L'heure des doléances

Les livres poussiéreux racontent beaucoup de choses.

L'heure des doléances

Messagepar Raevalia » Mer 27 Fév 2019 21:03

12 Apai 1569

Targen se mordillait la joue. Voilà deux heures que le conseil de la Banque Intra-continentale d’Hédarion Nord était rassemblé derrière les épais murs du bureau du grand bâtiment abritant le quartier général de la faction au cœur de la riche ville du Bourg du Cerf.
Assis, les bras sur ses genoux, sur le banc dans le couloir adjacent au bureau, Targen était anxieux. Le goût du sang emplissait sa bouche tellement il ne pouvait contrôler sa nervosité.
Le conseil se réunissait rarement. C’était la deuxième fois de l’histoire de la faction. Et peu importe la décision prise, elle marquerait un tournant dans l’histoire de la Guilde.
Il a fallu des années d’hésitation pour le convoquer, mais Elrond, dirigeant de la maison Raevalia et souverain de la Banque d’Hédarion Nord, était convaincu qu’il fallait agir. Le Consortium d’Airain devait répondre de ses actes.

Targen était encore un enfant lorsque celui-là avait engagé des mercenaires attaquer les maisons fondatrices du Protectorat Impérial d’Ougmar, et le comportement du clan Wulfgarth n’avait apporté que du mépris à Elrond et Timìniel. Et tout cela sans oublier l’affaire de l’abus de pouvoir qui avait été fait par l’Impératrice Tsubasa contre les Loups Elfiques. Le soutien indéfectible que leur portaient les autres maisons de la faction avait finit par clore le débat. Il fallait agir contre l’entièreté du Consortium d’Airain.

Soudain, un bruit sourd se fit entendre, et le battant de la lourde porte s’ouvrit. Sortirent du bureau les parents de Targen, Timìniel Raevalia et Dorian Aokairun, suivis d’Elrond portant un regard fermé, Margot Aokairun, l’air soucieux, et quelques conseillers et hauts noms de la Banque d’Hédarion Nord.

« Alors ? demanda Targen en se levant.

- Nous entrons en rébellion. lâcha sobrement Elrond, visiblement préoccupé. »

Sur ces brefs mot, le dirigeant quitta le couloir avec hâte. Timìniel sourit pour rassurer Targen, et, une fois le reste du conseil parti, s’assit sur le banc, l’invitant à faire de même. L’ancienne impératrice prit une légère inspiration, et annonça :

« Le vote était très serré, malgré le discours poignant d’Elrond.

- Quelles sont les mesures prises exactement ? s’enquit Targen.

- Nous allons… Nous allons contacter les factions marchandes, pour leur demander leur soutien, répondit Timìniel. Elrond est parti au Conseil de la coalition du Bien, dans le domaine de Château-Brave. Quant à moi, je vais rapidement rejoindre Celeborn à Fedenrir.

- Mais… qui s’occupera de gérer nos partisans, au Bourg ? » s’inquiéta le jeune Elfe.

Timìniel marqua une hésitation, et considéra le visage de son fils, lui prenant la main.

« Une autre mesure a été prise, débuta-t-elle. Le conseil te juge en âge d’avoir des responsabilités, et te nomme responsable de notre population familiale. Tu n’es pas dirigeant de notre maison, mais Elrond te délègue une partie de ses pouvoirs, et donc de ses responsabilités, bien qu’il te trouve encore trop jeune. »

Targen écarquilla les yeux, sans y croire. Lui, avait la responsabilité de plus de vingt-cinq mille partisans, étalés sur deux domaines.

« Mère, souffla-t-il, je ne suis pas certain d’être prêt à accepter cette charge. Je veux dire… C’est un immense honneur que de me voir confier tant de responsabilités, mais… Enfin je ne suis pas à la hau…

- Chuuut, le coupa Timìniel, tu seras à la hauteur mon fils. Ecoutes, j’ai failli en tant qu’impératrice à cause d’un excès de confiance en moi. Je ne veux pas que la même chose t’arrive à cause d’un manque d’estime de toi-même. Je sais ce que tu vaux, Targen, je t’ai moi-même mis au monde. Vas faire ma fierté, et celle de ta maison. »

Timìniel serra son fils contre elle, les yeux embués de larmes. Leur étreinte dura peu, et Targen se leva.

« Je ne vous décevrai pas, mère. Je jure de rendre honneur à ce que vous m’avez appris. »

Sur ce, le jeune Elfe tourna les talons et s’éloigna rapidement.

Targen dévala les escaliers, espérant qu’il ne soit pas trop tard, et sortit du bâtiment, se dirigeant vers l’écurie. Il y trouva Elrond qui venait d’enfourcher sa jument. Le jeune Elfe le héla avant que le dirigeant ne parte. Elrond arbora un soupire agacé, puis se dit que malgré tout, ce n’était pas la faute du garçon si sa mère avait tant tenu à lui donner cette charge.

« Que veux tu ? demanda Elrond d’une voix lasse.

- Je suis curieux de savoir pourquoi n’avez vous pas confiance en moi, répondit Targen. Vous m’avez appris les subtilités de ce monde alors que j’étais encore un enfant, pourquoi, si ce n’est pour me permettre d’obtenir des responsabilités ?

- Ecoutes petit, commença Elrond, ce n’est pas contre toi tout cela. Tu ne l’as pas demandé, mais je sais que tu le désirais. Je te trouve encore jeune pour obtenir ce genre de responsabilités. Pas que je ne te trouve pas capable mais, je m’inquiète pour toi. Les prochaines années seront un temps de troubles, et nos partisans risquent de te mener la vie dure. J’ai vu bon nombre de propriétaires se faire lyncher par leurs serfs, par faute de nourriture, ou juste lors d’un moment de faiblesse. Et puis… Nous ne serons pas toujours proches de toi. Ta mère sera à de nombreuses lieues, et je risque de passer la majorité de mon temps à cheval, voyageant entre le Conseil de la coalition et notre domaine. »

Targen baissa les yeux, comprenant alors la réaction de son grand-oncle. Celui-ci ne voulait pas l’écarter du pouvoir, mais le protéger.

« Ecoutez, reprit Targen, je suis conscient du mal que vous vous donnez pour moi, et je ne vous en remercierai jamais assez. Vous êtes comme un père pour moi. Mais, un jour ou l’autre, il faudra me laisser voler de mes propres ailes, et je pense que mère a bien fait d’insister auprès du conseil. Et puis, si mes actions sont désastreuses, j’ose espérer que j’aurai des conseillers efficaces auprès de moi.

- Je le sais bien, sourit Elrond. J’espère que ta mère ne s’est pas trompée. Que la déesse suive tes pas.

- Les vôtres aussi », répondit Targen, un sourire flottant aux lèvres.

Le cavalier tapota l’encolure de sa jument, et celle-ci avança au trot vers les portes du domaine.

« Je passe par notre Villa puis je pars vers l’Ouest, à la revoyure Targen, tâche de garder nos biens en état ! » lança Elrond, avant de disparaître derrière les habitations du Bourg du Cerf.

A suivre...
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La crise

Messagepar Raevalia » Jeu 28 Fév 2019 20:27

24 Zanabre 1570

Targen tapotait des doigts sur le bureau. La pièce était faiblement éclairée, sobrement décorée, et contenait en son centre une grande table carrée, où les cinq conseillers pouvaient prendre place, autours du jeune Raevalia.
La situation était tendue. Un messager venait de leur rapporter le compte rendu de la saison dernière. La production était encore trop faible pour pallier aux besoins de la faction. Voilà près d’un an que la Banque Intra-continentale d’Hédarion Nord avait entamé sa rébellion, et avait perdu l’accès à une grande partie du marché.
Gontrand, un des conseillers, se racla la gorge et prit la parole.

« Pardonnez moi, mais la situation s’envenime. Le soutien que l’on attendait n’est pas venu comme nous l’espérions, ou du moins, pas de la manière à laquelle nous nous attendions. Peut-être que votre grand oncle, Elrond, a eu tort de croire en une alliance suprême des factions marchandes, et de nos clients, du Bien.

- Je pense, messieurs, que votre manque foi en nos alliés est votre faiblesse, répondit Targen, sans grande assurance. Croyiez vous réellement que la moitié du Continent suivrait une rébellion face aux plus grands marchands en quelques mois, sans gage de remboursement ? Je dis patience. J’ai foi en la décision du seigneur Elrond.

- Vous n’êtes qu’un enfant sans expérience ! s’emporta un des conseillers. Comment pouvez vous juger de la réactivité de l’ensemble des factions alors que vous ne les connaissez pas ? Le monde ne tourne pas comme vous le voyez. Vous croyez que l’intérêt général de ces gens passerait avant leurs intérêts personnels. En 1600 ans d’Histoire, ce n’est jamais arrivé, et cela n’arrivera jamais. D’après les calculs de nos experts, la Banque Intra-continentale d’Hédarion Nord sera ruinée avant Nystre 1562. »

Targen dévisagea l’homme, le visage fermé. Il se rappelait des conseils d’Elrond, et de ses dernières recommandations. Ce n’était pas le moment de plier face à ces gens qui avaient peur pour leur tête. Le jeune Elfe leva la tête vers le messager, qui patientait près de la porte, raide comme un pillier.

« Puis-je regarder à nouveau nos comptes ? » demanda Targen.

Celui-là s’exécutant, le jeune Elfe examina quelques lignes de la feuille, et arqua un sourcil.

« Nous pourrions… ponctionner un autre jour de repos des serfs, pour les mettre au travail, suggéra-t-il. Nous devons tous faire des sacrifices pour la cause.

-Si je peux me permettre, jeune sire, rétorqua Gontrand, la populace a mal réagit, lorsque nous leur avons ponctionné, comme vous dites, un de leurs jours libres. Je doute que nous ne puissions nous permettre de déclencher une révolte interne à la faction.

-Les paysans… soupira Targen. Ils devraient comprendre que c’est pour l’intérêt général. Ils n’ont jamais été mal traité, de quoi se plaignent-ils ?

-C’est que, si vous leur demandez pourquoi on leur ajoute un jour de travail, poursuivit Gontrand, aucun ne vous parlera de la Cause et du Consortium d’Airain. La vie d’un paysan ne consiste qu’à survivre. Travailler pour leur seigneur, et travailler pour se nourrir, lui et sa famille. Tout ce qu’ils verront est un maître qui les exploite, afin de s’enrichir. Puis, nous avons eu vent de bruits de possible révolte des serfs.»

Targen s’adossa au dossier de sa chaise. La situation semblait désespérée. Voilà plusieurs mois qu’il voyait bien que ses conseillers n’attendaient que le moment opportun pour prendre le contrôle de la faction. Pouvait-il se permettre de prendre un nouveau jour de travail aux serfs ? Le jeune Elfe l’ignorait. Il n’avait plus de nouvelles de Fedenrir, et les rares missives qu’Elrond lui envoyait étaient généralement de mauvaise augure. Que faire ? Lui-même commençait à douter de l’efficacité de cette révolte. Tant pis, il fallait jouer sa dernière carte.

« Nous allons faire travailler les serfs le peradi désormais, annonça-t-il avec fermeté. J’assume l’entièreté des conséquences que cela pourrait avoir. Maintenant, ce conseil est clôt. Je vais faire part de cette décision au sire Elrond et à mes parents. »

Les conseillers se regardèrent brièvement. Le jeune Elfe ne manqua pas cet échange de regard et se mordit la lèvre inférieure. Les nuits promettaient d’être courtes, désormais.

A suivre...
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Les heures sombres

Messagepar Raevalia » Mar 5 Mar 2019 21:51

12 Nystre 1574

Alystè se retournait dans les draps, sentant la proximité du corps de son bien aimé, serré contre le sien, chaleureux et réconfortant à la fois.

“Targen…”

Le jeune Elfe passait son doigt sur les généreuses formes d’Alystè, ne la quittant pas des yeux. Les époux se trouvaient dans le lit nuptial, au centre de leur chambre. Quelques meubles étaient situés de part et d’autres de la pièce, sobrement décorée avec un miroir, une toile et des murs nus. Targen rapprocha son visage de celui d’Alystè et lui embrassa le front, puis les joues avant de lui murmurer.

"Je vais devoir y aller, lui annonça-t-il. Les serfs vont attendre."

- Tu pars déjà… reste un peu plus longtemps près de moi…

- J’apprécie ces petits moments, répondit doucement Targen. Mais le devoir m’appelle, ma bien aimée. Je reviendrai vers toi dès que possible.”

Alystè effleura le visage de Targen de ses doigts, alors qu’un frisson de plaisir lui parcourait l’échine. Elle lui adressa un tendre sourire, puis elle s'emmitoufla dans les draps.

“Hmm… très bien, je te rejoindrai plus tard, laisse moi me reposer un moment...

- Tu en as bien besoin", sourit Targen, sentant soudainement le sommeil l’envahir.

L’Elfe repoussa délicatement les draps de manière à ne pas gêner Alystè, et s’assit nu comme un verre sur le lit, s’étirant. Du regard, il chercha ses vêtements et commença à les enfiler devant Alystè, qui le dévorait du regard. Une fois habillé, Targen remis ses cheveux en état, constant par le miroir qu’il était encore rouge.

L’Elfe quitta la pièce non sans saluer son épouse et parcourut les couloirs de la maison en direction de la grande salle. Un coup d’oeil en arrivant lui apprit qu’il était déjà en retard, quelques paysans patientant derrière les lourdes portes, sa garde et ses conseillers déjà en place.
Targen s’excusa brièvement et s’assit à sa place pour ne pas perdre de temps. Les doléances était une activité qu’il abhorrait mais de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités.

Les heures qui s’ensuivent ne furent pas d’un grand intérêt. L’Elfe dût recevoir les plaintes des serfs indignés de travailler autant pour si peu de récompense. La famine semblait s’installer lentement dans les terres pourtant fertiles du Bourg du Cerf. Voilà des mois que Targen devait prononcer les mêmes promesses, les mêmes discours, les mêmes excuses. Cependant, il lui semblait ce matin là que l’agressivité des serfs était d’une ampleur sans précédent, leur colère s’amplifiant tous les jours. Elrond devait revenir avant la fin de la saison, mais tenir d’ici là relevait de l’exploit, voire du miracle.

Une fois la séance terminée, Targen décida de prendre un bain, afin de se relaxer, avant d’attaquer un après-midi difficile au sein du conseil, à devoir prendre des décisions, réformer le système de production, pour tarir le mouvement de colère des serfs.
Entré dans l’immense salle d’eau, l’Elfe retira ses habits, avant de se plonger dans l’eau brûlante. La salle était grande, et constituée d’un grand bassin et de quelques bancs pour s’asseoir et déposer des affaires. Targen sentait ses muscles se détendre, alors que son corps se remettait de cette nuit agitée et de cette matinée éprouvante.
Le jeune Elfe en profita pour réfléchir à ses problèmes. C’était dans ces moments là que sa raison était le plus efficace, et que les solutions lui venaient souvent.
Puis, ses pensées s’égarèrent vers sa mère et son grand-père, à Fedenrir, dont il n’avait eu de nouvelles depuis une éternité. La situation était-elle aussi tendue qu’ici ? Timìniel était une femme avec une poigne de fer quand il s’agissait de faire régner l’ordre. Peut-être qu’elle avait tort après tout. Il n’était vraisemblablement pas fait pour diriger le domaine principal avec son épouse. Encore une fois, son esprit vogua d’idées en idées, de personnes en personnes et Targen se surpris à rêver d’Alystè dans ses atours les plus légers.
Soudainement, l’Elfe reprit conscience de la situation et balaya cette pensée. Un coup d’oeil par la fenêtre lui permit de savoir qu’il était temps de partir, s’il voulait avoir le temps de se restaurer avant le conseil.
Targen sortit du bassin, son corps élancé tremblant dans l’air frais de la pièce. Il se rhabilla rapidement et se rendit dans la salle à manger pour se nourrir. Malheureusement, le conseil était en avance, et pas question de le faire attendre une fois de plus. L’Elfe prit rapidement une aubergine qu’il ingurgita rapidement avant de se diriger précipitamment vers le conseil.

Celui-ci dura une partie de l’après-midi. Ce fut la plus longue journée de la vie du pauvre Elfe, écrasé sous le poids des responsabilités. Les membres du conseil lui avaient mené la vie dure pendant quelques heures, si bien qu’ils n’étaient parvenus à se mettre d’accord. Au final, le jeune Elfe n’avait pas cédé aux injonctions des membres, voulant augmenter les taxes pour redonner un jour libre aux serfs. Déjà que leurs comptes n’étaient pas stables, il n’était pas question de risquer de baisser les produits vendus pour gagner quelques pièces d’or. Nourrir tous les paysans représentait déjà une trop grosse partie des ressources dont disposait la Banque Intra-continentale d’Hédarion Nord.

L’Elfe sortit du conseil fatigué. Il regarda par la fenêtre au loin, et vit qu’il faisait nuit noire. En cette saison, le soleil se couchait tôt. Néanmoins, une lueur semblait fendre l’obscurité au loin. Targen soupira ; lui qui pensait pouvoir retrouver son épouse et se reposer, il devait vérifier que les possessions de ses serfs étaient en bon état, en espérant qu’il ne s’agissait pas d’un incendie.

Targen s’emmitoufla dans son grand manteau, et sortit de la demeure, se dirigeant vers les écuries, accompagné de d’une dizaine de gardes. Le pas rapide, ils trouvèrent bientôt les montures, et se juchèrent dessus précipitamment.
Bientôt, les trois cavaliers quittèrent la ville du Bourg du Cerf, et se dirigeaient vers la forte lueur, en direction de la villa Raevalia.

Les craintes de Targen se confirmèrent en se rapprochant, constatant que leur demeure familiale était en proie aux flammes. De nombreuses silhouettes humaines semblaient se trouver autours.
Arrivé à proximité, Targen sauta à terre, et injoncta à un des gardes d’appeler la garnison de la ville, pour calmer l’incendie le plus rapidement possible. Celui-là fit demi-tour et repartit vers les murs de la cité au galop.

Alors que Targen accourait vers le grand bâtiment, il aperçut de très nombreux serfs accourir vers lui.

“C’est le maître ! Massacrez le ! Lapidez le ! Enfermez le dans sa maudite maison !”

Targen comprit trop tard la situation, et fit précipitamment demi-tour, vers sa monture. Malheureusement, la faim mêlée à la fatigue l’empêchaient de courir vite, et il fut bientôt rattrapé par la foule en colère. Les serfs étaient armés de fourches, de bêches, de pelles, de faucilles, de bâtons, prêts à mettre Targen en pièce.
Soudain, les gardes n’hésitèrent pas à s’enfoncer dans la foule pour réprimer le mouvement. Targen, grâce à cela, put se hisser sur son cheval. Il voyait avec horreur des paysans se faire écraser par les destriers, d’autres se faire ôter la vie par les gardes, défendant leur maître. Un des combattants cria à l’Elfe de se mettre en sécurité, et frappa la croupe du cheval qui galopa vers la cité.
Targen vit avec dépit ses gardes tomber un à un, massacrés par les paysans en colère. Rapidement, le cavalier atteint la ville, et se réfugia dans au sein des murs de sa maison. Il se tourna vers le capitaine de la garde du Bourg du Cerf, venu s’enquérir de la situation, anxieux :

“Rassemblez la garde, ordonna-t-il. Et contenez la foule à l’extérieur à tout prix.”

Puis, il avisa un domestique, et lui ordonna :

“Toi, rassemble le conseil immédiatement.”

Targen reprit son souffle, les mains sur les genoux, et monta précipitamment les escaliers vers la salle du conseil.

La silhouette d’Alystè se profila en haut des escaliers, et son regard rempli d’inquiétude et d’incompréhension croisa celui de son mari.

"Targen ? Que se passe t’il ?"

Celui-ci aperçut son épouse, et se dirigea rapidement vers elle pour l’enlacer avec puissance.

"Les paysans se révoltent, lâcha-t-il, à bout de souffle. Ils ont massacré les gardes qui me protégeaient, et ont brûlé le domaine.”

Targen faisait de gros efforts pour ne pas éclater en sanglots contre l’épaule de sa femme.
Alystè serrait son mari contre elle. Jamais elle ne l’avait senti aussi démuni. La jeune elfe caressa la tête de son aimé pour l’apaiser..

“Ca va aller Targen, ça va aller…”

Targen serrait les dents. C’était le moment où il devrait être fort. Soudain, il aperçut les serviteurs s’éclipser, et des bruits de pas retentirent dans l’escalier. L’Elfe fit quelques pas en arrière, tâchant de paraître courageux, et salua d’un air las les conseillers qui descendaient au complet. Targen reperra leur tenue qui n’était pas celle qu’ils arboraient habituellement.

“Bien, maintenant que vous êtes là, commença l’Elfe, traitons ce sujet rapidem…

- Toutes nos excuses, sire Targen
, le coupa Gontrand, mais le Bourg du Cerf n’appartient désormais plus à la maison Raevalia, ou d’autres”

Ces derniers mots furent adressés en regardant du coin de l’oeil Alystè. Les conseillers sortirent chacun une dague de leur amples manches, et les levèrent contre les deux Elfes. Targen se rapprocha d’Alystè et lui serra la main, blêmissant.

“N’approchez pas d’elle", gronda-t-il, visiblement sans grand succès.

La peur s’empara quelques instants d’Alystè, puis son visage se durcit et ses yeux pénétrants jugeaient maintenant leurs assaillants, et c’est d’une voix ferme qu’elle s’adressa à eux.

“Qui que vous soyez, toucher un membre relié à la lignée dirigeante des Hauts Elfes de Lumière vous conduira à la mort… et cela inclut mon époux. Mon frère n’hésiterait pas à remuer ciel et terre pour vous retrouver, est ce vraiment ce que vous voulez ?”

Alystè reculait lentement, se rapprochant d’un vase de fleur derrière elle. Un des conseillers se rapprocha dangereusement de l’Elfe, en souriant.

“Vos menaces ne nous effraient pas, petite dame, susurra-t-il.”

A ces mots, Alystè s’empara du vase et le jeta à la tête du plus proche conseiller, puis elle prit Targen par la main en s’enfuyant dans les couloirs de la villa

“Cours !”

Targen haletait, épuisé et à deux doigts de défaillir. Ils se dirigeaient vers les cuisines, d’où ils pourraient s’enfermer en attendant du secours.
Hélas, sur le palier, juste avant d’entrer, Targen sentit le plat d’une courte épée heurter très violemment sa joue et l’Elfe tomba à la renverse sur le dos, presque inconscient. Des conseillers avaient pris un chemin plus court et étaient arrivés par le couloir adjacent. Les deux Elfes étaient maintenant encerclés.

Alystè se mit devant son mari, s’interposant entre lui et leurs poursuivants. La panique commençait à transparaître sur ses traits, ils étaient à court d’options. Mais sa voix restait calme et posée.

“Il n’est pas trop tard pour faire machine arrière… rangez vos lames.”

Un rire émana de quelques conseillers qui se rapprochèrent dangereusement. La situation était désespérée…

Soudain, l’un d’eux poussa une grimace alors que la pointe d’une lance venait de percer son bas-ventre. Les conspirateurs se retournèrent rapidement alors qu’une hache ôta le chef de celui qui avait frappé Targen.
Endalia et Celeborn se mirent à massacrer les conseillers un par un. Dorothée (la hache de Celeborn) arrachait des membres, fendait des crânes, tandis que la lance de la garde de Lumière transperçait les conseillers. Le couloir se tapissait de sang vermeil, alors que des cris de douleurs et des supplications émanaient des bouches des conspirateurs encore en vie. Bientôt, il n’en resta plus que Gontrand. Celeborn hésita à le fendre en deux tel un rondin de bois, et fit un signe de tête à Endalia. Celle-ci fit un moulinet avec sa lance, puis émascula le survivant, avant de le prendre par la gorge et de le plaquer au mur.

“Tu serviras d’exemple, pour les prochains, susurra la guerrière à l’oreille du conseiller qui gémissait d’une voix maintenant anormalement aiguë. Maintenant, cours.”

Elle relâcha son étreinte sur la gorge du traître, dont les vêtements étaient recouverts de sang, et dont les bourses maculaient le sol. Le conseiller commença à courir dans le couloir en claudiquant, non sans lâcher quelques gémissements. Endalia changea de prise sur sa lance, visa bien, attendit que l’individu soit assez loin, et la lança avec force en sa direction.
L’arme atteint sa cible et ressortit par la bouche. Gontrand s’effondra au sol, raide mort. L’espace de quelques instants, Alystè put apercevoir un sourire carnassier se former sur le visage d’Endalia.

Targen ne pouvait se relever, ni-même se redresser. Son visage était vermeil, et une entaille s’était formée sous son arcade sourcilière.

Alystè se pencha vers Targen avec inquiétude, en examinant son entaille.

“Targen ? Targen, tu m’entend ? Répond moi !”

L’Elfe blessé entendait le son lointain de la voix d’Alystè, Il parvint au prix d’un immense effort à ouvrir les yeux, et tenta de former un sourire, qui devait plus ressembler à une grimace.
Celeborn jeta un oeil à Alystè.

“Nous devons l’emmener à un dispensaire, déclara-t-il. Quant au problème de la foule… Nous nous y pencherons dans un autre temps.”

Alystè serrait le corps de Targen contre elle, les larmes coulant le long de ses joues.

“Targen, oh Targen… je t’en prie, tiens bon…”

Endalia arracha le corps de Targen à sa bien aimée et le chargea sur son épaule, témoignant de la rudesse qu’elle avait acquis au fil de toutes ces années de service. Le petit groupe quitta le couloir, se dirigeant vers le dispensaire, laissant l’endroit dans un état macabre.

A suivre...

Avec la participation d'Altéria <3
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De Charybde en Scylla

Messagepar Raevalia » Mer 6 Mar 2019 20:02

13 Nystre 1574

Endalia entrait dans le dispensaire, trempée. Dehors, la pluie battait son plein, alors que l’obscurité régnait toujours. Les personnes présentes se tournèrent alors pour attendre son rapport. La garde de Lumière se rapprocha de Targen qui était allongé, une partie de la tête dans un bandeau.

“Les paysans tentent d’enfoncer les portes, mais celles-ci tiendront, déclara Endalia. En revanche, je ne m’y connais pas trop mais les réserves de la Banque Intra-continentale vont très rapidement se vider.”

Targen gardait l’oeil droit ouvert, le gauche étant masqué par le bandeau. Il fallait qu’il parle à ses partisans, mais n’avait pas la force de se lever, ni même de clamer quelque parole que ce soit. Sa respiration se faisait difficile, son thorax montant et redescendant fortement.

Celeborn se mordait la joue, lisant un rapport qui venait d’arriver.

“On dénombre une trentaine de gardes morts dans l’émeute.
lâcha-t-il, d’une voix monotone. Probablement plus encore demain matin. Les archers sont en position, mais les serfs ne semblent pas effrayés.”

Dorian Aokairun, le père de Targen, ayant accouru au dispensaire en apprenant la nouvelle, demanda alors.

“Une autre question qu’il faut soulever, dit-il d’une voix incertaine, maintenant que le conseil est majoritairement décimé, comment diriger la faction ?”

Targen essaya d’aligner quelques mots, avec difficulté. Sa bouche faisait des mouvements quasi imperceptibles alors que les autres se penchèrent sur lui pour l’écouter.

“La direction sera plus facile maintenant que le conseil n’est plus, murmura-t-il. Ils contrôlaient la situation pour me pousser dans mes derniers retranchements.”

Les cris des serfs en colère résonnaient jusque dans le bâtiment où régnaient le silence et la réflexion. Endalia empoigna sa lance et décida de sortir pour vérifier que la situation n’avait toujours pas dégénéré et claqua la porte derrière elle.
A l’intérieur, les visages étaient pensifs, comme si le temps s’était arrêté et que le mouvement avait été banni de ce monde. Comment mettre fin à cette crise, et remettre les serfs au travail ?

C’est à ce moment que la porte s’ouvrit, et rentra une silhouette encapuchonnée. Ses vêtements étaient sobres, et sales, comme si le personnage avait dû rentrer par la porte secrète du Bourg du Cerf. Targen reconnut ces yeux, et un semblant de sourire s’illumina sur son visage.

“Oncle Elrond !” murmura-t-il.

Elrond retira sa capuche, le visage soucieux. Il s’approcha et s’agenouilla près de Targen, examinant le bandeau.

“Je t’avais dis que ces temps étaient dangereux, déclara-t-il sèchement, un regard agacé. J’ai croisé Endalia, qui m’a expliqué la situation. Je vais parler aux serfs.”

Sur ces mots, le dirigeant se leva, et quitta la taverne, aussitôt suivi par son frère Celeborn. Dehors, la ville était en alerte. Des gardes courraient de partout, et des partisans s’affairaient à mettre en sécurité les provisions les plus proches des portes afin de les sauver si les serfs parvenaient à briser les défenses.
Les deux frères marchaient d’un pas décidé vers les remparts. Les soldats les reconnaissant les saluaient. Un des capitaines de la garde se dirigea alors vers eux.

“Seigneurs, commença-t-il, la situation est tendue. Je crains que vous exposer soit dangereux.

- Nous allons rétablir ce problème”, répondit Elrond, sans sourciller.

Les elfes montèrent sur les remparts, prêts à faire face à la foule. Elrond fut frappé par le nombre de serfs rassemblés devant les portes, sans laisser paraître ses émotions. Quelques paysans avaient formé un bélier avec une poutre taillée. Comme si cela allait faire céder la porte. Alors que les serfs reconnaissaient leur maître, certains tentèrent de lancer des fourches ou autres outils, mais qui n’arrivaient pas à la hauteur de l’Elfe. Elrond prit une longue inspiration, et leva les mains.

“Il suffit !”

Sa voix avait résonné dans toute la plaine, faisant taire les serfs.

“J’ai conscience de conditions dans lesquelles vous vivez, débuta Elrond. Néanmoins, ceci était nécessaire. En effet, un conseil chargé de vous diriger avec mon jeune neveu Targen a comploté pour vous affamer, et détruire notre maison. Rappelez vous qui vous a nourri, protégé pendant toutes ces années. C’est cette personne que vous avez agressé et dont vous avez brûlé la demeure !”

Les serfs avaient pour une partie baissé leurs armes de fortune, écoutant leur maître même si un mot sur deux leur sonnait étranger.
Elrond avait conscience que les serfs ne comprenaient peut être pas tout ce qu’il disait. Il faut dire que toutes ces longues heures à débattre au Conseil du Bien lui avaient fait oublier comment on parlait à des analphabètes.

“Ces conspirateurs ont été… tués, reprit Elrond. Ils ne représentent maintenant plus une menace, et vous pourrez à nouveau manger à votre faim. A partir de maintenant, le Peradi sera un jour où vous pourrez travailler vos terres pour vous nourrir, ou pour vous reposer. De même, les taxes diminueront dès le mois prochain. Ça sera tout.”

Sur ces mots, l’Elfe tourna le dos à ses partisans, quittant le rempart. Il lui semblait que les gouttes s’étaient raréfiées et allégées également.
Les serfs avaient lâché le bélier et repartirent vers les champs, satisfaits. Elrond bouillonnait intérieurement. Ils avaient montré leur faiblesse au monde entier, et nombreux seront ceux qui viendront en profiter.

A ce moment, une sorte de trompe fendit l’air. Elrond sentit son visage se décomposer. Il connaissait cette trompe. L’Elfe fit rapidement demi-tour, remonta sur les remparts. Il aperçut alors une troupe de gorzagh’s déferler sur les plaines et massacrer les serfs les plus éloignés. Elrond fit alors un signe aux gardes, tous en formation, d’aller porter secours aux serfs.
Le temps que ceux-là parviennent à niveau des gorzagh’s, ces derniers commencèrent à battre en retraite, laissant les plaines dans un piteux état, creusées par des sillons vermeils.

Elrond rentra dans le dispensaire, tâchant de contenir son agacement.

“Les partisans sont repartis. En revanche, on va démolir ces fumiers de gorzagh’! s’exclama le dirigeant. On a dû perdre de nombreux serfs dans cette attaque... “

Targen se racla la gorge et, en murmurant :

“Nous nous occuperons des gorz après, déclara-t-il. Comment avez vous convaincu aux serfs de partir ?”

- Nous devrons serrer un peu le porte monnaie, mais je leur ai redonné quelques avantages qu’ils avaient perdu, expliqua Elrond.

- Mais... Nous étions déjà en déficit, comment allons nous faire ? demanda Targen, interloqué.

- Il se trouve que nos chers amis conseillers avaient détourné une parti des fonds et ainsi faussé les rapports, expliqua Elrond. Un espion m’a envoyé les coordonnées du lieu où ils cachaient cette petite fortune. La situation sera à peu près équivalente à celle que l’on avait avant cette crise, mais les serfs n’auront plus de moyens de se plaindre.”

Targen se décrispa, soulagé. Cependant, il leur faudrait maintenant se préoccuper de cette affaire de Gorzagh’s.

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Mercenaires

Messagepar Raevalia » Ven 8 Mar 2019 22:57

13 Nôrovier 1575

Elrond tentait de réprimer un haut le cœur, alors que l’odeur du charnier se portait à son nez. Des serfs étaient entassés, massacrés, charcutés devant lui. D’autres encore parsemaient le petit village dont le feu s’était tari Des volutes de fumée dans le ciel témoignaient encore de l’immonde carnage qui s’était produit il y a quelques heures. L’Elfe poussa une grimace de dégoût en apercevant une dame dévêtue sauvagement, le corps couvert de griffures et dont la trachée n’existait presque plus. Elrond tourna la tête et aperçut un enfant dont les bras avaient été arrachés, et le ventre ouvert. L’Elfe tourna les talons et quitta rapidement la scène effroyable, ordonnant à ses gardes de brûler les morts et le petit village afin de purifier la zone d’éventuelles maladies. Son regard était froid et empreint de détermination.
Le dirigeant se tourna vers deux gardes qui avaient capturé un fuyard lent. Le gorzagh’ était bâillonné et ses pattes griffues étaient ligotées. Son aspect était repoussant, et celui-ci montra les dents, menaçant. Celles-ci étaient rouges du sang de ses victimes, et son haleine aurait abattu un troll.
Elrond dévisagea la bête de la tête aux pieds et se tourna vers un troisième garde à côté.

“Avez vous trouvé un signe distinctif ? s’enquit-il.

-En effet seigneur, répondit le soldat. Il portait ce… foulard rouge.

-Ce foulard pourrait provenir du pillage du village, rétorqua Elrond.

-Aucun serf n’a pu le confectionner car nous n’achetons pas ce genre de tissus monseigneur.”

Le garde posa le foulard dans la main de l’Elfe qui l’examina.

“En effet, observa Elrond, ce tissus est épais, et n’est pas aussi doux que ceux que nous achetons. Cela dit, les gorzagh’s ne peuvent produire ce genre de marchandises pour toute une armée.

-Vous voudriez dire qu’il aurait été acheté ? demanda le garde.

-En grosse quantité, à un marchand qui semble en avoir les moyens, répondit calmement Elrond.”

L’Elfe retourna le tissus et aperçut sur le coin un espèce de dessin, qui correspondait au blason de la lignée Belgas. Le dirigeant passa sa main sur sa nuque et partit en direction de l’enceinte de la ville.

“Emmenez la bête dans les geôles, ordonna-t-il aux gardes, elle peut toujours servir.”


Une fois dans son bureau, Elrond ressortit le morceau de tissus en réfléchissant. Les gorzagh’s de la lignée Belgas étaient réputés pour déferler dans les villages sans protection pour les piller. Alors pourquoi s’acharner sur eux et avec de micro-raids ? Il serait bien plus efficace de piller entièrement les villages, quitte à avoir quelques pertes. Les Gorzagh’s sont parmis les seuls animaux dotés d’une sorte d’intelligence, mais pas à ce point.
Puis ce foulard avait été fournis en masse, ça collait avec les rapports des survivants. Ce n’est pas la première fois que ce genre de pièces de tissus était aperçue sur un Gorz’. Mais qui ? Les marchands produisant ces ressources en quantité n’étaient pas nombreux.
L’Elfe chercha dans un grand classeur un rapport des différentes productions de tissus. En parcourant quelques lignes, il put identifier une dizaine de maisons. L’Elfe prit en main un crayon et entoura le nom de Drakender. Cette maison faisait parti du Consortium d’Airain, contre qui la rébellion battait son plein.
Après tout, les Aokairun avaient réussi à piller les Drakender il y a quelques années. Peut être une vengeance. Ce n’était pas la seule piste, mais la plus probable. Elrond décida d’attendre le prochain raid, mais ne l’attendrait pas oisif.

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Le piège

Messagepar Raevalia » Ven 15 Mar 2019 16:09

14 Apaï 1576

Targen ne voyait rien, plongé dans l’obscurité. Seule la lune éclairait faiblement Hédarion alors que les gardes restaient campés sur leur position, camouflés par les bâtiments en piteux état. L’Elfe était campé sur un mur en ruine, plaqué contre le coin de la demeure. La garde entière du Bourg du Cerf avait investi un village de serfs.
Elrond, en revanche, arrivait à percevoir les environs, et le village. Il avait été attaqué par deux fois, et à chaque fois les gardes étaient arrivés trop tard pour sauver les serfs et évaluer à quelle menace ils avaient affaire. Les éclaireurs étaient revenus quelques heures plus tôt le prévenir de l’arrivée imminente des Gorzagh’s, se dirigeant alors vers le petit village. Voilà quelques instants que ces derniers couraient silencieusement vers le villae, à découvert.

L’Elfe se mordit la lèvre inférieure en entendant les cris des bêtes retentir et la horde se ruer alors dans le village.
Les Gorzagh’s entrèrent dans les maisons et commencèrent à massacrer les serfs. Les gardes entrèrent alors silencieusement, les prenant par surprise.
Alors que les bêtes découvrirent que les serfs étaient en fait des humanoïdes de paille, les gardes fondirent dessus dans un cri de guerre.
La lutte était commencée. Les bruits des griffes crissant sur les armures et les lames s'entrechoquant retentissait désormais, accompagnés des cris des belligérants. La troupe de Gorzagh’s était encerclée dans le village alors qu’accouraient des hommes armés vers eux. Des torches furent jetées sur les toits de chaume, s'embrasant alors rapidement.
La scèné était maintenant parfaitement perceptible pour Targen qui pour la première fois voyait devant lui s’étaler l’horreur des combats. Des deux côtés des belligérants prenaient feu, certains agonisaient au sol alors que d’autres avaient déjà trépassé. Le sang coulait à flot, jaillissant des plaies.
Soudainement, le regard de l’Elfe croisa celui d’un Gorzagh’ qui venait d’arracher les bras de son adversaire. La bête s’approcha alors de l’Elfe qui reculait. Targen prit une épée sur le sol. Celle-ci était lourde, il ne pourrait pas la manier avec autant d’agilité que les soldats. Le Gorzagh’ empoigna un cimeterre et sauta sur l’Elfe qui parra maladroitement le coup de sa lame. Néanmoins, il avait baissé sa garde et la bête était rapide. Le Gorzagh’ fondit sur Targen. Celui-ci pensait sa dernière heure venue lorsque la bête fut immobilisée en air, un coutelas sortant de son ventre.
Elrond se tenait derrière, haletant, une barre d’inquiétude sur le visage. Le dirigeant laissa tomber le corps du Gorzagh’ et ordonna à Targen de se mettre à l’abris.

Son injonction fut inutile, le combat avait cessé. Les gardes avaient triomphé des attaquants, bien que déplorant quelques pertes. Elrond examina quelques corps, et à chaque fois trouva ce fameux morceau de tissus, ainsi qu’une fourrure qui ne semblait pas usée, comme si elle venait d’être conçue. L’Elfe releva la tête en direction de Targen.

“Ces gorzagh’s semblent avoir reçu de grosses livraisons de fourrure récemment.” l’informa-t-il.

Targen hocha la tête, le regard fermé alors qu’Elrond ordonnait au chef de la garde :

“Nous allons envoyer des mercenaires sur les plaines de Roncefrance. Si un convoi fait réellement l’aller retour fréquemment, c’est par là qu’il passe.”

Le garde hocha la tête, et reparti avec ses troupes. Le dirigeant se tourna vers Targen.

“Nous connaissons notre agresseur, affirma-t-il. Nous allons maintenant couper les ponts.”

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Décision difficile

Messagepar Raevalia » Jeu 28 Mar 2019 17:00

12 Nystre 1582

Targen regardait la carte, désolé. Les généraux retiraient une par une les figurines représentant les garnisons sécurisant la région du Bourg du Cerf. Voilà trois semaines que la plaine fertile était le théâtre d’une guerre atroce opposant la garde du Bourg, les chevaliers de la Rébellion, de l’Ordre de Lythélia et les sauvages gorzagh’s d’Au-delà du mur.
Ceux-ci avaient dû être enragés lorsque les marchands avaient bloqués les convois ravitaillant les armées gorzagh’s quelques années plus tôt. Les attaques avaient cessé pendant plusieurs années et les champs avaient été ensemencé à nouveau, les paysans devant pallier à une décennie de privation et de conflit ouvert.
Les services secrets dont disposait Targen l’avait informé sur une nouvelle attaque commanditée des Drakender, mais le marchand avait poussé le bouchon beaucoup trop loin.
Elìs, la petite soeur de Targen, âgée de huit ans seulement, se rapprocha alors de la table et pointa successivement du doigt une figurine gorzagh’ et la ville du Bourg du Cerf.

“Qu’est ce que ça fait si les pions moches vont dans la grande ville là ? demanda-t-elle de sa voix innocente.

-Ca, Elìs, ça fait que nous devrons sûrement partir quelques temps, répondit calmement Targen, sentant le regard anxieux d’Alystè posé sur lui non loin.

-Ou ça ? s’enquit la fillette.

-Fedenrir ne semblant pas être la meilleure solution, j’espère que nos amis à Lythélia seraient prêts à nous recevoir. Au moins sur l’île.” marmonna Targen, dubitatif.

L’Elfe avait finit par s’habituer à cet état de guerre. A trente-trois ans, il avait passé près de la moitié de sa vie à protéger ses proches de la guerre, et satisfaire son peuple qui souffrait. Targen prit une longue inspiration et regarda la table.

Rapatriez les paysans à plus de dix miles de la cité à l’intérieur de nos murs, nous avons encore un peu de place pour eux. Qu’ils viennent avec leur production. ordonna-t-il à ses subordonnés. Quant aux prisonniers de guerre… C’est de la viande, donc pour une population aux trois quarts humains… Bien cuisinés ça devrait leur convenir.”

Targen resta impassible malgré les regards qui se tournèrent tous vers lui : exécuter des prisonniers était une chose, les manger en était une autre. Après une légère hésitation, les hommes tournèrent les talons et s’en allèrent exécuter ces ordres. Timìniel qui était restée en retrait avec Alytè s’approcha de Targen.

“Peut-être devrions nous simplement reconsidérer nos relations avec le Consortium d’Airain plutôt que d’en arriver à ce recours. murmura-t-elle en plongeant ses yeux dans les siens. Tu es un très bon dirigeant, surtout depuis qu’Elrond t’a permis de gérer la moitié de la faction, mais se nourrir de nos ennemis… Targen c’est extrême comme solution.

-Nous ne reconsidérerons pas nos relations avec ces chiens ! s’écria l’Elfe d’une voix tremblante. Je suis conscient de ce que j’ai ordonné, mais ils restent des animaux, et les humains mangent des animaux”, reprit-il plus calmement.

Timìniel devinait la tension de son fils et savait qu’il s’opposait fermement à sa propre décision. Elle jeta un regard à Alystè en lui demandant silencieusement de le raisonner.

Targen comprit le sens de ce regard et quitta la pièce, une douleur grandissante tordant son estomac.

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Réapprendre à vivre

Messagepar Raevalia » Mar 2 Avr 2019 19:06

27 Apaï 1585

Elrond décachetta l’enveloppe, la laissant tomber et libèra la missive contenue à l’intérieur. Son regard parcourait le contenu de la lettre et l’Elfe la posa sur la table bruyamment, un sourire triomphant. Targen approcha et prit la lettre en la lisant silencieusement.
Contrairement à son grand-oncle, sa réaction fut plus neutre, n’affichant aucune émotion. Ce bout de papier signait la fin de tant de mésaventures et de souffrances. Sans le savoir, il appréhendait le retour à la vie normale, rompu à la privation.
Elrond s’approcha de Targen et lui donna une tape sur l’épaule, puis clama.

“Chers amis, nous ne sommes plus en état de guerre ! commença-t-il. L’ennemi a accepter nos termes pour sa reddition. Nous pourrons de nouveau produire et vendre les produits qu’offre la jungle et nous ne sommes pas prêt de revoir ces sauvages déferler sur nos terres. Quant à ton époux Dorian, il sera de retour en parfait état.”

Cette dernière phrase avait été adressée à Timìniel qui arborait également un grand sourire. Targen se retourna et quitta la pièce, le regard toujours aussi fermé. Elìs, du haut de ses onze ans, était peut être la seule présente à avoir capté les sentiments de son frère et s’éclipsa dans les couloirs à sa poursuite.

Elle le trouva sans surprise assis au bord du bassin de la villa. La jeune Elfe s’assit à côté, observant leurs deux reflets dans l’eau.
Le soleil tapait fort en cet été 1585 et aucun nuage ne perturbait le ciel azur. Une légère brise venait néanmoins rafraîchir l’air, caressant leur visage et s’engouffrant dans leurs cheveux.
Elìs garda le silence, laissant le bruit de la fontaine occuper l’espace sonore, en balançant ses pieds nus dans l’eau. La jeune Elfe jeta un regard à son frère, qui tourna sa tête et plongea son regard dans le sien. Ils étaient ressemblants en tout point. De la couleur de leurs cheveux à la finesse de leurs traits en passant par leurs yeux verts, les deux Elfes étaient méconnaissables.
Elìs, au bout de quelques minutes, décida de briser ce silence qui était, elle le savait, si cher à Targen.

Tu as oublié ce que c’était avant hein ? demanda-t-elle, en perdant son regard vers la fontaine.

-C’est ça, acquiesça Targen, cela fait si longtemps… Je n’ai aucune idée de comment agir maintenant.

-Penses à moi qui vais devoir apprendre à vivre dans cette nouvelle ère maintenant, ricana Elìs.

-Il me semble qu’à onze ans, tu ne croule pas sous les responsabilités petite soeur”, souria Targen.

En guise de réponse, Elìs se mordit les jours et, de son pied, éclaboussa son frère qui reçut une gerbe d’eau sur le visage. Le rire cristallin de la jeune Elfe retentissait dans toute la cour alors que Targen regardait l’étendue des dégâts, la bouche grande ouverte, les yeux écarquillés.

Alors toi…” marmonna-t-il

Elìs tenta de se relever et de partir en courant mais le bras de Targen l’avait attrapé et la plongea dans le bassin. Mais déjà musclée et vive, la jeune Elfe prit la manche de son frère et le précipita avec elle dans l’eau.
Les deux Elfes se chamaillèrent ainsi dans cette piscine improvisée durant de longues minutes, emplissant l’air de leurs cris et de leurs rires.
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