L'Inquisitrice

Les livres poussiéreux racontent beaucoup de choses.

L'Inquisitrice

Messagepar Altéria » Lun 20 Mai 2019 20:34

Willem avait longtemps combattu au sein de la Garde de lumière. Il s’y était engagé à 20 ans, c’était ça ou les geôles pour les crimes qu’il avait commis. Au sein de la Garde, il avait pu se repentir, avoir une nouvelle vie auprès de ses compagnons d’armes. Il avait longtemps servi en tant que simple soldat, et vu nombre de ses camarades tomber au cours des années, pour finalement devenir chef d’escouade. Mais même à 46 ans, il n’avait jamais été confronté à cette situation.

« Je voudrais… je voudrais intégrer la Garde de Lumière. »

Willem observait la fillette qui se dressait devant lui, se demandant s’il s’agissait d’une plaisanterie. Elle était revêtue d’une cape en haillons, le visage dissimulé sous une capuche. En règle générale, la Garde ne refusait aucun nouveau membre, qu’ils soient fanatiques ou criminels. Mais pour cette fois, Willem se contenta de détourner le regard pour s’occuper de la logistique pour le prochain départ. La Garde de Lumière n’allait pas rester longtemps dans la cité de Lythélia.

« Ce n’est pas un endroit pour les enfants ici, rentre chez toi petite. »

Illydia resta silencieuse, serrant les deux pans de sa cape en se mordant la lèvre de frustration, mais ne fit pas mine de partir. Après plusieurs minutes de tension silencieuse, Willem releva la tête.

« Tu es sourde ? Je t’ai dit de passer ton chemin. »

Pas de réaction. Les minutes passent alors que l’officier la scrute sans rien dire. Puis la petite voix sort à nouveau de sous la capuche.

« Je voudrais… »

« Tu voudrais rejoindre la Garde. » le coupa sèchement Willem. « Reviens dans quelques années, quand tu seras en âge de prendre une décision censée. »

Willem se replongea dans ses documents, le visage dur. Il trempa une plume dans son encrier pour mettre à jour les registres.

Alors que la fillette restait sur place, sans rien faire d’autre que d’attendre, Willem s’était décidé à l’ignorer. Les heures passaient. La rue perdait peu à peu de son effervescence, les nouvelles recrues passaient. Le soleil se mit à tomber, tout comme la pluie. Wellan était à l’abri, le bureau de recrutement était incrusté dans le bâtiment, ouvert sur la rue. La fillette, elle, restait sous la pluie, tremblante. Willem ne fit pas attention, elle finirait par se lasser. Deux heures s’écoulèrent ainsi, la nuit tomba.

Au moment de fermer, Willem jeta un œil à la fillette. C’était la dernière personne encore dans la rue, subissant les trombes d’eau qui s’abattaient sur la ville. Elle était toujours au même endroit, à la différence qu’elle tremblait. Willem soupira. Il se dirigea vers ses quartiers, dans le bâtiment d’en face, passant à côté d’elle sans lui jeter un regard.
Cela faisait quelques heures que l’officier elfe n’arrivait pas à dormir. Il se tournait et se retournait sans arriver à trouver le sommeil. Il n’arrivait pas à faire sortir la fillette de ses pensées. Bah, il n’avait pas à s’en inquiéter, elle avait dû rentrer depuis longtemps. Cinq minutes s’écoulèrent, puis Willem se leva, et regarda par la fenêtre, au premier étage. La fillette était toujours là, à la différence que…

Willem étouffa un juron, et sortit en tunique sans même prendre le temps de se couvrir. Il descendit les marches quatre à quatre, manquant de trébucher, et ouvrit la porte alors que l’orage battait son plein. Il courut pieds nus sur les pavés glacés de la ruelle, se dirigeant vers le corps inanimé sur le sol. Il la prit dans ses bras, et la porta jusque dans ses appartements. Il la déposa sur son lit, le déplaça vers la cheminée, et se précipita pour raviver les flammes.

La fillette était trempée, transie par le froid, livide. Les extrémités de ses membres commençaient à bleuir. Willem, lui enleva sa cape et retint un juron. Elle avait dû improviser un pansement de fortune avec quelques morceaux de tissus pour couvrir le coup de dague qui lacérait le côté gauche de son visage. Il comprenait mieux pourquoi elle avait caché son visage.

Il lança la cape trempée de la fillette dans un coin de la pièce, et sortit les vêtements les plus chauds qu’il avait en sa possession. Il la sécha comme il le pouvait. L’habillant tant bien que mal, il la couvrit avec plusieurs couches de couvertures, tout en surveillant les faibles battements de son cœur.

Les minutes s’écoulèrent. Lorsqu’il fut certain que l’état de la fillette s’améliorait, Willem s’approcha et retira les bandes de tissus le sang qui avait coagulé s’arracha avec les morceaux de tissus, rouvrant en partie la blessure. Celle-ci n’était pas jolie à voir, quelque peu profonde mais pas dangereuse dans l’immédiat, sauf si elle s’infectait. La fille était encore inconsciente, alors autant en profiter maintenant. Willem sortit épongea un tissus propre avec de l’alcool, nettoya la plaie, puis sortit une aiguille et du fil…



Au petit matin, lorsque la fillette ouvrit les yeux, Willem, lui, n’avait pas fermé l’œil. Il l’observa un moment, alors qu’elle se demandait visiblement où elle était. Elle posa sa main sur le pansement qui se trouvait sur sa joue.

« N’y touche pas. »

La fillette retira précipitamment sa main, et plongea ses yeux dans ceux de Willem.

« Quel est ton nom ? »

La jeune elfe hésita un moment, puis se décida à répondre.

« Illydia. »

« Illydia tout court ? »

« Illydia Altéria. »

Willem resta un moment figé, étonné par la réponse.

« La fille de Lysia Altéria ? »

« Oui. »

Willem resta silencieux. Il avait entendu dire que Lysia avait eu un enfant, mais avec les rumeurs qui couraient sur ses activités, il pensait que ce n’était qu’une histoire de plus. Après un instant, il rompit le silence.

« Qu’est ce qui s’est passé ? »

Silence.

« Je vais t’emmener auprès du souverain. En tant que membre de la famille Altéria tu seras nourrie et lo…. »

« Je ne veux pas. »

Silence, à nouveau.

« Quel âge as-tu ? »

« 15 ans. »

« Tu ne peux pas t’engager dans la Garde de Lumière, tu n’es pas en âge de combattre. »

« Je sais manier la dague, et me faire discrète. Je ne serais pas une gêne. »

« Dans ton état ? Alors que nous partons demain ? »

Illydia ne savait pas quoi répondre, se contentant de soutenir le regard de Willem. Elle sentit ses larmes monter, mais se retint de pleurer.

Willem resta un moment songeur, le regard sévère. Il se leva, enfila son manteau, et se dirigea vers la sortie, laissant Illydia seule. Juste avant de franchir le pas de la porte, il lâcha, sans se retourner :

« Le recrutement se termine ce soir et nous partons demain aux premières lueurs de l’aube. Tâche de passer avant la fermeture. »

La porte se referma derrière lui, et Illydia fondit en larmes, à la fois heureuse et soulagée.
Lignée Altéria
Avatar de l’utilisateur
Altéria
Noble
 
Messages: 72
Inscription: Ven 8 Juin 2018 18:40

Une voie toute tracée

Messagepar Altéria » Mer 22 Mai 2019 09:12

Le soufflet que Willem se prit envoya valser sa mâchoire, lui laissant un arrière-goût de sang dans la bouche.

« QU’EST CE QUI VOUS A PRIS DE L’ACCEPTER DANS NOS RANGS !? »

Le commandant de la Garde de Lumière jeta un regard furieux en direction d’Illydia.

« Une enfant ! Et de la famille du souverain, pour ne rien arranger ! »

Willem, se remit droit sur ses pieds, les yeux plongés en direction du sol. Il était conscient de la mauvaise posture dans laquelle il se trouvait.

« Et de tous les moments, il fallait que ce soit maintenant que vous me le dites ! »

Willem jeta un regard furtif en arrière : les bateaux avaient quitté le port depuis plusieurs jours déjà, pour finalement arriver sur les berges de Château Brave, d’où ils rejoindraient le rempart et les régions avoisinantes. Il pouvait voir les elfes en armure dorée s’activer pour débarquer équipements, rations et montures. Il était bien trop tard pour faire demi-tour. Pire, les nuages noirs qui s’amoncelaient à l’horizon annonçaient une tempête imminente. Impossible, donc, de reprendre la mer…

Willem ravala la salive au goût amer, et prit la parole, au risque de frustrer encore plus le vieil elfe qui lui servait de commandant.

« Souhaitez-vous qu’on la renvoie, commandant ? »

Le commandant regarda lui aussi l’allure du ciel, et Willem se mit à sourire de manière imperceptible. Ils en étaient venus aux mêmes conclusions.

« Par ce temps ? Impossible… »

Le commandant grommela en jetant un regard noir à Willem.

« Puisque c’est toi qui l’a acceptée, occupe-toi d’elle. S’il lui arrive quelque chose, tu en répondras devant une cour martiale. »

Willem manqua de s’étouffer.

« Mais commandant, ne devrions l’assigner à la logistique ! Mon escouade est…

« Vous discutez mes ordres, officier Willem ? »

L’elfe se retint d’ajouter un mot de plus, conscient qu’il risquait fortement d’avancer la date de la cour martiale.

« Non mon commandant. »

« Dans ce cas, elle rejoindra les éclaireurs que tu as en charge. »

« Bien mon commandant. »

Le commandant observa un moment Illydia, qui se tenait en retrait depuis le début. Voyant qu’elle ne s’opposait pas à l’idée, il fit demi-tour pour se concentrer sur le débarquement.

« Merci, sire Willem »

« Merci rien du tout, tu as intérêt à bien te tenir, je ne vais pas être tendre. Et appelle-moi Willem, tu es dans mon escouade maintenant. »

« Willem tout court ? »

Willem remarqua le sourire espiègle de la fillette. C’était la première fois qu’il la voyait sourire. Willem prit un air boudeur, et répondit d’un ton sec en se dirigeant vers son escouade :

« Willem tout court. »
Lignée Altéria
Avatar de l’utilisateur
Altéria
Noble
 
Messages: 72
Inscription: Ven 8 Juin 2018 18:40

Les risques du métier

Messagepar Altéria » Jeu 23 Mai 2019 00:35

« On repère toujours les zones les moins utiles… »

Illydia affichait une moue boudeuse. Un des soldats continua à la suite de la jeune elfe.

« Elle a pas tort, quand est-ce que vous allez arrêter de nous ménager ? »

Willem tiqua devant la remarque. Evidemment qu’il n’allait pas exposer Illydia. L’officier était à la tête des quelques éclaireurs qu’il avait sélectionné pour repérer la région. En tout, ils étaient cinq : deux recrues qu’il essayait de former, un éclaireur chevronné qu’il avait sous ses ordres depuis plusieurs années, Illydia et lui-même.

« Silence la bleusaille. Il faut rester vigilant, surtout au sud du rempart. »

La petite troupe montée avançait au pas sur le sentier tortueux. Le ciel était dégagé. Willem jaugea Illydia du regard. A 17 ans, La fillette n’en était plus une. Il ne doutait pas non plus de ses capacités, après tout il l’avait bien entraînée, que ce soit au maniement des armes, apprendre à chevaucher, ou encore suivre les ordres à la lettre. Bon, sur le dernier point, elle tenait un peu trop de lui…

« Chef ! Regardez ! »

Willem fut brutalement tiré de ses pensées et regarda l’endroit que l’éclaireur désignait du doigt. Sur une des collines qui jouxtaient la route, un marche-mort errait, seul.

« On va s’en occuper ! Un peu d’action pour une fois ! »

Les deux recrues dégainèrent leurs épées et s’engagèrent au galop sur la colline. Willem hurla ses ordres.

« Arrêtez ! N’engagez pas le combat ! »

Sans s’arrêter, une des recrues se retourna en lançant

« Vous raconterez au commandant que vous avez eu peur d’un marche-mort isolé ! »

« Bande d’idiots ! Revenez immédiatement ! »

Les deux elfes étaient désormais trop loin pour entendre les mots de Willem. Ils dépassèrent à peine le seuil de la colline, que les cris de stupeur horrifiée et les hennissements de montures se firent entendre. Aussitôt Illydia lança son cheval au galop en dégainant son épée.

« Illydia ! N’y va pas ! »

Willem jura pour lui-même, et se lança à sa poursuite, suivi de près par le dernier éclaireur. Lorsqu’Illydia arriva en haut de la colline, elle retint hurlement de surprise devant la scène qui se dévoilait à ses yeux. Ce n’était pas 1, mais plusieurs dizaines de marches-morts qui avaient été masqués par le relief. Elle retint un haut le cœur en voyant les montures déchiquetées des deux recrues. Un des elfes n’était plus qu’un amas de chair, tandis que l’autre était encerclé, agitant sa lame autour de lui pour repousser les morts qui s’attaquaient à lui.

Illydia jeta sa monture au milieu de la horde, tranchant les morts qui se tenait sur son passage. Après seulement quelques mètres, un marche-mort qui se trouvait dans le dos de la recrue se jeta à sa gorge, et l’elfe disparut sous le flot de ses assaillants. Illydia arrêta sa monture. Trop tard, il était déjà mort. Elle assista pendant plusieurs secondes à la scène, livide, figée sur place. Ce fut quelques secondes de trop. Des mâchoires se refermèrent sur les jambes de sa monture, qui se cabra en la faisant tomber au sol. Illydia se releva aussitôt, cherchant son épée des yeux alors que le cheval poussait des hennissements d’agonie.

Illydia entendit un bruit derrière elle, et se retourna juste à temps pour voir le marche-mort qui allait refermer ses mâchoires sur elle. La tête du mort fut fendue par un coup d’épée. Willem et l’éclaireur vétéran tranchaient les bras et les têtes dans la masse.

« Récupère-la ! »

L’éclaireur acquiesça et prit le bras d’Illydia, qui monta sur la monture dans le dos du vétéran alors que Willem combattait.

« On sort d’ici ! »

Illydia se tenait aux hanches de l’éclaireur avec l’énergie du désespoir, alors que le cheval était lancé au galop, renversant les quelques cadavres qui lui barrait la route. Ils réussirent à se sortir de la masse animée. Illydia jeta un regard en arrière, qui la remplit d’effroi. La monture de Willem, elle aussi, était à terre.

Willem saisit la garde de son épée à deux mains, et commença à se frayer un passage à coup d’épée abattant marche-mort sur marche-mort. Il sentit une douleur pulser dans sa jambe gauche, et planta son épée dans le crâne du mort.

« Il faut faire demi-to… »

« RAMENE LA ! »

L’ordre était sans appel. L’éclaireur lança la monture à toute vitesse. Illydia sentit les larmes brouiller sa vision. La dernière scène qu’elle put voir avant que la colline ne leur masque la vue était celle des mâchoires qui se refermaient sur la trachée de Willem...
Lignée Altéria
Avatar de l’utilisateur
Altéria
Noble
 
Messages: 72
Inscription: Ven 8 Juin 2018 18:40

Commandant de la Garde

Messagepar Altéria » Dim 26 Mai 2019 21:41

.

Illydia se lève. Il fait encore nuit. Elle s’agenouille au sol, croise les mains et ferme les yeux. Elle reste dans cette position, priant sa déesse mère, jusqu’à ce que les premières lueurs de l’aube pointent à travers les l’ouverture de la tente. L’elfe enfile sa tunique, fixe les pièces de son armure. En prenant la direction de la sortie son regard croise celui d’un petit miroir. Elle observe sa chevelure rouge, les traits fins de son visage, la cicatrice blanchie par le temps qui barre le côté gauche de son visage. Elle ajuste les pièces de son armure dorée, vérifie que sa lame est affutée, et la fait glisser dans son fourreau. Elle sort, le casque au creux de son coude, et traverse le camp en direction de la tente centrale. Là, plusieurs milliers d’elfes sont au garde à vous. Illydia passe au milieu d’eux, le regard sévère, et atteint l’entrée de la tente de commandement.

Depuis qu’elle était devenue commandant en second, Illydia avait fait régner la discipline et l’ordre au sein des troupes, tenant d’une main de fer l’organisation militaire de la Garde de Lumière. Illydia utilisait des méthodes qui parfois étaient cruelles, elle pouvait aussi bien châtier sévèrement une faute par la flagellation ou la mort, que récompenser le mérite et les exploits. Au lieu d’être détestée, elle était au contraire très appréciée dans le camp : les fanatiques voyaient en elle une figure de justice, les anciens malfrats y voyaient leur rédemption et les chercheurs de gloire voyaient la possibilité de s’illustrer et de se faire un nom.

Illydia s’arrête, inspecte le premier rang. Elle se place vers l’entrée de la tente de commandement, puis rentre et se met au garde à vous. Les médecins sont affairés autour du commandant alité. Le mage qui se tient à côté d’eux remarque la venue d’Illydia et s’adresse à elle en secouant la tête.

« Inutile d’être aussi formelle, dame Altéria. Le commandant est inconscient, et ne se réveillera probablement pas. Traiter la maladie qui le ronge est hors de notre portée… »

Illydia s’approche, et scrute le commandant. Celui-ci était en sueur, les traits figés de fatigue et de douleur. Sa respiration était irrégulière, son souffle rauque et faible.

« Combien de temps lui reste-t-il ? »

« Une journée, tout au plus. Peut-être moins, si les dieux sont cléments. »

Illydia sert les dents, son visage se fait plus dur. Les heures passent, Illydia reste là, sans bouger. Puis les médecins se regardent en secouant la tête.

Le mage s’agenouille, prend le pouls du commandant. Il se relève, se tourne vers Illydia, et met un genou à terre, scandant d’une voix forte :

« Illydia Altéria, 5ème commandant de la Garde de lumière, main armée de la volonté d’Adonysia, nous jurons de vous servir jusqu’à notre dernier souffle. »

Illydia sort, écartant la toile de l’ouverture de la tente, un sentiment entremêlé de fierté et de tristesse. D’un seul mouvement, les milliers de soldats mettent un genou à terre, reprenant la phrase du mage en cœur.

« Illydia Altéria, 5ème commandant de la Garde de lumière, main armée de la volonté d’Adonysia, nous jurons de vous servir jusqu’à notre dernier souffle ! »

Les yeux d’Illydia sont rivés sur cette scène, elle ouvre la bouche, mais n’arrive à faire sortir aucun son. Alors elle se contente d’observer, sans rien dire. Nul besoin de parler.
Lignée Altéria
Avatar de l’utilisateur
Altéria
Noble
 
Messages: 72
Inscription: Ven 8 Juin 2018 18:40

S'évader

Messagepar Altéria » Lun 3 Juin 2019 23:54

Kalirm Altéria brandissait sa lanterne dans la nuit. Il faisait noir ce soir, la lune était masquée par les nuages. Traversant les rues de Lythélia, elle finit par sortir de la route principale, se dirigeant vers les hauteurs de la cité. La marchande regarde autour d’elle, s’assure que personne ne regarde, ouvre sa lanterne et souffle la bougie vacillante, qui s’éteint d’un coup en la plongeant dans l’obscurité.

Elle continue à pied sur le chemin escarpé, avant de sentir quelque chose de froid tomber sur sa main.

« La pluie, c’est bien ma veine… grommelle t’elle en levant les yeux en l’air. Enfin, pourquoi pas après tout… »

La marchande rabattit sa capuche et s’enfonça encore plus profondément dans la nuit. Qu’est ce qui lui arrivait bon sang… elle devait se siroter une tisane devant un bon feu, et voilà qu’elle se baladait, prête à aider des détenus à s’enfuir. Dans quelques semaines, son oncle et son cousin allaient être condamner à brûler vif. Qu’est ce qui avait bien pu leur passer par la tête… oncle Aldénaïr, un pratiquant de magie noire ? Ramassis de mensonges…

Kalirm finit par arriver vers son objectif, une grande structure de pierre constituée de sombres et sinistres remparts, un peu à l’écart des habitations… là où se trouvaient les geôles. Elle s’approche de l’entrée et attend. Le garde l’aperçoit, mais fait mine de ne rien voir. Kalirm sourit, il ne fallait pas sous-estimer son influence. Après avoir passé plus de 80 ans à œuvrer dans la finance, elle savait à qui graisser la patte…

Kalirm entra dans la cour, et se dirigea vers une porte en bois. Elle emprunta l’escalier en colimaçon, traversa plusieurs corridors, le plus silencieusement possible. Elle arriva à destination, et se plaqua contre un mur, dans les ombres. Elle passa la tête par l’embouchure. Un seul garde… si les informations qu’on lui avait données étaient justes…
Kalirm sortit des ombres et se dirigea vers le garde, qui se leva instantanément, posant sa main sur la garde de son épée. Kalirm leva les mains en l’air, d’un air pacifique.

« Sélinor, c’est votre nom ? »

« Vous n’avez rien à faire ici ! »

Kalirm décrocha une bourse de son ceinturon.

« Votre mère est gravement malade n’est-ce pas ? Faire appel à des mages, acheter les ingrédients des remèdes… c’est assez coûteux, non ? »

Le garde eut un frisson, hésita, puis attrapa la bourse en écarquillant les yeux devant le contenu. Il décida à contre cœur de s’écarter, donnant son trousseau de clés à la marchande.

Kalirm sourit, ouvre la porte de fer, et la franchit. Elle avance tout droit, à travers le couloir, passant entre les cellules des prisonniers. Bientôt, elle atteint ce qu’elle cherche…

~~~~~~~~~~~

Lìnderil se réveille en sursaut, au son du cliquetis métallique qui ouvre sa cellule.

« Cousine Kalirm ? C’est vous ? Qu’est ce que vous faites ici ! »

« Shuuuut ! Ne réveille pas les autres prisonniers, pas besoin de vacarme ici ! Tout va bien ? »

Lìnderil se lève avec difficulté, mais trouve quand même la force de sourire.

« Quelques courbatures, ce n’est rien. Et père ? »

« Je m’en occupe. On se sépare ici, sors et va vers l’entrée de la ville, un groupe de chevaliers de l’Ordre encore fidèles nous y attend, puis nous nous dirigerons vers la Citadelle de Rokdor… Louisa Galyfreya m’a offert son soutien, nous serons à l’abri là-bas. Les gardes sont soudoyés, allez dépêche-toi ! »

Lìnderil hésite, puis embrasse sa cousine sur le front avant de s’engager sur le chemin du retour. Kalirm le regarde partir, puis se dirige vers la dernière cellule. La porte massive était composée de 3 serrures, chacune protégée par un sceau magique. Si elle avait essayé de l’ouvrir sans les clés… Kalirm secoua la tête pour se remettre les idées en place, puis ouvrit la cellule. Elle écarquilla les yeux de surprise, devant ce qu’elle voyait…

~~~~~~~~~~~

Lìnderil traversa sans difficulté la cour, et s’engagea sur la route principale, frissonant le froid mordant et la pluie glaciale. Quelque chose au loin attira son regard.

« Des lumières ? »

Lìnderil se je ta sur le côté de la route, et se mit à plat ventre. Juste à temps : une dizaine de cavaliers passèrent au galop sans le voir, se dirigeant vers la prison…
Lìnderil se releva après leur passage, en serrant les poings de rage. Il ne serait d'aucune aide en revenant sur ses pas. Hésitant, il décida de continuer sa route en espérant qu'il ne leur arriverait rien de mauvais...

~~~~~~~~~~~

Vide ! Kalirm resta abasourdie. Non, on lui avait dit que c’était cette cellule, elle n’avait pas pu se tromper ! Alors pourquoi était-elle vide ? Un leurre ? La marchande se décida à faire demi-tour, pressant le pas. Elle repoussa la porte d’entrée des geôles. Le garde était à terre. Elle s’approcha de lui, et ne put retenir un cri d’effroi en voyant l’elfe, gisant dans son propre sang. Elle se retourna et sentit vive douleur. Ses yeux fixaient la dague qui venait de s’enfoncer dans sa poitrine. Elle releva la tête livide.

« Ly… sia ? »

Ses yeux se révulsèrent, et elle tomba en arrière, sans vie.

~~~~~~~~~~~

Lìnderil attendait au point de rendez-vous, avec les chevaliers elfes qu’il avait rejoint.

« Sire Altéria, il faut partir. »

« Kalirm… père… ils ne sont pas encore là, nous devons attendre ! »

Le chevalier qui avait parlé secoua la tête.

« S’ils ne sont pas encore là, alors ils ne viendront plus. Nous devons partir maintenant, avant que quelqu’un ne s’aperçoive de votre disparition. »

Lìnderil dût se rendre à l'évidence. Ils s'étaient fait prendre. Il acquiesça à contre cœur et Enfila son armure. Dissimulant son visage, ils réussirent à sortir en prétextant de patrouiller à l’extérieur. Les cloches d’alarme résonnèrent, mais il était déjà trop tard. Lìnderil et ses compagnons embarquèrent dans un navire, et commencèrent à s’éloigner des côtes…
Lignée Altéria
Avatar de l’utilisateur
Altéria
Noble
 
Messages: 72
Inscription: Ven 8 Juin 2018 18:40

La mort d'un souverain

Messagepar Altéria » Ven 7 Juin 2019 00:14

« … Pour toutes ces raisons, par la présente missive, j’ordonne l’annulation de l’exécution d’Aldénaïr Altéria, qui sera gardé sous contrôle jusqu’au traitement du mal qui le ronge.

Salutations,

Illydia Altéria, commandante de la Garde de Lumière, régente de Lythélia. »


Lysia resta perplexe devant la teneur de la missive. Sa fille n’était elle pas consciente du risque qu’elle prenait en le laissant en vie ?

« Dame Lysia ? Que dit la missive ? »

Lysia sortit de ses pensées, et approcha la missive de la flamme d’une bougie. Le papier commença à roussir, avant de prendre feu et de se consumer.

« Nous avançons l’exécution. Elle aura lieu demain matin, aux premières lueurs de l’aube. »

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Aldénaïr ouvrit les yeux en entendant le cliquetis de la serrure. Il aperçut le visage de Lysia, qui se tenait à l’entrée. Celle-ci haussa un sourcil.

« Vous ne lui avez pas enlevé son gantelet ? »

« Nous avons essayé, impossible de le lui enlever sans couper le bras. Nous utilisions ces entraves pour annuler sa magie, expliqua le garde en désignant les chaînes qui retenaient l’elfe, mais il est trop faible pour l’utiliser, maintenant. »

« Bien. Alors emmenez-le. »

Les gardes se rapprochèrent et enlevèrent les entraves d’Aldénaïr, avant de le tirer en dehors de la cellule. Sitôt dehors, Un des gardes lui mit un sac sur la tête. Aldénaïr resta muet, alors que la colonne de soldats en armure lourde le conduisait sur la place centrale de Lythélia. Il pouvait entendre les bruits de la foule, de tout ces elfes qui étaient sortis de chez eux pour assister à ce spectacle.

On lui fit grimper quelques marches, puis il sentit des cordes l’enserrer à un poteau en bois, sa main et son gantelet liés. Le garde enleva le sac, et Aldénaïr cligna des yeux devant la lumière du jour, qu’il n’avait pas vu depuis des mois. Il était attaché à un pilori, alors qu’une pile de bois et de foin étaient accumulées tout autour de la structure en bois. Il ne se faisait pas d’illusions sur le sort qu’on lui réservait. Un elfe déroula un parchemin, et se mit à lire à haute voix.

« Oyez, peuple de Lythélia ! Aujourd’hui, sera jugé un ancien dirigeant, touché, corrompu et dévoré par de la magie nécromancienne ! Voyez ! »

On lui retira sa tunique, et la populace commença à s’agiter.

« C’était donc vrai ? Regardez ces marques noires ! »

« Si je ne l’avais pas vu de mes propres yeux… »

L’elfe continua à lire son parchemin, faisant abstraction de la foule.

« Aujourd’hui, nous jugeons ce souverain déchu devant Adonysia, et le purifierons sous son regard bienveillant ! Qu’Adonysia recueille son âme, afin qu’enfin il puisse trouver le repos du brave ! »

« Foutaises, c’est une machination orchestrée par une fanatique ! »

« Le souverain a toujours été bon avec nous ! Il doit y avoir une autre solution !

Lysia observa la foule. Si la population semblait partagée elle s’inquiétait davantage du nombre de chevaliers de l’Ordre de Lythélia qui se regroupaient à vue d’œil sur la place, tous équipés de leurs armures et de leurs armes. Devant la foule qui commençait à entrer en effervescence, Lysia fit un signe de tête au capitaine de la garde de la cité. Celui-ci hocha la tête, et lança quelques ordres. Des centaines de hallebardiers en armure intégrale se placèrent en dessous du pilori et tout autour de la place centrale, alors qu’une rangée d’arbalétriers se mit en position. Lysia fit un signe de tête au bourreau, qui s’inclina avant de prendre une torche et de monter sur l’estrade.

Aldénaïr regarda l’elfe monter. Il savait que sa fin était proche, et n’avait plus la force de lutter. Il ferma les yeux, résigné à rejoindre sa bien-aimée dans l’au-delà, plus tôt qu’il ne l’aurait souhaité. Le bourreau s’approcha de lui, le regard mauvais.

« Héhé, si je m’y attendais… exécuter un dirigeant dans ma carrière… dommage que le fils ne soit plus là pour voir ça… »

Aldénaïr rouvrit les yeux, et fixa le bourreau, les yeux vides.

« Lìnderil… Est-ce… qu’il va bien ? »

« Bah ! Qu’est-ce que j’en sais moi ! Depuis son évasion il est introuvable. »

Le bourreau plaça la torche sur le foin, alors que des petites flammèches commençaient à prendre. Il descendit les marches, s’éloignant de la structure. En bas, la foule hurlait, lançant des regards haineux aux gardes qui les séparaient du condamné. Les chevaliers de l’Ordre de Lythélia dégainèrent leurs épées.

« Nous demandons justice ! Notre allégeance va au seul souverain légitime, Aldénaïr Altéria ! »

Les Hallebardes s’abaissèrent, et des centaines d’arbalétriers les mirent en joue, prêts à faire feu. Aldénaïr restait silencieux, alors que les flammes commençaient à ronger la structure de bois sur laquelle il se trouvait, alors qu’il répétait les dernières paroles du bourreau dans sa tête.

« Lìnderil… n’est plus en votre possession ? »

Le regard d’Aldénaïr croisa la route de Lysia. C’était un regard de haine, trop longtemps contenue, alors que la rage montait en lui. S’ils n’avaient plus son fils alors ils n’avaient plus rien contre lui.

NINQUELOTË

En bas s’était engagé le combat : les chevaliers s’étaient jetés sur les hallebardiers. Les arbalétriers les mirent en joue et… Un rugissement déchira le ciel. En quelques secondes, un immense dragon blanc aux yeux écarlates passa au-dessus de la falaise, et un jet de feu s’abattit sur la ligne d’arbalétrier, qui se tordirent quelques courts instants de douleur avant d’être consumés par le feu.

Lysia pâlit, la situation s’était renversée en un instant. Elle regarda en direction d’Aldénaïr. Le feu s’était propagé n’aurait pas le temps de prendre assez vite. Elle dégaina son épée et se rua en direction de la plateforme, décidée à en finir. Alors qu’elle atteignait le haut des marches, elle écarquilla les yeux de surprise. Aldénaïr s’était libéré de lui-même avec son gantelet. Un trait de lumière fit éclater son épée en morceaux, et elle recula de quelques pas. Avant qu’elle ait le temps de réagir, Aldénaïr la saisit à la gorge avec son gantelet, et la souleva du sol.

Les flammes encerclaient maintenant la structure sur laquelle ils se trouvaient.

Tue la.

Tue la.

Tue la.


La haine avait empli son esprit. La pensée, la voix lui criait de la tuer, pour sa trahison, pour les atrocités qu’elle avait commises. Elle était tout autant coupable qu’Illydia, et ne méritait que la mort. L’ombre grandissait en lui.

Jette la dans les flammes

Aldénaïr s’approcha du bord et maintint Lysia au-dessus des flammes.

C’est le sort qu’elle te réservait

L’ombre se nourrissait de cette haine. Les doigts métalliques commencèrent à relâcher la pression, alors que Lysia lançait des regards d’effroi. L’ombre atteint son cœur.

Ne faisons plus qu’un

"Que deviendrais-je si le jour où je te revois, tu n’es plus l’être que j’ai aimé, mais un être rongé par le pouvoir et les ténèbres ?"

Aldénaïr reprit conscience de lui-même. Sa haine se dissipa, alors que les paroles d’Eledhwen raisonnaient dans sa tête. Aldénaïr projeta Lysia par dessus les flammes, quelques mètres plus bas que la plateforme. Lysia resta allongé sur le sol, suffocante mais indemne.

Ninquelotë se posa à côté dans un vacarme assourdissant, et Aldénaïr se hissa sur son cou. Le dragon s’éleva dans les airs, alors que le pilori qui lui était destiné était maintenant en proie aux flammes.

« JE SUIS ALDENAIR ALTERIA ! FILS DE DRAGOS COLP ET D’ALWILA ALTERIA, DESCENDANT D’ADEMION ALTERIA ET DE FLEUR GALYFREYA ! TECHNOMAGE DES MAGES DE LUMIERE ! FONDATEUR ET DIRIGEANT DE L’ORDRE DE LYTHELIA ! SOUVERAIN DES HAUTS ELFES DE LUMIERE ! SI QUELQU’UN S’OPPOSE A MON REGNE LEGITIME, QU’IL M’AFFRONTE ICI ET MAINTENANT ! »

Le silence avait empli la place, seul restait le crépitement des flammes et les gémissements des blessés. Les chevaliers de l’ordre s’agenouillèrent.

« Longue vie au souverain légitime, Aldénaïr Altéria ! »

Puis la population suivit le mouvement.

« Longue vie au souverain légitime, Aldénaïr Altéria ! »

Aldénaïr porta son regard sur les gardes, qui restaient indécis. Lysia savait qu’il n’y avait plus d’espoir de victoire. Elle s’agenouilla elle aussi, en silence. Les gardes déposèrent leurs armes et s’agenouillèrent à leur tour, reprenant la phrase que scandait la foule.

« Longue vie au souverain légitime, Aldénaïr Altéria ! »

Aldénaïr fixa Lysia. Ils allaient avoir une longue conversation...
Lignée Altéria
Avatar de l’utilisateur
Altéria
Noble
 
Messages: 72
Inscription: Ven 8 Juin 2018 18:40


Retourner vers La Bibliothèque

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron