter dans ma chair. Je sombre dans le néant.

"Non, maman ! Je ne passerais pas l'épreuve. J'ai 15 ans ! Je suis assez grande pour décider de mon avenir."
Maman se prend sa tête dans les mains.
"Mais enfin, ma chérie. Pense à la gloire ! À l'honneur pour notre famille ! Tu pourrais améliorer nos conditions de vie."
Je me lève brusquement et la fixe d'un regard noir :
"- La gloire ! Parlons-en ! Toute la ville les craint, les déteste. Et toi aussi. J'ai vu tes regards haineux à leur encontre. Et tu voudrais que je sois l'une d'elles ?
- Mais enfin, Clarisse. Danseuse ! C'est dégradant, rien à voir avec la...
-...Gloire de devenir un petit soldat du Gardien. J'ai compris le couplet, ça va. Les danseuses au moins sont admirées. Elles rendent les gens heureux, elles leur donnent le sourire, elles sont applaudies, on leur offre de fleurs. Les nécromanciens ne reçoivent que haine et mépris, on crache sur leur passage, on les insulte dans le dos. Personne ne les respecte ! Kss !
- Tu préférerais vraiment te trémousser dans des costumes obscènes ? Si ton père était là...," commence ma mère avant de fondre en larmes.
Papa est mort depuis des mois. Penser que son cadavre erre désormais dans cette maudite forêt au ordre des nécromanciens, me dégoûte. Ma mère reprend en sanglotant :
" Tu sais bien que c'est la tradition. À Tridécagone, tous passent l'épreuve. Le jour de ses 15 ans. De quoi on aura l'air si tu ne le fais pas ? Que diront les voisins ? Pense à notre avenir, si tu montres ouvertement ton aversion. Tu sais bien de quoi ils sont capables. Et rien ne dit que tu réussiras."
Je suis reste silencieuse. Elle a raison. Personne n'aime le Sanctuaire, mais le déclarer ouvertement aurait des conséquences terribles. Le simple fait de refuser l'épreuve, bien que non-obligatoire, me placerais dans une position délicate. Et pas seulement vis-à-vis des nécromanciens. Toute la ville pourrait extérioriser sa haine sur moi. Je deviendrais une chèvre émissaire. C'est complètement irrationnel, mais ça arrive souvent. Les gens sont tellement effrayés par la colère du Sanctuaire, qu'ils préfèrent s'occuper des éléments récalcitrants avant que le Temple ne s'en charge.
"- Je.... D'accord. J'irais."
Maman me serre dans ses bras.
"- C'est le bon choix, ma chérie ! Et si jamais tu échoues, il y aura toujours une place pour toi à la blanchisserie"
Ma vision se brouille.

Je cours sur le chemin. L'objectif est tout droit. Il suffit de suivre l'hélicoïde. Des centaines d'êtres courent à mes côtés. Beaucoup traînent un cordon ombilical derrière eux. D'autres non. Des elfes. Des humains. Des nains. Des gorzaghs. Des grognards. De tout. Toutes les espèces d'Hédarion sont là. Enfin, l'objectif apparaît. Le Village ! Les habitants rampent à notre rencontrent en agitant leurs antennes. Les hommes claquent des mandibules. Des femmes bondissent, des fœtus sortent de leurs bulbes dorsaux avant de les dévorer vivantes. Des pinces, des tentacules, des coquilles nous prennent dans leurs bras et nous conduisent dans le Village. Submergée par le nombre, ma vue s'obstrue.

Je cours sur le chemin me ramenant à Tridécagone. Je viens de fausser compagnie aux recruteurs. J'ai mon plan. Je vais rejoindre la ville dans quelques heures, j'annoncerais qu'ils ne m'ont pas sélectionnée et ensuite, je me mettrais en quête d'une taverne à la recherche d'une danseuse. Tout est rodé. Pour l'heure, je fonce tout droit, le plus rapidement possible. La sueur dégouline le long de son corps et colle désagréablement ma robe à ma peau. J'ai le souffle court et mon point de côté m'élance. Mes poumons sont en feu et mon cœur bat tellement qu'il semble sur le point d'exploser. Mais je n'ose ni m'arrêter, ni regarder en arrière. De peur que l'un d'eux ce soit lancé à ma poursuite. Une pierre roule sous son pied et je trébuche. Je tombe la tête la première dans le ventre d'un nécromancien en robe du Sanctuaire de l'Outre-Monde.

Je panique. Ils m'ont retrouvée. Ils vont m'emmener dans la Forêt Maudite, c'est inévitable maintenant. M'emmener aux milieux des monstruosités que fabrique le Temple des Ombres. Je vais devoir passer l'épreuve. Je vais devenir l'un de ces êtres détestés ou tout simplement folle ! Non ! Jamais ! Hors de question ! J'essaye de me relever, mais je suis trop épuisée. Je ne peux que rester allongée sur le nécromancien en soufflant bruyamment. Il se dégage avec douceur et se releva. Je lève les yeux vers lui en tremblant. Je constate avec stupeur que c'est une jeune femme, de son âge environ. Le choc lui avait fait glisser sa capuche et une cascade de cheveux bleus descend dans son dos. Elle me tend la main en souriant, ses yeux verts me regardant l'air de s'excuser.
"Désolée, Mademoiselle, je ne vous avais pas vue"
J'hésite à prendre la main tendue, mais je me sens rougir sous le regard compatissant de la nécromancienne. Finalement, je me décide et attrape la main. La paume est chaude, très loin de la chair glaciale que j'imaginais. À son contact, une étrange décharge électrique me parcourt. Si mes cheveux avaient été longs, je pense qu'ils auraient complétement été décoiffés par l'électricité statique résiduelle.
"Vous allez bien ? Vous semblez paniquée ?
-Je.... Oui. Non... Je vais bien. Mais c'est plutôt moi qui.. Bégaye-je.
- Ne vous tracassez pas. C'est ma faute. Je lis en marchant. Une mauvaise habitude ! Me répond la nécromancienne en ramassant son livre.
- Oh !
- Bon, si tout va bien... Bonne journée Mademoiselle !
-Je... Attendez... M'exclamais-je sans comprendre ce qui me prenais.
- Oui ?
-Peut-être voudriez-vous boire un verre en ma compagnie ?"
Je regrettais aussitôt mes paroles.
"Non, excusez-moi ! Je ne suis qu'une roturière. Je suis impolie."
Mais la nécromancienne semble intriguée :
"Personne ne m'a jamais proposé de boire un verre en sa compagnie. Ce serait avec plaisir. Mais là, j'ai des affaires qui m'attendent au Temple. Une autre fois, peut-être ?
- Une autre.. ?" Mais la jeune femme a déjà tourné les talons et s'éloigne en direction de la Forêt Maudite.

Je la suis du regard, complètement tétanisée sur le chemin. Cette nécromancienne avait très gentille, s'était excusée, ne m'avait pas insultée. Très loin du caractère glacial auquel je m'attendais. Je me demande si la reverrai un jour. Probablement pas. Sa robe et ses cheveux la désigne comme l'une des héritières Du Serpentaire. Elle doit avoir de lourdes responsabilités au Temple et ne se rendre à Tridécagone qu’occasionnellement. Elle ne m'a proposé cette autre fois que par politesse. Elle m'a certainement déjà oubliée. Bon, puisque les recruteurs ne s'inquiète pas de ma disparition et que rien ne me presse de rentrer, j'en profite pour m’asseoir sur un tronc abattu, couché le long de la route et me perds dans dans mes pensés.

De nouveau, les voix, la pierre glacée dans mon dos. L'impossibilité de me mouvoir.
"Yaz, c'est impossible. Son devoir est de servir le Gardien maintenant. Son âme est dans l'Outre-Monde depuis longtemps.
- Et le récolteur d'âmes ? Et le forbandais volant ? Et le roi-liche ?
- Pff, des légendes, tout ça. Et puis ça n'a rien à voir. Tu as les déjà rencontré en personne ?
- Je m'excuse, mais on a des contrats avec les forbandais et le roi-liche. Ils existent réellement.
- Mouais, peut-être. Mais leur réputation est grandement exagérée. Une légende qu'ils ont construite pour impressionner les esprits faibles. Et puis leur état n'a rien à voir avec ça.
- Hmm
- Allez relève ce cadavre. Tu n'en tireras jamais rien.
- Non. Je peux la ressusciter, j'en suis certaine !
-Pff ! À ta guise"

De nouveau, le néant m'aspire.

Dans le miroir, mon reflet me fixe de ses yeux marrons. Je suis occupée à recoiffer mes courts cheveux blonds. Je viens de terminer ma soirée. J'avais trouvé une place de danseuse orientale dans cette taverne, j'y dansais le soir. Le reste du temps, j'aidais maman à la blanchisserie. Il y a quelques semaines quand je suis revenue à la maison, en annonçant avoir échoué l'épreuve, ma mère m'a aussitôt proposé une place de lavandière. Je n'avais pas eu le cœur de refuser. Mais à côté de cette activité, j'avais parcouru les tavernes et finis par dénicher ce poste de danseuse. Je cumule mes deux emplois dans l'espoir de réunir une somme suffisante pour monter ma propre troupe. Mais en attendant, j'examine mon costume, vérifiant que je ne l'ai pas abîmé pendant ma prestation. On frappe à la porte. Je tressaille. Mes collègues m'ont mise au parfum sur l'activité officieuse des danseuses au sein de cette taverne, mais à ce jour, je n'y ai jamais été confrontée. Je me lève avec appréhension et ouvre la porte. C'est avec surprise que je découvre la nécromancienne que j'avais bousculée quelques semaines plus tôt. Elle me tend une bouteille de cidre en souriant, mais semble mal à l'aise :
"J'ai repensé à votre invitation. Vous savez ? Boire un verre. Joli votre petit numéro. Très envoûtant. Votre costume est magnifique.
- Je...Merci"
Flattée que la nécromancienne se soit souvenue de moi, je l'invite à entrer.

Mon père redescend de la cave. Je reconnais le frottement caractéristique de ses intestins sur les marches. Je me lève précipitamment. C'est le Grand Jour. Le Jour que j'attends depuis ma naissance. Je dois être présentable. J'enfile ma robe en bois de nymphe. Les plumes de paon me mettent en valeur. En plus, c'est coloré. J'accentue mon décolleté par un collier en dents de gorzagh. Tout cela va très bien avec mes bottines en dragon verni. Je complète le tout avec une capeline en poils de barbe nordique. Allez, plus qu'à me coiffer en corne de chèvres et à me maquiller et je serais prête. Mon père gratte à la porte du placard. "J'arrive dans cinq minutes !"


Je traverse le Village calmement. Le fleuve est d'un noir translucide. Je m'approche du passeur. Il me fixe de ses trois yeux globuleux et me tend trois doigts squelettiques. Je le paye et emparque sur sa gondole. Nous montons lentement la cascade dans le sens du courant. Le voyage est paisible. J'en profite pour observer les alentours. Sur les parois des cerfs-panthères broutent paisiblement. Les racines des arbres claquent des dents au passage des oiseaux. Le ciel est zébré d'éclairs mauves. En somme, tout va pour le mieux. J'en profite pour me reposer et m'endors rapidement, bercée par le clapotis des vagues.

Les percussions et le sifflement des flûtes nomade résonnent à travers la pièce. J'ondule mon corps avec précision en suivant le rythme de la musique. Mes camarades me suivent avec grâce. Un gigotement des épaules. Une rotation du bassin. Un tressaillement de la poitrine. Rien ne nous échappe. Nous nous trémoussons dans le cliquetis de nos costumes. Yaz est face à moi, assise à la place d'honneur du banquet. À ses côtés, son futur époux. Une histoire politique. Cependant, il vient de Jelhom. Ce qui a permit à Yaz d'engager ma troupe de danseuses nomades pour son mariage. Une représentation cadeau en l'honneur des origines de son époux. Mais surtout un prétexte pour nous voir. Elle me sourit et me fait un signe discret. Je la trouve très séduisante dans sa robe de mariée. Une bouffée d'excitation me submerge. Je lui rends le signe et redouble d'efforts. Je ne danse plus que pour elle. Que pour la séduire. Ha, que la suite de la soirée s'annonçait excitante.

Le passeur me réveille et montre la rive. Je descends. Je défroisse ma robe, rajuste ma capeline, m'étire et regarde au loin. Le chemin est couvert d'écailles. Mes talons s'enfoncent dans sa chair visqueuse. Je suis au bon endroit. À l'horizon, les flèches lilas. Je souris et me précipite sur le chemin. Le Temple du Gardien ! Enfin !

Je descends de la calèche. Ma chaussure à talon se tord sur les pavés irréguliers. Maman grommelle :
"Attention à ta robe. On la loue assez cher comme ça !
-On la lavera au pire ! Ce n'est pas comme si c'était notre métier. Je n'ai pas l'habitude de ces pavés. Pourquoi doit-on faire ça à Forgeloup ?
-Il n'y a pas de Temple de Zenayna à Tridécagone ! Tiens toi droite, ton fiancé est déjà là !"
Je plisse les yeux et observe la foule debout sur les marches du Temple. Enfin, j'aperçois la silhouette de Wiliam le fils du maréchal-ferrant. Il n'a pas changé. Ses cheveux sont toujours aussi gras et il a toujours autant d’acné. Je soupire :
"Je suis vraiment obligée ?
- Tu as 21 ans, jeune femme ! Tu ne veux pas rester vieille fille quand même ?
- Justement, je t'ai déjà expliqué...
- Ha non, ne remets pas ça sur le tapis. Que penseraient les voisins ? Et ton père ? Nous ne sommes pas des elfes. Comporte-toi en humaine, pour une fois ! Et puis William est un beau parti.
-Bha heu, ... Répondis-je en dodelinant la tête.
- Ingrate. Je me donne tant de mal pour organiser ce mariage et toi au dernier moment..
-Oh, ça va. Je vais l'épouser ton "prince" !"
J'avance vers le Temple. Les invités s'écartent sur mon passage, formant une haie d'honneur. Je suis la première à pénétrer dans la fraîcheur du lieu sacré.

Je m'approche de l'autel, où William me rejoint rapidement. Dans mon dos, j'entends les invités s'installer bruyamment. Une odeur me prend à la gorge et je dois me retenir de vomir sur ma robe. C'est l'odeur de cheval musqué de William. Il n'a même pas fait l'effort de se laver pour ce jour spécial. Je lui jette un regard de reproche. Il hausse les épaules en signe d'impuissance. Après peut-être que lui non plus ne souhaitais pas cette union.

La prêtresse de Zenayana commence sa litanie. Je n'écoute pas. Je lui tourne le dos et observe le public. Maman est au premier rang, au côté de la famille de William. Elle me sourit des larmes de joie dans les yeux. Les autres rangs sont remplis d'amis de nos deux familles qui sommeillent en attendant le banquet. Au dernier rang, j'aperçois mes collègues, lavandières et ma troupe danseuses. Elles me font de grands signes d'encouragement. Puis mon regard s'arrête sur une colonne. À laquelle se tiens adossée une silhouette que je reconnaîtrais entre mille. La silhouette de Yaz Du Serpentaire. Je souris et me sens rayonner de bonheur. Elle a pu venir. La journée ne s'annonçait pas si mal, finalement.
"William, voulez-vous prendre Clarisse pour épouse et lui jurer fidélité jusqu'à ce que la mort vous sépare ?
-Oui, je le veux !
- Clarisse, voulez-vous prendre William pour époux et lui jurer fidélité jusqu'à ce que la mort vous sépare ?
- Hein ? Quoi...Oui oui on en fait comme ça."
Mes pensées sont toutes à Yaz et je n'ai pas conscience de ce qui se dit.
- Heuu... Je suppose que vous pouvez embrasser la mariée dans ce cas. J'imagine."


Je suis assisse dans un baquet d'eau fraîche. J'essaye de soulager mon arrière-train douloureux. L'eau devient rouge. Je crois qu'il m'a fait saigner. Si j'ai d'abord cru que William était aussi peu enthousiaste que moi à l'idée de ce mariage, j'ai vite désenchanté. Pourtant, lors de la cérémonie, il ne semblait pas à l'aise et il ne m'a guère adressé la parole durant le banquet, non plus. Mais dès que nous furent seuls dans la chambre réservée à notre nuit de noce., il m'a jetée sur le lit, a baissé son pantalon, remontée ma robe et m'a prise comme l'un des chevaux dont il a la charge s'occuperait d'une jument. Rien à voir avec la douceur des caresses de Yaz, la sensualité de ses embrassades, la jouissance de ses étreintes. Non ! Lui, c'était juste, on concasse, on concasse et tant pis si c'est douloureux. Il ne m'a pas laissé dire un mot, n'a pas écouté mes protestations. Il m'a juste pilonnée sans relâche jusqu'à épuisement. Pour lui, c'est mon devoir d'épouse de me laisser prendre ainsi. C'est comme ça qu'on fait des gosses, qu'il a dit. En somme de son point de vue, je suis l'équivalent d'un bibelot servant juste à enfanter. Et de temps en temps à entretenir sa maison. Un hululement de chouette retentit dans le couloir. Le signal de Yaz. Je soupire de soulagement. Enfin ! Je sors de la chambre sur la pointe des pieds. J'allais finalement avoir une vraie nuit de noce.

Je me suis endormie dans les bras de Yaz, mais je réveille dans le noir, complètement paralysée. J'entends des voix :
"Ne me dit pas que tu as gardé ce cadavre ? Ça fait des années qu'elle est morte. Elle doit être complètement décomposée.
- Je t'assure que..
- Mais tu l'as empaillée. Une catin de Tridécagone. Tu gardes des prostituées empaillées dans ta chambre depuis tant d'années. Tu es malade ?
- C'est une danseuse. Pas une catin. Et puis...
- Attends, c'est des pierres des âmes, ça. Ne me dis pas que tu continues tes expériences.
- Je...
- Tu va nous ruiner avec tes conneries. Arrête de t'acharner en vain. C'est trop tard.
- Mais... Tu ne comprends pas. C'est une promesse !"

Les ténèbres m'envahissent.

Mon armure brille. Je l'ai lustrée le matin même. Je me tiens au garde-à-vous sur le plafond réservé aux aspirantes, ma fourche dans la main droite, mon écu dans la gauche. Les lianes descendent du sol. Nous attendons toutes immobiles. Enfin, le capitaine glisse le long de l'une d'elles. Elle fait le tour de mes camarades. S'arrête de temps en temps. Elle doit faire des remarques, mais je ne les entends pas. Finalement, elle se plante devant moi. Et claque des pinces. Je suis choisie. Ma première mission au nom du Gardien. J'exulte, mais reste stoïque. Je dois me montrer digne de mon rang et de l'honneur qui m'est fait. Je suis mon capitaine à travers les dédales de couloirs du Temple. Nous descendons des escaliers pour aboutir au cinquième étage avant de monter des échelle nous amenant au rez-de-chaussée. Toute excitée par ma mission, je ne prête guère attention au chemin. Le capitaine s'arrête. Sa pince me désigne un vortex. Je prends une profonde inspiration et plonge à l'intérieur.

Yaz est allongée sur le lit. Ses longs cheveux bleus couvrent sa nudité. J'ondule langoureusement devant elle, un diamant dans mon nombril. Elle s'approche et commence à me caresser la poitrine et tripoter le diamant. Nos lèvres se cherchent. La porte s'ouvre brusquement :
"Prise la main dans le sac !"
C'est William. Son visage est rouge de colère. Il éructe tel un cheval. Il a dû me suivre. Je savais qu'il était jaloux, mais pas à ce point.
"Avec une femme en plus. Épouse indigne. Désormais, tu seras enfermée à la maison. Tu apprendras à te comporter en humaine. Trainée. Comme ça, madame râle quand nous faisons l'amour, mais dès que j'ai le dos tourné, ça y va à cœur joie. Je ne le tolérerai pas.
- Attends, laisse moi t'ex..."
Mais il m'a déjà saisie et me traîne hors de la chambre. Je me débats, mais il est trop fort pour moi. Du coin de l'œil, je vois Yaz faire des signes étranges. Une crise de panique ?

Une explosion retentit. Je suis projetée à travers la pièce. Je vois le corps déchiquetté de William voler autour de moi. La fenêtre se rapproche. Je passe au travers. Le sol me fonce dessus à toute vitesse. Je m'y écrase, mon corps se démembrant sous le choc. Ma bouche est pleine de sang. Les ténèbres envahissent mon esprit. Je sens une main me toucher. Je reconnais le contact de Yaz. Elle me murmure à l'oreille :
"Je vais réparer ! Je te le promets !"
Je sombre définitivement dans le long sommeil de la mort.

J'ouvre les yeux difficilement. Mon corps me tiraille de partout. L'air entrant dans mes poumons me brûle la gorge. C'est comme si je n'avais pas respiré depuis des siècles :
"Clarisse ? Tu es là ?"
Ma vision se fait plus nette. Et j'aperçois une femme aux cheveux blancs penchée sur moi. Elle est édentée et des rides couvrent son visage. Mais je reconnais les yeux verts qui me fixe :
"Yaz ?? ", dis-je en tendant le bras.
La vue de mon bras me donne un haut-le-corps. Sa chair est lambeaux. Je vois mes os à travers mes muscles déchirés.
"Que...
-Tu es sauvée, Clarisse. Je t'ai sauvée ! J'ai réparé ! Comme promis !
-Réparé ?"

Des éclairs parcourent mon esprit. Un ciel zébré de lueurs mauves. Moi dansant dans une taverne. Moi, marchant au pas de l'oie au milieu de soldats en armure. Moi caressant les cheveux de Yaz. Moi passant à travers la fenêtre. Moi m'éparpillant sur les pavés. Je suis morte. Je m'en souviens. Mais j'ai des souvenirs incompatibles. Ma mission pour le Gardien. Mon esprit s'embrouille. Je deviens folle.
"Comment ?"
Yaz sourit de toutes les dents qui lui restent.
"Je t'ai sauvée. Nous ne serons plus séparées, ma chérie. J'ai récupéré ton âme et je t'ai ramenée. J'ai réussi, tu es revenue.
-Combien de temps ?
-Des années. Mais ça n'a plus d'importance, maintenant. Nous pourrons passer l'éternité ensemble désormais.
- Des années ? Où étais-je tout ce temps ? Quel était cet endroit insensé ? L'Outre-Monde ? Un rêve ?"

Je me lève brusquement, prise de panique, et m'étale sur le sol en découvrant que mes jambes ne sont plus reliées à mon corps. Je les vois s'agiter à l'autre bout de la pièce. C'est un cauchemar. Je ne peux pas être un Marche-Mort. C'est impossible. Je convulse sur le sol. Si mes yeux étaient encore capables de pleurer. Je pleurerais. Je veux mourir. Mais je suis déjà morte. Et vivante. Je ne peux pas passer l'éternité sous cette forme. Même avec Yaz. Je ne le supporterais pas.
Yaz me serre dans ses bras dans un câlin plein de compassion :
"Chut ! Tout va bien maintenant ! Nous sommes ensembles !"
Du Serpentaire,

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Coeurs enchaînés

Messagepar Clan Galyfreya » Dim 19 Avr 2020 22:32

- Partie 1 -

Le soleil était déjà haut dans le ciel et éclairait de ses rayons acérés la citadelle qui se dressait comme un oasis dans le désert. Au loin, Cadeyrn pouvait deviner que la forme noire, qui ressortait de l’horizon vert formé par la lisière de la jungle, était la ville d'Aiguenoire. Il se rappela de la maison familiale, ou plutôt de la forteresse familiale, solide et froide, puis de la vie animée de ses rues, les vêtements colorés des passants contrastant avec la noirceur des pierres formant le bâtit de la ville. Et pourtant, toute cette agitation, tous ces habitations et ces forts retranchés ne se réduisaient ici qu’à un point noir à l’horizon, chevauchant un infime trait de verdure. Le jaune du sable, blanchi par la chaleur du soleil prenait toute la place de sa vision, et le bleu du ciel, un azur uni, pas même terni par un nuage blanc, surplombait cette étrange paysage formé de taches de couleurs.

Cadeyrn était debout, les mains posées sur le rebord de sa fenêtre, les yeux dans le vague, l’aire pensif, laissant le vent du désert venir lui souffler en douceur sur le visage, lui desséchant légèrement la peau et faisant flottés délicatement ses cheveux bruns au rythme de ses envies. L’homme ferma les yeux et respira l’air chaud qui lui venait du désert, son parfum si étrange et familier, tout en dressant l’oreille aux divers bruits qu’il percevait. La forteresse était animée, comme tous les jours. Serviteurs et esclaves s’affairaient à leurs divers tâches, inconnus de leur seigneur pour une grande partie, mais qu’il savait indispensable à son confort.

Sur son bureau, des lettres de sa famille. Si les nombreuses missives de Bathilde étaient souvent sans queue ni tête et peu digne d’intérêt, elles avaient au moins le bon goût de le divertir, contrairement à ceux de son père. Dans la dernière qu’il avait reçu, ce dernier ventait les réussites militaire de son cousin, Serbitar, le grand commandant de la lignée. Des louanges qui couvraient très mal le sous-texte facilement compréhensible par Cadeyrn. Tout ce que son cousin accomplissait, ce n’était pas lui qui le réalisait. Son père lui rappelait également l’importance stratégique du fort où il avait envoyé son fils depuis maintenant cinq ans. Cadeyrn s’était alors contenté de suivre l’ordre qui lui avait été donné. Il soupira. Si son père lui ordonnait de rejoindre l’armée, il le ferait. S’il lui demandait de se spécialiser dans le commerce, il ferait. Il lui avait demandé de s’exiler dans ce fort coupé du reste du monde, il l’avait fait. Contrairement à son cousin ou à sa sœur, Cadeyrn se désintéressait de la politique, de la stratégie et des accomplissements guerriers, ce qui faisait de lui un simple pion dans l’échiquier politique de la puissance lignée des Zebuto…

Plongé dans ses pensées, l’homme faillit ne pas entendre les légères frappes qu’on portait sur la porte de son bureau. Il se retourna.

- Entrez.

à la vue de l’elfe qui entra avec difficulté dans la salle, une main sur la poignet et l’autre tenant dans un équilibre précaire un plateau d’argent contenant une théière et une tasse, Cadeyrn sentit son corps se détendre légèrement et un sourire se dessina sur ses lèvres.

- Votre thé noir, maître, murmura la jeune femme.

- Merci, Elvhen.

Cadeyrn croisa les bras et se mit à la dévorer des yeux. Il avait toujours été fasciné par la beauté des elfes, et cela avait souvent été une source de moquerie de la part de ses amis. Contrairement à eux, il n’aimait pas les généreuses formes des nomades, leurs peaux d’argiles et leurs yeux de chats, ni leurs cheveux d’ébènes bouclés, leur tempérament aussi brûlant que le sable du désert. Ils n’appréciaient pas non plus la beauté des cavalières, leurs cheveux sans cesse attachés, leur regard fier qui contrastait avec le sentiment d’infériorité qu’elle avait envers les filles du désert et leurs veines tentatives pour les immiter.

Non. Cadeyrn préférait de loin la vue de la délicate silhouette d’Elvhen, ses cheveux lisse et couleur du blé qui tombait en cascade dans son dos, ou sur sa poitrine selon les jours. Il préférait le son de sa voix, simple et chrystaline, sans être d’un aiguë agaçant. Il aimait son visage fin, malgré la rougeur de ses joues et l’irritation de sa peau, blessé par le vent du désert et la rudesse du soleil, elle qui avait été faite pour vivre à l’ombre des lourds feuillages de la forêt de Jade. Il aimait ses longues oreilles pointues, qui changeaient de position au fil de ses humeurs, révélant parfois malgré elle ses sentiments et ses craintes. Il aimait la couleur pastelle de ses yeux, qu’elle gardait pourtant baisser, aujourd'hui encore, comme à son habitude. « Comme on le lui a appris », se corrigea l’homme presque aussitôt avec reproche.

Il repensa au premier jour où il l’avait vu, au milieu d’autres esclaves enchaînés, dans la résidence familiale. Il s’agissait d’un cheptel de prisonniers qu’un clan nomade dont il avait oublié le nom avait offert à sa famille pour s’assurer des bonnes relations diplomatiques que son clan entretenait avec la lignée. Il se souvient l’avoir réclamé à son père, qui avait conscenti à son caprice, caprice qui était assez rare pour qu’il s’y plie. Mais Cadeyrn ne pouvait pas s’empêcher d’imaginer à quoi Elvhen avait pû ressembler avant d’être réduite en esclavage, si elle avait été une femme libre. Est-ce qu’elle l’aurait regarder droit dans les yeux ? Et ce que sa posture aurait été plus droite, fière, sa voix et ses gestes plus assurées ? Est-ce qu’elle lui aurait souri ?

L’elfe coupa court au rêverie de son maître d’un murmure hésitant.

- Avez-vous besoin d’autres choses, maître ?

Ses oreilles étaient tendues en arrière. Elle ne semblait pas rassurée. Peut-être le mutisme de Cadeyrn et son regard qui la fixait la rendait mal à l’aise… L’homme s’insulta mentalement avant de lui sourire.

- Je t’ai déjà demandé de ne pas m’appeler maître quand nous étions tous les deux, Elvhen.

- Pardon, m-… seigneur.

Les oreilles se rabattirent brusquement vers le bas, alors que l’elfe se tendit, comme si elle avait fait une erreur qui allait être puni. L’homme soupira devant cette réponse, mais ne s’en formalisa pas et chassa la réflexion macabre qu’il s’était faite, associant sa fascination étrange pour l’expressivité des oreilles elfiques, et la collection qu’en faisait les soldats gorzaghs.

- J’ai effectivement besoin de toi.

L’elfe ne réagit pas, attendant les ordres, toujours aussi tendue. L’homme se mordit la lèvre inférieure. Elle ignorait tout de ce qu’il ressentait pour elle. Et lui ignorait ce qu’il devait faire de ses sentiments et de ses désirs. Les paroles méprisantes de son cousin quand il avait fait l’erreur de lui confier son trouble raisonnèrent dans son esprit. « C’est ton esclave, si tu veux la baiser, baise là, c’est aussi simple que ça ! ». Mais ce n’était pas si simple. Cadeyrn ne voulait pas lui faire de mal, ne voulait pas la forcer… Il ne voulait pas la « baiser », il voulait faire l’amour avec elle. Il voulait la voir sourire, l’entendre soupirer de plaisir, lui murmurer des mots doux, des mots d’amour… Pas la voir pleurer de terreur, l’entendre hurler de douleurs, la battre, la frapper pour la faire obéir, la briser comme d’autres le font sans aucune pitié avec leur esclave dédié à l’unique et horrible tâche d’assouvir leurs pulsions sauvages.

Il voulait simplement ne plus être seul, et lui faire comprendre l’affection qu’il ressentait pour elle. Mais jamais il ne pourrait y arriver, jamais il ne pourra être sûre que les gestes d’amour, les mots de miels seraient sincères, venant de sa propre esclave. Venant d’une personne forcée à obéir et à consentir à tous ses désirs, quitte à lui mentir. Et que penser de lui-même ? Comment pouvait-il prétendre être tombé amoureux d’une personne qui lui était servile ? En ne la connaissant qu’esclave ? L’aimait-elle, elle, ou le sentiment d’être le seul maître de son destin, de lui faire une fleur en lui parlant d’amour ? Etait-il en vérité amoureux de ce sentiment de supériorité et de condescendance ? Cadeyrn se laissa tombé sur le siège rembourré de son bureau, en se prenant la tête dans les mains.

- Seigneur ?

La voix d’Elvhen semblait inquiète. Un mince sourire triste, reconnaissant, passa un moment sur le visage de l’homme, qui secoua la tête.

- Chante pour moi, s’il te plait, Elvhen, murmure-t-il.

- Oui, seigneur. Que voulez-vous que je chante ?

Cadeyrn resta immobile, prostré dans son sentiment de honte et de culpabilité, et ne répondit pas. Après quelques secondes de silence et d’hésitations, Elvhen décida de s’exécuter, chantant de sa voix douce et cristalline les gestes d’un aventurier elfique, dans la langue de sa région natale, dont les sonorités semblait tant plaire au maître.

- Partie 2 -

Elvhen remonta à la surface le lourd drap de lin, alourdi par l’eau que l’épaisseur des mailles emprisonnaient. Le tissu faisait plusieurs mètres, et le mouvement répétitif du rinçage faisait s’étirer les muscles des bras de l’elfe. Elle sentait le bas de son dos grincer douloureusement. Elle replongea de nouveau l’immense morceau de lin, de ses mains ridées par le contact prolongé avec l’eau, et soupira, voyant que malgré le quart d’heure qu’elle passait dessus, la mousse créée par le lierre utilisé pour laver le linge restait enchevêtré dans les fils du tissage.

Le soleil tapait fort en ce début d’après-midi, et comme à l'accoutumé, aucun esclave ne portait de quoi se protéger des ses rayons mordants. Ce n’était pas la morsure de sa chaleur attaquant sa peau qui la gênait le plus cependant, mais la fièvre qu’elle sentait parcourir son corps, et la douloureuse migraine qui lui battait les tempes. Elle avait la gorge sèche. Elle n’avait pas eut le temps de boire ce matin. Elle ne pouvait cependant pas s’arrêter, la contre-maitre veillait au grain et était prête à punir vertement tout esclave "paresseux".

L’elfe tenta d’occuper son esprit sur autre chose que la douleur, la soif et la peur des réprimandes. Elle serra les dents, et son regard se fit plus dur lorsqu’elle se remémora l’étrange échange qu’elle avait eut la semaine dernière, avec un esclave d’une des invités du maître. Ou en tout cas, c’était ce que les apparences laissaient à penser.

Il l’avait interpellé tard dans la nuit, alors qu’Elvhen avait enfin terminé ces tâches quotidiennes et s’apprêtaient à rejoindre les baraques où dormait, entassés, les esclaves du domaine. Il l’avait salué d’une manière étrange, portant sa main sur ses lèvres, puis sur son cœur, laissant voir sur ses doigts les même tatouages tribales qu’Elvhen. L’échange qui s'en suivi avait alors été aussi intense que bref.

Il avait prétendu être un espion de leur tribu d’origine, envoyé volontairement chez une membre de la lignée Zebuto pour l’infiltrer. Il disait être là pour une mission : faire trembler cette grande famille du Chaos, qui se croyait intouchable jusqu’alors, cachée derrière leur armée gigantesque et invaincu jusqu'à ce jour. Il affirmait chercher des alliés parmi les serviteurs et les esclaves, des elfes, comme lui, qui chercheraient à se venger, tout en ayant la force de caractères nécessaire à la mission qui leur serait confier : éliminer un membre de la famille de l’empereur cavalierr, qui connaîtrait enfin ainsi la peur et la douleur causé par la mort d’un de ses proches. Le faux esclave lui avait promis la protection après son coup d’éclat accompli, et sa liberté. Il avait prétendu que ce serait facile pour elle, car on la disait dans les bonnes grâces du seigneur Cadeyrn. Sans attendre la réponse d’Elvhen, il lui avait donner un petit sachet de tissu, qui contenait un ensemble d’herbes séchées. « Tu sais ce qu’il te reste à faire. Nous comptons tous sur toi. » avait-il conclu avant de disparaître dans la nuit, laissant Elvhen stupéfaite et totalement perdue.

Elvhen sentit soudain une main la prendre part derrière le crâne, et lui enfoncer brutalement la tête sous l’eau. De surprise, elle voulut crier et commença à se débattre, en cherchant à se redresser avec le bord du lavoir, mais finit par lâcher prise. Si elle criait, elle se noyait. Cela ne servait à rien de lutter, la poigne de la contre-maître était bien supérieure à la sienne. Et se débattre, tenter de s’échapper, ne ferait qu’amuser cette dernière, la complaire dans son sadisme. Elvhen ferma les yeux et retient sa respiration. Elle se mit à compter dans sa tête, jusqu’à ce que le manque d’oxygène lui fasse perdre le fil. Alors qu’elle sentait ses poumons sur le point d’exploser, la poigne changea de forme. Elle agrippa ses cheveux et les tira violemment en la projetant en arrière.

Les poumons d’Elvhen se remplir enfin d’air alors que l’elfe toussa et se mit à cracher l’eau qui s’était engouffré dans ses poumons. Ses cheveux emmêlés, dégoulinant de partout, cachaient à sa vue son environnement, mais elle le connaissait. Le silence apeuré des autres esclaves, leurs regards fuyants, leurs corps tendus à l’idée d’être le prochain objet d’attention de la contre-maître, et cette dernière, fière et bien campée sur sur ses deux jambes, le regard menaçant et sadique.

- Je t’apprendrais moi, à rêvasser, elfe de merde ! Au boulot ! Et que ça saute !

- Oui, madame.

Elvhen, qui essayait de se relever et d’écarter ses cheveux de son champs de vision, ne vit pas la gifle lui arriver contre le visage. Ses cheveux firent écrans et l’humidité fit glisser la main de son aggresseur moins durement qu’à l’accoutumé. La contre-maître grogna, et retourna à son poste.

Alors qu’Elvhen reprit sa tâche sans ajouter un mot, son cœur hurlait de rage et d’humiliation. Elle se vengerait. De la contre-maître, des nomades qui avaient tués sa famille, des esclavagistes qui l’avaient vendu comme on vendait du bétail, des Zebuto, du Chaos… Sa décision était prise. Elle répondra aux avances du maître. Et elle le tuera de ses propres mains. Elle pendra la contre-maître par les pieds, jusqu’à ce qu’elle étouffe et que mort s’en suive. Ils paieront. Tous.

- Partie 3 -

Cadeyrn rouvrit paresseusement les paupières, réveillé par le chant d’un oiseau en migration, qui devait s’être posé non loin de la fenêtre. Il sentait le courant d’air frais créé par le linge humide qu’Elvhen avait pendu à la fenêtre pour rafraichir la pièce. Sous la main du cavalier, il pouvait sentir les cheveux soyeux de l’elfe, et il se mit à les caresser doucement. Il sentait le poids de la tête de la jeune femme pesant sur son torse nu, son souffle calme et reposé, la forme de ses oreilles sur sa peau. Elle avait dû s’endormir, comme lui, tous deux bercés par la chaleur de l’après-midi. Une bouffée de joie et d’amour envahie le cœur de Cadeyrn, et il embrassa le front de l’elfe, en espérant que le mouvement ne l’éveillerait pas.

Depuis un mois ou deux, l’elfe avait semblé s’ouvrir davantage à lui. Elle lui parlait, osait lui poser des questions. Elle semblait véritablement heureuse à ses côtés, et semblait préférer la présence de son maître aux autres serviteurs. Ce qui n’était pas surprenant pour autant : le temps qu’elle passait avec lui était autant de temps à ne pas se tuer à la tâche. Depuis quelques semaines, il l’invitait chaque soir pour l’entendre chanter, ou lui raconter des histoires, et la nuit tombant, il lui proposait de rester dormir dans sa chambre. Bien que Cadeyrn l’aurait aimé, il n’y avait rien d’indécent dans sa proposition. Il voulait simplement lui permettre de profiter de sa nuit, s’endormir à une heure raisonnable, se lever après que le soleil soit monté dans le ciel. Cela avait été le cas d’ailleurs. Elvhen s’était couché sur le divan de la chambre, alors que Cadeyrn se rendait dans son propre lit. Enfin, au début.

En effet, à la grande surprise de l’homme, et avec un trouble non moins important, après plusieurs nuits passées dans la même chambre, l’elfe avait commencé à prendre les devant. Elle le faisait toujours avec la crainte dans les yeux, la peur d’être réprimandée, mais elle le faisait d’elle-même, sans que son maître ne le lui demande. Et cela comptait énormément pour lui.

Elle le regardait dormir, lui prenait timidement la main. Un matin, avant de se rendre à ses tâches quotidiennes, elle avait déposé un baiser sur le front de Cadeyrn qu'elle pensait endormi, le comblant de joie. Jour après jour, ils devinrent de plus en plus proche. La peur disparaissait peu à peu dans les yeux de l’elfe, qui se laissait faire, et semblait heureuse des caresses que l’homme lui donnait et qu’elle lui rendait. Sa langue se délia. Elle lui racontait sa vie quotidienne, puis ses souvenirs heureux, comme ceux qu’elle gardait de la forêt de Jade, ou plus douloureux comme le jour où elle avait été capturée. Elle évitait de parler des autres esclaves ou de la contre-maître, ce qui inquiétait toujours un peu Cadeyrn. De son côté, il lui lisait des poèmes, lui parlait de sa famille, de ses hontes, de ses doutes, de son enfance. Bientôt, il ne pût plus se passer de sa présence.

Cadeyrn respira l’odeur de l’elfe qui restait dans ses cheveux, bien que sa transpiration ait séchée depuis longtemps. Il la serrait dans ses bras, le cœur miné par un doute qui continuait de le hanter. Il murmura dans un soupir.

- Resterais-tu près de moi, si tu était libre, Elvhen ?

Il regretta presque aussitôt d’avoir exprimé à voix haute son trouble, quand il sentit l’elfe commencer à bouger et à s’éveiller. Elvhen releva ses yeux embués par le sommeil, bailla doucement, et s’étira. Elle se redressa légèrement, les coudes toujours sur le torse du cavalier, ses mains rejoints sous son menton, et lui adressa un immense sourire. Cadeyrn remarqua pourtant que ses yeux, eux, ne souriaient pas comme à leur habitude. Quelque chose sembla passer dans l’esprit de l’elfe, qui pâlit légèrement et perdit son sourire. Ses oreilles frissonnèrent et tombèrent imperceptiblement. Cadeyrn aurait pû ne pas s'en apercevoir, mais il avait après à observer chacun de leurs mouvements.

- Tu as dis quelques choses, Cadeyrn ? demanda-t-elle d'une voix inquiète.

L’homme frissonna de joie, comme à chaque fois qu’elle le tutoyait et qu’elle l’appelait par son prénom. Plus de « maître », plus de « seigneur », juste Cadeyrn. Cependant, il ne pouvait pas chasser le trouble qu’avait causé le changement d’expression de l’elfe.

- Tout va bien, Elvhen ?

- Bien sûr... Pourquoi cette question ?

Cadeyrn ne répondit pas, et son cœur se serra encore davantage. Jamais elle ne pourrait avouer si quelque chose n'allait pas. Jamais tant qu’elle était son esclave et lui son maître. Elle le savait, et lui aussi. L’homme secoua la tête, et ne répondit pas. Elvhen perçut le trouble de son maître, et se leva en douceur.

- Je… Je vais faire du thé, murmura-t-elle.

Sa voix était plus hésitante qu’à l’accoutumé, et légèrement tremblante. Cadeyrn se redressa sur les coudes, l’air inquiet. Etait-elle malade ? Cela s’était-il mal plassé ? Lui avait-il fait mal sans s’en rendre compte ? Pourtant, elle aussi avait semblé prendre du plaisir… La culpabilité mordit encore plus fort le coeur du cavalier, alors qu’il attendait que l’elfe revienne avec la théière et les tasses.

Lorsque l’elfe frappa à la porte, il était en train d’enfiler une chemise et ses bas. Il lui ouvrit la porte pour la laisser entrer et elle déposa le plateau sur la table de chevet. Cadeyrn sourit et s’assit sur le lit, rejoint par Elvhen, qui lui versa le thé dans une tasse d’argent.

- Tu n’as pas pris de tasse pour toi, aujourd’hui ?


- Non, je n’avais pas soif.

Cadeyrn leva un sourcil amusé. Pourtant, il y avait de quoi avoir soif, et pas seulement à cause de la température...

- Comme tu veux.

Elvhen, qui avait détourné le regard au moment de répondre, le braqua de nouveau sur son maître qui prenait la tasse dans ses mains, tendue comme un ressort.

Elle revit ces mêmes mains caresser avec amour et douceur sa peau. Puis une vision vient traverser son esprit, comme un éclair dans un ciel noir d’orage. Ses mains à elle, recouvertes de rayures sanglantes, qu’il avait pris dans les siennes avec effroi quand il s’était aperçu de leur état. Puis les mains de la contre-maître, attachée et fouettée par un esclave, de la même façon qu'elle l'avait fait avec elle, causant à chaque coup une nouvelle zébrures rouges sur sa peau et un cri de douleur. Elle se rappela le gêne que la punition de la contre-maitre lui avait causé, mais également le goût de vengeance et de victoire qui l’avait animé. Elle avait été châtie pour l’avoir injustement martyrisée de la même façon. Elle se souvient du regard sombre et écœuré de Cadeyrn pendant toute la durée du supplice. Il abhorrait pas les châtiments physiques, mais avait fait une exception contre la tortionnaire d'Elvhen. Depuis, la contre-maître n’avait plus osé s’en prendre à elle. Ou entant cas, elle s’efforçait de ne pas laisser de marques sur le corps...

Elvhen fixa le visage satisfait du cavalier, alors qu’il humait le parfum de l’infusion.

Elle revie ce même visage déformé par la rage et la haine, alors que son cousin saoul l'avait violemment saisit de sa rude poigne, et l’avait forcé à l’embrasser, alors qu’elle servait les plats lors d’une réunion familiale. Elle se remémora avec dégoût les doigts avides du pervers se glisser dans sa chemise, cherchant sa poitrine d’une main, et son entre-jambe de l'autre, avant que Cadeyrn ne se lève et ne lui mette son point dans la figure. Elle se rappella de ses yeux furibonds, des coups qui avaient été portés, des insultes et des cris qui avaient fusé alors qu’elle s’était enfuie loin de la scène, pleurante, choquée, terrifiée, mais reconnaissante envers Cadeyrn qui était intervenu pour la libérer. Elle se souvient de l’œil au beurre noir et des contusions au visage que ce dernier avaient portés pendant plusieurs jours après cela. Il n’était pas un guerrier, et sans surprise, son cousin lui avait mis une sacré dérouillé pour l'avoir brisé dans son élan…

Elvhen regarda l’homme reposer la tasse, avant d’allonger le bras pour saisir la sucrière, et rajouter deux petits cuillères à café de sucre dans le breuvage.

Elle se mordit la lèvre. Il avait toujours préféré le sucré, les déserts aux grands plats de viandes, si coûteuses dans le désert. Et il avait toujours été aussi doux que ses mets préférés, ou en tout cas bien plus bon que n’importe quels autres maîtres. La plupart des esclaves s’accordaient là-dessus. Et s’il mourrait… Qu’adviendrait-il d’elle ? Elle serait la première suspecte, autant dire qu’elle sera déclaré coupable dans la foulée. Elle sera capturée, torturée, mise à mort. Plus personnes ne pourra venir prendre sa défense. Pas même l’esclave qui lui avait donné le poison, pas même les grands seigneurs du Nord. D’ailleurs comment ceux seraient-ils même au courant ? Une esclave morte sous les coups du Chaos, une parmi des centaines par semaine. Et quand bien même ils étaient au courant… Ils ne réussiraient pas à la sauver avant que les Zebuto ne lui mettent la main dessus. Et si par miracle, elle était innocentée ? Elle serait alors revendue à un autre maître, moins clément, moins conciliant, plus proche de l'image que l'on se fait d'un disciple du chaos. Peut-être même se retrouvera-t-elle sous la coupe de Serbitar, l’ignoble cousin de Cadeyrn, qui continuait à loucher dans sa direction à chacune de ses visites...

Elvhen se mit à trembler violemment, et eut soudain l’impression d’étouffer. Les larmes commencèrent à lui monter aux yeux. Elle était en train de faire une erreur. Une très grosse erreur.

Cadeyrn porta la tasse à ses lèvres légèrement souriante, les paupières à demi-closes. Il était un maître gentil, respectueux. Il n’avait pas choisi de naitre Zebuto, ni de ce côté des Remparts, il n'avait pas choisi de vivre en écrasant des esclaves. Pourquoi devoir le tuer ? Est-ce que sa mort aurait vraiment une importance telle qu’elle ébranlerait la faction des Exilés ?

Elvhen vit alors le visage de Cadeyrn se figer, perdre de ses couleurs pour ne laisser qu’un tein blafard. Elle vit ses yeux se révulser, crû entendre des gémissements étouffés dans des rejets sanglants. Elle imagina son corps pris de violents spasmes, ses mains agripper les couvertures avec désespoir, sa bouche s’ouvrir à la recherche d’air qui ne venait plus. Puis elle vit le corps du cavalier retomber inerte sur le sol de pierre, le regard aussi vide et froids que la tasse qui se briseraient au sol, dépourvu des étincelles qui l’animaient, de sa chaleur et de l’amour qui en débordaient.

- NON !

La tasse empoisonnée vola dans les airs, emporteé par la main de l’elfe, et alla se briser contre le mur de la chambre, en explosant en milles morceaux, avant que Cadeyrn n’est plongé ses lèvres dans le liquide parfumé. Il regarda Elvhen, stupéfait, avant de froncer les sourcils, furieux.

- Mais enfin, Elvhen, qu’est-ce qu’il te pr-…

Il ne finit pas sa phrase, ferma la bouche en même temps que ses yeux s’écarquillait avec horreur. Il se rappela en quelques secondes la missive de sa sœur. Le poison, l’exécution de l’esclave, son avertissement qu'il n'avait pas pris au serieux... Elvhen explosa en sanglot, se prosternant le front contre le sol, s’aplatissant de tout son long en gémissant.

- Pardonnez-moi, par pitié, maitre, pitié…

Le cavalier n’eut pas le temps de réagir, que les gardes qui surveillaient le couloir entrèrent brutalement dans la pièce, alerté par le bruit et les cris.

- Seigneur Caydern !

Elvhen sursauta et se redressa sur les genoux, les larmes dégoulinant sur son visage, le regard paniqué en direction des gardes, qui se mirent à regarder autour d’eux, à la recherche d’une menace… Mais seule le comportement de l’esclave semblait suspect. Un des gardes, le regard méprisant et menaçant, s'approcha d'Elvhen, qui poussa un glapissement terrifié.

- Espèce de sale...

Mais avant que le garde ne la saisissent, Cadeyrn s’était levé.

- SORTEZ D’ICI !

- Mais, seigneur ! protesta le garde qui s’immobilisa aussitôt, surpris que Cadeyrn ait haussé la voix.

- SORTEZ D’ICI, SOLDATS, C’EST UN ORDRE ! rugit le cavalier de plus belle.

Les gardes ne se firent pas prier davantage et sortirent aussitôt de la pièce, non sans lancer un regard méfiant à l’elfe encore à genoux. Elvhen ne les quitta pas des yeux jusqu'à ce que la porte ne se referme derrière eux, et quand elle retourna son regard vers Cadeyrn, les larmes cascadèrent de plus belles sur son visage.

- Par pitié, maître… Je n’ai pas… Je ne voulez pas…

Le cavalier s’abaissa à sa hauteur, et la prit dans ses bras. Elvhen eut un sursaut de recul, terrifiée, puis gémit de plus belle et enfouie son visage dans sa chemise, les mains crispées.

- J’ai voulu… J’ai failli… Je… Je ne veux pas mourir, par pitié… Même si j’ai essayé de vous… Je ne pouvais pas… Par pitié… Pardonnez-moi… Pitié...

Ses mots se perdaient dans les hoquets de ses pleurs alors que le cavalier lui caressait maladroitement le crâne.

- Tout va bien, Elvhen… Tout va bien, mon amour, calme-toi…

- Mais ! J’ai failli…

- Tu m’as sauvé la vie, Elvhen, le coupa-t-il. Tu m’as sauvé la vie, alors que tu aurais toutes les raisons de vouloir ma mort…

La voix profondément triste de Cadeyrn et ses caresses finirent par apaiser légèrement l’elfe, qui secoua vigoureusement la tête. Sentant que la crise de larmes commençait à passer, le cavalier se dégagea en douceur pour s’assoir et fixer le plafond. Ses yeux étaient humides et vides, comme ceux d’un enfant perdu.

- Maître…

- Je vais t’affranchir, Elvhen. Je pensais te le proposer dans d’autres circonstances, mais tu ne m'en laisse pas vraiment le choix...

La voix de l’esclave s’étrangla de plus belle.

- Maître, par pitié… Pas ça…

Le cavalier se retourne vers elle, stupéfait et furieux.

- Pas ça ? Un autre que moi t’aurait fait battre, exécuter, qu’en sais-je ! Je t’offre ta liberté après ce que tu as fait, et toi, tu me dis non ? Ne me fais pas croire que tes sentiments étaient sincères, que tu as besoin de moi… Tout n’était que mensonge. Tu ne m’as pas tuer, mais tu l’as presque fait ! Et tu me vouvoie, tu m’appelle de maître de nouveau. Cela a toujours été ainsi. Tout cela n’était qu’une mascarade… J’ai pourtant crû… Mais j’avais tort.

Ce fût à la voix de Cadeyrn de se briser dans sa gorge. Elvhen avala difficilement sa salive avant de tenter de s'expliquer.

- Cadeyrn… Si tu… Si tu me libères… Je reste une elfe. En plein territoire du chaos… Je… Je ne tromperais personne, et personne ne se souciera de si… Si je suis libre, ils me réduiront en esclavage… Si j’étais une esclave en fuite… Ils me pendraient au boût d’une corde… Ou pire… Par pitié, ne me chasse pas… Je… Je tiens à toi...

La voix d’Elvhen était suppliante, elle tendit sa main vers le visage pâle du cavalier, qui ne pût résister à l’envie de la saisir. Il soupira, et demanda avec amertume.

- Tu tiens à moi, ou tu crains de tomber sur des maîtres comme Serbitar ?... Je te propose de te libérer, pas de te chasser, Elvhen, même si… Non, je maintiens que tu m’as sauvé. Libre, je peux te nommer servante. Tu auras des droits, un salaire, des jours de congés, tu seras libre d’aller et venir… Kaira ne sera plus à l’affut du moindre de tes gestes pour te battre… Elle n’en aura plus le droit d’ailleurs. Tu pourrais devenir toi-même contre-maître, à sa place, si tu le souhaite… Libre, tu pourrais devenir plus que cela, je pourrais faire de toi mon é…

Cadeyrn s’arrête aussitôt. L’image du contrat que son père lui avait fait signer une semaine plus tôt s’imposa dans son esprit comme une giffle. Non. Il ne pouvait briser la promesse de mariage qui avait été faite entre les Zebuto et les Isaark. Le cavalier maudit sa faiblesse, son inconscience, maudit sa famille et son nom. Maudit cette Aurélia dont il ne connaissait que le nom et le protrait, mais qui faisait exploser en milles morceaux ses rêves les plus fous et les plus inavouables. Elvhen continuait de le regarder, incrédule et inquiète, sans répondre.

- Je… Je pourrais faire de toi ma maîtresse, ma favorite, le titre que tu souhaite. Je te donnerais tout ce que j’ai, je ferais de toi la princesse de ce fort et de tous mes biens… Je ferais en sorte que tu n’ais plus à vivre dans la peur, que tu sois heureuse, même si tu es une elfe, même si tu es sur le territoire du chaos.

- Pourquoi… Pourquoi faites-vous… fais-tu tout cela pour moi…


Le cavalier rit doucement, mais d’un rire éteint et sans joie.

- Pour mon plus grand malheur. À cause d’un sentiment bien plus puissant que la logique, mais que cette dernière définie comme une folie honteuse. Parce que je t’aime, Elvhen. Je suis désolé. Tellement désolé... Si j’ai dû te forcer à m’aimer… Et si mon égoïsme est grand, il ne doit pas être plus fort que ton désir de liberté...

Cadeyrn soupire. Et voilà. Il se remettait à parler comme un artiste, comme un poéte, comme une lavette, alors qu’il aurait dû être le guerrier que son père avait crû enfanté. Oublier son coeur, enfermer ses remords et ses sentiments dans une boite. Ne plus jamais la rouvrir et se contenter de faire comme tous les autres cavaliers. Mais il était une honte à son sang jusqu’au boût.

- Tu es libre, Elvhen. Je te propose de rester au fort, à mes côtés ou simplement comme servante, ou…

Le cavalier détourne le regard.

- Ou je t’amènerais sur les Remparts, du côté de la forêt de Jade. Et tu pourras enfin rentrer chez toi. Je te laisse une semaine pour faire ton choix. Je le respecterai, je t’en fais la promesse, quel qu’il soit. Tu peux disposer maintenant.

Elvhen avait laissé tombé sa main, et regardait le sol, sous le choc, n’osant croire ce qu’il lui disait, n'osant croire qu'il la récompensait pour avoir attenté à sa vie, n’osant mettre des mots sur les sentiments qui se déchaîner dans son esprit. Malgré l’ordre, elle ne bougea pas pour autant.

- Elvhen ?…

- Je suis… Libre ?

- Oui. Dès maintenant. Je m'occuperais de l'officialiser demain dès l'aube.

- Alors laissez-moi juste… Je vous donnerais ma réponse dans une semaine. Mais ce soir… Laissez-moi juste rester avec vous.

Cadeyrn chercha du regard celui de l’elfe. Il le croisa. Un regard décidé, provocateur et aggressif, comme celui d’une bête blessée qui se retournait pour faire face à plus fort que lui, mais portant sans colère ni haine. Etait-ce ce regard qu’elle aurait eut, si elle était née cavalière ?

- Je ne t'y oblige pas, tu sais, murmura-t-il.

- Je sais.

- C’est vraiment ce que tu souhaite ?

- Oui.

- Très bien alors.

Le cavalier soupira, puis écarta avec hésitation les bras. Après un moment de silence gêné, sans qu’aucun d'entre eux n’osent bouger ou parler, Elvhen s’assit sur les jambes croisés de Cadeyrn, et laissa sa tête reposer sur le torse du cavalier. Ce dernier referma lentement ses bras autours de sa taille, et posa sa tête sur son épaule, attendant qu'elle la repousse, mais elle ne le fit pas. Ils restèrent ainsi longtemps, sans bouger ni parler, se contentant d’écouter les bruits de leurs propres corps enlacés et ceux de l'extérieur qui leur parvenaient, sans qu’aucun ne réussissent à comprendre la tempête d'interrogations qui faisait rage dans leurs esprits. Si seulement les choses avaient été plus simples... Si seulement les choses avaient été différentes.

[HRP : Un grand merci à Zebuto pour m'avoir inspiré ce rp, et pour avoir accepté que j'utilise son nom et son personnage, les yeux fermés ! C'est le cas de le dire, n'ayant pas eu le temps de le lui faire lire avant de poster pour le concours... Mea Culpa ! J'espère ne pas avoir trop massacré ton perso... Merci encore à notre horrible empereur des cavaliers !]
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Re: Premier concours - Printemps 1972

Messagepar Darko » Lun 20 Avr 2020 00:00

Un immense merci pour toutes ces contributions! Le concours est désormais clos et le jury va délibérer dans les jours qui viennent pour désigner le grand vainqueur!
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Re: Premier concours - Printemps 1972

Messagepar Darko » Mar 28 Avr 2020 14:27

Le moment est venu d'annoncer les lauréats du concours!

Ce fut un très grand plaisir de lire tous ces textes, qui ont fait résonner dans l'esprit du jury le fracas des combats d'Hédarion, et les murmures amoureux d'amants plus ou moins bien intentionnés les uns envers les autres. Toutes ces oeuvres méritent récompense, et chaque participant recevra donc trois oeufs de dragon.

Il fallait néanmoins départager les auteurs. La tâche fut si difficile qu'il y a finalement deux lauréats ex aequo.

Le résulat est forcément un peu injuste, tant chaque auteur a de mérites. Ce qui est certain c'est que les deux lauréats méritent amplement leur prix. Ils ont brillé par la qualité de leur écriture, par leur maîtrise stylistique, par leur imagination. Ils ont su rendre présents à nos esprits les lieux, les personnes et les événements d'Hédarion.

Le jury a donc choisi de remettre à chacun d'eux sept oeufs de dragon supplémentaires. Il leur sera aussi donné l'occasion de participer à l'organisation du prochain grand événement mondial, ainsi qu'au jury du prochain concours de RP. Enfin, une surprise leur est réservée pour la prochaine MAJ RP à venir...

Ces deux heureux lauréats sont Raevalia et Galyfreya. Félicitations à eux, et à tous les participants du concours!
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