Histoire de taverne

Les livres poussiéreux racontent beaucoup de choses.

Re: Histoire de taverne

Messagepar Llerayn » Mar 25 Juin 2019 19:59

Partie 6 - A l’aventure compagnons (1418)

Les deux jeunes gens marchèrent jusqu’à ce que le soleil se lève. Ils avaient depuis bien longtemps laissé Vifcomble derrière eux, ainsi que plusieurs villages et autres hameaux. Mais l’adrénaline provoquée par leur fuite commençait à s'estomper, et la fatigue les rattrapait. Sélène manqua de s’écrouler plusieurs fois, se prenant les pieds dans des racines, des pierres, ou tout autre obstacle sur la route. Retenue plusieurs fois par son guide, elle peinait de plus en plus à retrouver son équilibre.

Quand ils virent quelques habitations au loin, Thomas proposa une pause. Ne tenant plus debout, Sélène accepta avec plaisir, et il se rapprochèrent, espérant trouver un lit, ou, à défaut, une grange ou un tas de foin. Ils firent rapidement le tour des maisons, et aucune auberge en vue.

Thomas grimaça, et se tourna vers sa compagne.
“Tu as confiance en moi? Elle hésita, ne le connaissant pas, mais finit par acquiescer. Après tout c’était le fils de Jacob. Ok, alors laisse moi faire!"

Ils s’avancèrent vers le premier bâtiment et toquèrent à la porte. Un homme leur ouvrit. Il avait la trentaine tout au plus, et sa carrure imposante leur fit supposer qu’il travaillait de son corps plutôt que de son esprit.
“Qu’est ce que vous voulez? Si c’est une blague je vous jure que ça va barder… Attendez… Je vous connais pas vous. Vous êtes pas du coin j’me trompe?
-Bonjour monsieur, je suis désolé de vous déranger, mais vous n’auriez pas un endroit où on pourrait se reposer? Juste un tas de paille dans un coin…
L’homme les regarda, soupçonneux.
-On peut savoir c’que vous foutez ici? Et vous avez pas répondu à ma question. Vous venez d’où?

Thomas hésita longuement, avant de jouer la carte de l’honnêteté… enfin.. de la semi-honnêteté.
-On est de Vifcomble, c’est un village un peu au nord de Tridécagone. On… Il lança un regard en coin à Sélène. On a dû partir parce que son oncle voit notre relation d’un mauvais oeil. Comme l’homme ne semblait pas le moins du monde touché par son histoire, il ajouta. Je… Nous nous sommes aimés, et elle attend notre enfant. J’ai peur qu’il ne la tue pour ça. C’est un homme violent. On est partis le plus vite possible, on a pas pu préparer notre voyage.

L’homme examina tour à tour les deux jeunes gens. Couverts de poussière, visiblement exténués, la fille détournait le regard, sûrement la honte qu’elle ressentait de son état. Le garçon, quant à lui, le fixait, un air suppliant et plein d’espoir sur le visage. Il soupira.
-Bon très bien, entrez.
Il les guida dans la petite bâtisse, et les mena dans une chambre pourvue d’un lit. Alors que Sélène s’écroulait dessus, Thomas remercia chaleureusement leur hôte, qui lui assura que ce n’était rien. Il les laissa finalement seuls, poussant la porte derrière lui. Le jeune homme s’assit par terre, contre le lit, et se mit à somnoler, écoutant les bruits alentours qui lui paraissaient de plus en plus lointains.

Il fut réveillé par une main le secouant doucement. Il ouvrit les yeux, et se retrouva face au visage fatigué mais alerte de Sélène.
“Bien dormi?
-Faut qu’on parte d’ici…
-Heu.. pourquoi? Tu veux pas prendre encore quelques heures de repos?
Elle secoua la tête négativement.
-Il y avait des gens qui parlaient dans la pièce à côté. Comme ça m’a réveillée, je me suis approchée pour écouter.
-Et?
-Ils parlaient d’une grosse somme d’argent à gagner facilement.
-Eh bien, ils ont peut-être trouvé un riche marchand prêt à leur prendre leurs productions?
Sélène fit la moue, peu convaincue.
-Peut-être que je m’invente des choses, que je deviens paranoïaque, mais je préfère ça que retourner là-bas!
-Il est si terrible que ça? Enfin, je veux dire, on a que des paysans et des artisans à Vifcomble, il peut pas être si dangereux!
-Mes parents parlaient de lui parfois… avant. Apparemment il faisait partie d’une bande de mercenaires.
-C’est pas parce que c’est des mercenaires qu’ils savent se battre. Tu sais, j’en ai vu passer à la taverne, des soi-disant guerriers pas doué pour un sou!
-S’il te plait
-Bon, ok, on se casse.

Il se leva rapidement, et prit la main de Sélène, se dirigeant vers la porte. Comme elle ne bougeait pas, il se retourna d’un air interrogateur. Elle secoua négativement la tête, et lui désigna la fenêtre.
-T’es folle, on va pas passer par là!
-Mais, s’ils sont devant! Thomas s’il te plait!"

Il s’approcha de la fenêtre, et regarda en contrebas. Un étage les séparait du sol. Haut, mais pas mortel. Mais il leur faudrait être en mesure de marcher encore après… voire courir si Sélène avait raison. Il se retourna, et chercha du regard quelque chose qui pourrait servir de corde. Il y avait bien le classique du drap, mais leur hôte avait été si gentil avec eux, qu’il avait des remords à lui bousiller ses affaires.
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Re: Histoire de taverne

Messagepar Llerayn » Dim 2 Fév 2020 19:47

Alors qu’il se creusait la tête, un bruit de déchirement le sortit de ses pensées. Il se tourna vers l’origine du bruit, et vit Sélène en train de fabriquer une corde du drap qu’il avait voulu épargner. Il la regarda un instant, ébahi, avant de se ressaisir.

“Mais… Mais tu es malade?
Comme elle ne répondait pas et continuait de déchirer frénétiquement le tissu, il s’approche et lui pris le bras. Elle se retourna, le regard terrifié.
-Laisse-moi!
-Sélène… Tu deviens folle!
-JE NE SUIS PAS FOLLE! Tu les as pas passées leurs épreuves, toi.
-Non, mais… Regarde toi! Tu veux leur échapper? Alors ne les laisse pas t’atteindre, même mentalement, comme tu le fais là. Voyant qu’elle ne se calmait pas il essaya de la secouer. Sélène, ressaisit toi… Tu ne vois pas ce qui se passe? Ils rongent ton esprit petit à petit. Et tu entres dans leur jeu. Il lui prit la tête, et la força à le regarder dans les yeux. Sélène. Je suis avec toi. Mais tu dois me faire confiance, ok?
-Je ne veux pas rester ici!
-Et on va s’en aller. Mais tu dois te calmer. Tu vas juste réussir à attirer l’attention sur nous sinon.
Tenant toujours sa tête, il attendit qu’elle lui fasse un signe d’assentiment. Il restait plongé dans ses yeux, notant son regard affolé qui parcourait toute la pièce pour éviter de le voir lui. Elle finit cependant par se calmer, et acquiescer en silence. Il resta à la fixer quelques instants pour s’assurer de sa sincérité, avant de la lâcher.
-Bien.”

Il prit le drap pour voir l’étendu des dégâts et soupira. Foutu pour foutu… Il termina rapidement de le tresser, et en accrocha un bout au pied du lit, priant pour que le nœud ne se défasse pas. Il jeta un coup d’œil en contrebas. Malgré le soleil visiblement assez haut dans le ciel, aucun passant ne semblait avoir décidé de se promener dans le coin. D’un côté, cela leur éviterait de se faire repérer en descendant de la chambre, mais d’un autre, ils ne pourraient pas se fondre dans la foule pour échapper à d’éventuels poursuivants. Il soupira, et fit signe à Sélène de le rejoindre, avant de lancer le drap par la fenêtre. La jeune femme entreprit de descendre, lentement, se concentrant pour ne pas tomber. Elle atteignit la rue sans encombre, et Thomas passa à son tour par l’ouverture.

Il n’eut pas plus de problèmes que sa compagne de voyage, à son grand soulagement. Longeant les murs, et se recroquevillant dans n’importe quel recoin dès qu’ils entendaient du bruit, les deux jeunes gens entreprirent de quitter le hameau qui les avait accueillis.

Régulièrement, Sélène se retournait, et inspectait nerveusement les rues étrangement désertes. A tous les coups le propriétaire de la maison où ils s’étaient reposé avait rassemblé les habitants. Il n’allait pas tarder à les lancer sur leurs traces. Elle en était sûre. Ils devaient partir le plus vite possible.

Elle prit les devants, accélérant peu à peu le pas, sans regarder si son compagnon la suivait. Tout ce qui comptait, c’était d’atteindre les arbres qu’elle voyait au loin. Fixant son but, elle ne semblait plus voir ce qui l’entourait, traversant la plaine s’étendant autour du hameau à vive allure. La forêt la protégerait de ses poursuivants, elle le savait.

Elle fut soudain stoppée dans son élan, alors qu’une main s'agrippait à son bras et la tirait en arrière. Elle se débattit, instinctivement, fixant toujours les arbres, avant de reconnaître la voix qui s’élevait derrière elle. Elle tourna enfin la tête, pour poser son regard perdu sur Thomas. Ce dernier lui désigna d’un signe de tête sa destination, tout en parlant, mais elle ne parvenait pas à reformer les mots, l’esprit embrumé.

Elle suivit du regard ce qu’il pointait, et pâlit alors qu’elle voyait ce qu’il voyait. Sous ses yeux, les arbres perdaient leur verdure, se faisant de plus en plus menaçant. Ce qu’elle avait pris pour un bosquet accueillant n’était que la Forêt Morte qu’elle fuyait. Elle frissonna alors qu’elle interprétait ce qui venait de se passer. Thomas avait raison. Ils étaient dans sa tête. Elle ne pouvait pas se fuir elle-même. Comment pouvait-elle lutter contre son propre esprit?

Alors qu’elle réfléchissait, elle laissait Thomas la guider à l'opposé des terres maudites des nécromanciens. Elle avait déjà ressenti cette sensation. Quand elle était sur le point de mourir. Puis quand les voix s’emparaient d’elle.
Quand elle avait eu peur.
La solution était simple. Ne plus avoir peur. Elle devait la devancer. S’occuper l’esprit. Braver ses tourments.

Elle s’arrêta soudain, bloquant la progression du jeune homme qui se retourna, un air interrogateur sur le visage.
“Thomas, nous allons à Bourg-Embrum. Sa voix était pleine d’assurance.
-Sélène… C’est dans le sud, Forgeloup est à l’est.
-Je sais ça.
-... Et ? Je pensais que tu voulais t’établir là-bas…
-Je vais rejoindre les Yeux d’Ebène.
-Tu vas… Quoi? Sélène, ce sont des mercenaires sans foi ni loi, une bande de brigand pillant les voyageurs.
-Je veux juste… être plus forte. J’apprendrais à me battre.
-En pillant et tuant des innocents?
-Ils n’agissent que sur les routes menant à la Forêt Morte! Leurs victimes sont forcément des fidèles des mages noirs. Je ne peux pas les considérer comme innocents.
-Et nous? On emprunte bien ces routes.

Elle resta un instant silencieuse, alors que le doute qu'elle portait en elle s'intensifiait un peu plus. Elle déglutit, et serra les poings.
-...N’essaye pas de me retenir Thomas, mon choix est fait.
-Et tu crois qu’ils vont t’accueillir à bras ouverts? Arrête un peu de te voiler la face. Voyant qu’elle ne réagissait pas, il ajouta. Tu n’est qu’une gamine.

Elle resta un instant figée, puis son regard se fit plus distant.
-Si c’est ce que tu penses, tu n’as qu’à rentrer à Vifcomble. Je n’ai plus besoin de toi.”
Elle se détourna sans attendre de réponse, et prit la direction du sud, avec la ferme intention de trouver ces brigands. En priant au fond d’elle pour que cette vie suffise à lui occuper l’esprit.

Thomas, lui, la regarda s’éloigner, se demandant ce qu’il devait faire. Il avait promis à son père de guider sa serveuse jusqu’à Forgeloup. Pas de s’élancer inconsciemment au milieu de bandits. Il baissa les yeux en adressant une prière silencieuse à Adonysia. Puis il se détourna, et partit vers l’ouest. Vers Vifcomble.
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Re: Histoire de taverne

Messagepar Llerayn » Lun 10 Fév 2020 20:03

Partie 7 - Eclaireur (1427)

L’homme regarda le petit groupe avancer au milieu du chemin. Emmitouflés dans des capes simples mais bien entretenues, il ne distinguait pas leurs visages ou leurs vêtements, mais à leurs silhouettes, il pariait sur deux femmes et un homme. Ils avançaient assez rapidement, aussi en conclut-il qu’il ne devait pas avoir à faire à des vieillards.
En même temps, qu’est-ce que des vieillards pourraient bien faire sur cette route délabrée en plein hiver?

Il rebroussa chemin discrètement, veillant à ce que son épée ne fasse pas de bruit en cognant les boucles de métal ornant son armure de cuir souple. Lorsqu’il se fut écarté de la route, il adopta une allure soutenue, à la limite de la course, et rejoignit rapidement le petit campement monté à l’abri des regards.

Il se faufila rapidement entre les tentes et les groupes d’hommes pour atteindre leur commandant. Il le salua rapidement, et commença son rapport, décrivant de façon la plus détaillée possible ce qu’il avait vu. Il termina en ajoutant son avis personnel sur les voyageurs. Issus de la petite noblesse, au vu de leurs capes, ne sachant probablement pas se battre. Des cibles faciles et pouvant rapporter gros. Et dans le cas contraire, il suffirait de demander une rançon à leurs familles. Ils n’auraient sans doute pas les moyens d’embaucher des mercenaires pour les chasser, et n’avaient probablement pas de troupes régulières à leur service, contrairement aux plus aisés qui viraient souvent à la paranoïa, ou aimaient étaler leur richesse. Ou les deux.

Le commandant écouta son subordonné sans l’interrompre, puis acquiesça et le congédia. Si ses observations étaient exactes, ils pourraient attaquer ces imprudents cette nuit. Cela faisait bien longtemps qu’ils n’avaient plus eu de cibles aussi intéressantes. Ou alors elles étaient bien protégées, et ne valaient pas le coup qu’il risque ses hommes. Il sourit. Enfin, la chance était à nouveau de leur côté.
Il se tourna vers son second, et lui demanda de préparer les hommes à l’assaut. Au vu de leur futurs...bienfaiteurs, une petit groupe devrait suffire. Afin d’assurer le coup, il demanda une vingtaine d’hommes. La moitié resterait planquée, au cas où quelque chose tournerait mal.

Tout sourire, l’officier quitta son supérieur pour accomplir sa mission. Rassembler les vingt meilleurs hommes de la troupe. Il savait parfaitement à qui demander, aussi sa tâche fut-elle vite terminée. Alors qu’il allait se préparer lui aussi, il fut interpellé par une de ses soldats. Il soupira alors qu’elle lui demandait d’être intégré au groupe d’assaut.
“Ecoute, Sélène… C’est qu’une petite embuscade, on a pas besoin de tout le monde.
-Allez Rory, j’en peux plus de rester à me tourner les pouces! Et comme tu l’as dit, c’est qu’une petite embuscade, ça craint rien que je vous accompagne.
-Sélène… Le chef a dit de prendre les meilleurs, et tu en fais pas parti…
-Mais je suis là depuis plus longtemps que beaucoup d’entre eux! Vous pouvez me faire confiance, et tu le sais. Tu peux en dire autant d’eux?
-Sélène…
-Allez Rory, fais un effort! Je resterai en arrière! Promis!
Il soupira. Le chef allait encore râler, mais ils savaient tous les deux qu’il cédait toujours.
-Très bien, mais je veux pas te voir, compris?
Elle sourit, et acquiesça, avant d’aller se préparer.

Enfin un peu d’action. Elle pourrait arrêter quelques temps ses tournois de la dague sanglante clandestins qui lui permettaient de s’occuper.
Avec des gestes rapides et assurés, elle revêtit son armure en cuir, récupéra son épée courte, et s’attacha les cheveux. Après s’être assurée qu’elle était seule, elle dégaina et rengaina plusieurs fois son arme, faisant quelques gestes à chaque fois. Elle avait promis de rester en arrière, mais si elle avait, par hasard, l’occasion de participer aussi… Et d’impressionner le chef au passage, ce ne serait pas de refus.
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Re: Histoire de taverne

Messagepar Llerayn » Dim 16 Fév 2020 21:03

Partie 8 - L’attaque (1427)

L’attente jusqu’à la nuit lui sembla interminable. Mais enfin, elle était au bord de la route, en retrait, avec une dizaine d’hommes et de femmes, tandis que les autres étaient prêts à tomber sur leur proie.
Les ombres avaient enveloppé la petite troupe et le chemin, faiblement éclairé par une petite lune, souvent recouverte par les nuages qui flânaient dans le ciel. En silence, tapis dans l’obscurité, ils attendaient que leurs proies s’avancent.

Merci pour l’action... Même mes tournois sont plus animés que ça… En retrait, comme elle l’avait promis, Sélène tentait de s’occuper l’esprit par tout et n’importe quoi pour tromper l’ennui… Et pour ne pas penser qu’ils étaient tout proches de la Forêt Morte. En pleine nuit. Malgré ses efforts, un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale.
Ne pas penser à ça… Ne pas penser à ça…
Mais dans l’attente silencieuse, c’était si dur. Le froid de la nuit d’hiver n’arrangeait pas les choses, lui rappelant immanquablement les souvenirs traumatique de sa mort imminente. Heureusement, la brume surnaturelle englobant les bois maudits ne recouvrait pas le chemin qu’ils guettaient. Pour se donner une contenance, elle tendit l’oreille, cherchant à entendre le bruit des pas des voyageurs. Plus vite ils arriveraient à leur hauteur, plus vite il y aurait de l’action.

Finalement, elle aperçut les trois marcheurs. Un sourire étira ses lèvres. Enfin… Plus qu’à trouver un moyen d’impressionner le chef.

Elle regarda les futures victimes s’avancer, inconscientes du danger, plongée dans ses pensées. Ils étaient si proches, et si loin à la fois. Elle avait envie de leur hurler de se presser, de les pousser. Le silence commençait à lui devenir insoutenable. Mais, peu à peu, ils s’approchaient du piège.

Plus que quelques pas…

Lorsqu’ils furent en place, les brigands jaillirent des fourrées, dégainant leurs épées.
“La bourse ou la vie?”
C’était le chef. Toujours aussi original, se dit-elle ironiquement. Une des silhouettes qui semblait être une femme s’avança pour se placer entre les bandits et ses compagnons dans une posture défensive.
“Poupée, fais pas ton héroïne. Filez nous vos sous et bijoux, et tout ira bien pour vous.”

Le temps sembla suspendu alors que les deux chefs de groupes se dévisageaient en silence. La femme ne semblait pas vouloir céder. Les hommes resserrèrent leur prise sur leurs armes, lançant des regards brefs à leur leader, attendant un signe. Si cela continuait ainsi, le sang allait couler ce soir.

Enfin, un rire vint briser le lourd silence qui s’était installé. Un rire amusé mais assuré, qui glaça le sang de Sélène. Un rire assurément féminin.
“Gamin, fais pas ton héros. File avec tes… Elle désigna d’un geste la troupe. ...Amateurs, et tout ira bien pour vous.”

Sélène vit les hommes rester bouche bée devant l’assurance de leur proie. Ils n’étaient que 3, comment pouvait-elle être si… calme? Le chef fut le premier à reprendre contenance, et rit à son tour.
“Vous avez donc choisi votre sort!”
Il fit un geste aux hommes qui sourirent et s’apprêtèrent à se lancer sur eux. Sans se dépatir de son calme, la femme se contenta de lever sa main droite, qui fut rapidement entourée d’un halo violacé.

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Re: Histoire de taverne

Messagepar Llerayn » Dim 23 Fév 2020 22:00

Alors que la magie se déployait, fondant sur la troupe entourant les voyageurs, les images affluaient dans l’esprit de Sélène, qui restait figée, les yeux écarquillés. La sensation d’immobilité d’abord, le regard perçant du commandant des recruteurs, Ses mots, déclamés telle une litanie, s’insinuant dans sa tête, y forçant le chemin, se logeant en elle alors qu’elle résistait, terrifiée. Puis la Forêt. Sombre. Les bruits, les râles. La Brume. Froide. Les monstres, les visions. La Mort. Juste là. Prête à frapper.

Les cris de ses compagnons résonnaient dans l’air, mais semblaient tellement loin, comme étouffés dans du coton, comme dans un rêve. Ou plutôt un cauchemar. Les visions se superposaient à la réalité, et elle voyait les mercenaires tomber sous le coup de marche-morts imaginaires. Incapable d’un geste, du moindre son, elle restait là, pétrifiée.

Elle réussit à sortir temporairement de sa torpeur alors qu’on la secouait comme un prunier. Elle reconnut le visage de Rory, mais ses traits étaient tirés par la peur et la douleur. Il parlait, lui criait des choses, mais elle n’entendait pas. Elle voyait ses lèvres bouger mais n’arrivait pas à reformer les mots. Puis il la poussa dans la direction opposée à la route et aux voyageurs. Elle fit quelques pas, inconsciemment, alors que son esprit était toujours en proie à ses démons. Puis elle s’écroula, ses jambes cessant de la porter. Dans son hébétude, elle ne remarqua même pas sa chute. Ses gestes avaient été machinaux, instinctifs. Mais ses pensées étaient ailleurs. Prisonnières du passé. Prisonnières de ses pire craintes.

Les voix commencèrent alors à se manifester.
...elle
C’était la voix de son père. Elle semblait… Douce. Mais inquiète. Son père s’était toujours inquiété pour elle. C’est ce qui lui avait coûté la vie. Et même mort, il continuait de s’inquiéter.
...la...faire
Une voix féminine. Hachée. Mais pressée. Et un peu exaspérée apparemment. Celle de sa mère. Comme quand elle lui répétait une fois de plus de ne pas aller dans la Brume.
...veux...pas...dire…
A nouveau un homme. Désapprobateur, presque menaçant. Son oncle. Elle sentait son regard sur lui, la jugeant et la rabaissant.
...reprendre... temps
Toujours une voix masculine. Plus proche de la première. Douce, mais ferme, un peu accusatrice. Elle reconnut Thomas. Les remords l’envahirent. Il l’avait accompagnée quand elle avait besoin d’aide. Et elle l’avait jeté. Comme un vieux vêtement dont on n’a plus l’utilité.

...selle
Le ton avait perdu toute trace de reproche. Seule restait l’inquiétude. Une main saisit son bras. Dans un sursaut, une prise subite de conscience, elle retrouva ses sens perdus. Sa tête bourdonnait, tout autour d’elle semblait tanguer dans une lumière aveuglante.
Peu à peu, ses yeux s’habituèrent à nouveau. Perdu, son regard tentait de se poser sur un repère qu’il arrivait à comprendre, une attache. Une main força son visage à s’orienter vers son propriétaire.
Damoiselle?

Elle reconnaissait cette voix… Ce visage… Elle suivit des yeux ses cheveux jusqu’à son cou, avant de passer sur sa barbe, et ses lèvres qui s’agitaient sous ses mots.
… Me..Messire
Un sourire vint éclairer le visage de l’homme. Puis l’inquiétude à nouveau.
Qu’est ce que vous faites ici? Ce n’est pas un endroit pour vous. Vous auriez pu être blessée, voire pire. Voyant qu’elle était encore dans le brouillard, il secoua la tête avec un sourire amical. Laissez tombez. Vous m’expliquerez plus tard.
Une femme s’approcha, la regardant, intriguée, avant de poser une main sur l’épaule de l’homme. Ce dernier acquiesça et se releva.
Oui, tu as raison. Il tendit une main à Sélène. Vous nous accompagnez? Le temps de vous remettre.
Son esprit peinait à remettre tout en place. Mais l’homme lui proposait de voyager avec des nécromanciens. Qui avaient tué ses compagnons d’ailleurs. Elle allait refuser, s’éloigner de lui, quand il ajouta:
Vous serez en sécurité. Personne ne vous fera de mal.

Il était déjà trop tard. Ils lui avaient déjà fait du mal 9 ans auparavant.
Hideo, Rikka… Vous venez ou je pars sans vous?
La femme se tourna vers leur dernier compagnon de route, une nécromancienne également, et l’homme -Hideo donc- lui sourit à nouveau, sa main toujours tendue.
Il lui avait offert une bourse jadis. Sans aucune raison. Il n’était pas méchant. Et puis, s’ils avaient voulu la tuer, ils l’auraient déjà fait…

Ca ne lui coûtait rien de profiter de leur protection le temps d’atteindre une ville… Si?
Essayant de se convaincre elle-même, elle hésitait à prendre la main tendue. Et son regard se posa sur les corps sans vies des brigands qui l’avaient accueillie. Elle pouvait leur en vouloir, à ces nécromanciens mais… Voulait-elle vraiment rentrer au camp comme la seule personne ayant été épargnée? Les autres ne la croiraient pas, et lui feraient sans doute la peau, pour venger leurs frères ou pour prendre la place de chef qui s’était libérée. Et elle ne se voyait pas errer seule si proche de la forêt maudite.
...Où?
C’est le seul mot qu’elle réussit à dire.
Au nord…
Elle saisit la main du nécromancien. Elle les suivrait quelques temps. Pour s’éloigner de ce lieu maudit. Hideo l’aida à se relever, sous le regard attendri de Rikka et celui exaspéré d’Emi, avant de compléter sa réponse.

...Là où nos pas nous mèneront.
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