Elìs

Les livres poussiéreux racontent beaucoup de choses.

Elìs

Messagepar Raevalia » Mer 12 Juin 2019 22:44

Emma Galyfreya, septième dirigeante du clan Galyfreya, souveraine de la Rébellion d’Hédarion, releva la tête d’un des nombreux plans stratégiques d’Hédarion, pour accueillir le jeune maître espion, qui avait mis genoux à terre pour la saluer, sans qu’elle ne se soit même aperçu qu’il était entré dans la salle. Elle lui fit signe de se relever.

– Quelles nouvelles, sir ?

L’empereur Isìl s’apprête à entamer une inspection militaire de l’ensemble de ses troupes, avant l’assaut final du Temple. Il devra se déplacer dans de nombreuses régions, et avec peu de troupes. Cela sera le meilleur moment pour frapper, notamment lorsqu’il se rendra pour forgeloup : les troupes seront affaiblis par le voyage dans des terres hostiles, et ils seront moins nombreux. Envoyer une troupe de Rubis ou de chevaliers, et profitez en pour l’éliminer.

Emma regarda le maître espion, songeuse, avant de soupirer.

Je suis las, sir, j’ai assez de sang sur la conscience comme cela. Le capturer sera amplement suffisant.

L’espion fronça les sourcils, l’air mécontent, et sa bouche se tordit de colère.

Dame, si je peux me permettre… La guerre s’éternise depuis plus de dix ans, jamais conflit n’aura durée aussi longtemps. Nos troupes s’épuisent, et commencent à douter. De l’issu de cette guerre, de son bien fondé, et de vous aussi. Tant qu’il sera vivant, il restera obnubilé par son fanatisme et saura rejoindre des gens à sa cause par ses belles paroles. Vous n’avez qu’à voir comment il a sû s’allier l’ordre des Hauts-Chevaliers, des elfes, combattant au côté des récolteurs ! Isìl est un danger trop grand, dame, pour se permettre de la clémence.

Emma soupira une nouvelle fois et son visage devint vide pendant qu’elle réfléchissait. Le maître-espion, malgré son jeune âge, avait raison et n’avait fait que souligner ce qu’elle savait déjà inconsciemment. Il ne pouvait pas y avoir d’issus pacifique à ce conflit. Mais cela faisait des années qu’Emma ne se regardait plus dans la glace, et doutait, bien qu’elle ne laissait rien paraître devant sa famille et ses hommes. Après de longues minutes, la dirigeante releva la tête, le regard dur et décidé.

Très bien. Prévenez le Rubis que je demande la mort de l’empereur Isìl lors de son passage à Forgeloup. Et de lui uniquement, ses généraux et ses soldats ne devront pas être ciblé par cette assaut.

Dame, c’est impossible, ils…

Je sais, le coupa sèchement la souveraine. Si les soldats d’Isìl se dressent contre vous et menacent votre vie, vous avez l’autorisation de riposter. Mais au moindre signe de rédition, vous cessez le massacre. Je veux des prisonniers, pas de nouveaux cadavres. Laissez les fuyards en paix, tant pis pour la discrétion. Ils devront répondre de chaque goutte de sang versée en trop, me suis-je bien fait comprendre ?

Les prisonniers pourront remonter jusqu’à vous, Dame.

Tant pis. Je préfère avoir le mauvais rôle et épargner des vies plutôt que garder une image de moi qui est de toute manière, déjà entachée par l’avis de tout Hédarion et par ma propre conscience. Mais tu as raison, je vais plutôt demandé à une troupe d’Hauts Chevaliers de s’en charger, vu que mon ordre ne permet pas la discrétion demandée aux Rubis. Je m’en charge, je vous pouvez disposer. Et merci pour votre travail.


*


7 Nystre 1675


La troupe de soldat s’arrêtait pour le campement. Voici treize années que la guerre les éreintait. Ils avaient combattu pendant des années au nord du rempart, et le sud ne les avait pas épargné. Embuscades, charges et massacres s’étaient ensuivi. Malgré cela, les armées croisées avaient tenu bon. Leur dernier voyage était sur le point de s’achever. Une fois le Temple des Ombres mis à bas, ils pourraient à nouveau jouir de l’air du nord, si doux et si propice à la vie, le parfait paroxysme de l’air lourd des marécages qu’ils venaient de traverser.

La rumeur s’était propagée selon laquelle l’Empereur Isìl 1er faisait le tour des armées. Passerait-il également par les dizaines de compagnie disséminées dans la région de Forgeloup ? Les soldats ne tardèrent pas à le découvrir. Une trompe retentit à l’entrée du camp et tous les Elfes se précipitèrent pour voir. Un soldat restait cependant en retrait, visiblement moins pressé que les autres.

Sous le casque de ce soldat scrutaient les yeux d’Elìs Raevalia. L’Elfe avait tout perdu dans ce conflit. Ses fils mais aussi son foyer et n’avait gagné que la seule confiance de la dirigeante des Galyfreya, si encore on pouvait parler de confiance. Le mot « accord » serait plus adapté. L’Elfe s’avançait plus tranquillement vers l’attroupement. Elle savait que son fils venait d’arriver pour motiver ses troupes avant la dernière bataille. C’était l’unique occasion de mettre fin à tout cela. Elìs savait ce qu’elle avait à faire. Son défunt mari aurait-il approuvé ? Il avait toujours été bien plus doux et plus sensible au pardon. Sans doute aurait-il cherché une ultime issue diplomatique. Mais Elìs avait vécu dans les quartiers sombres du Bas-Richepont. Son existence entière n’avait rimé qu’à tuer et mener une vie austère dans l’ombre d’une organisation bien plus grande et bien plus noble, la faction de son frère.

L’Elfe respirait profondément, contournant la foule. Elle pouvait percevoir les mots lointains de l’Empereur qui instaurait du courage dans le cœur de ses troupes. A chaque pas, son épée frappait lourdement contre sa cuisse. Allait-elle réellement le faire ? Une mère pouvait-elle vraiment infliger cela à son fils ? Retiendrait-elle sa lame au dernier moment ? Elìs essayait de balayer toutes ces questions alors qu’elle progressait dans l’ombre des tentes. Elle pouvait maintenant voir le dos d’Isìl ouvert à n’importe quelle attaque furtive. Elle pourrait le tuer d’un trait d’arbalète, mais son fils méritait au moins de savoir qui l’avait tué, et au diable ce qui arriverait par la suite.

Dans un chuintement silencieux, l’Elfe tira ses dagues de leur fourreau. Ses mains blanchissaient tellement elle serrait les manches. Chacun de ses pas devenait plus hésitant mais l’heure de la paix avait sonné. Son mari ne le verrait pas, et peut-être était-ce pour le mieux.

Les mots d’Isìl semblaient frapper chaque soldat en face comme une révélation. L’art oratoire avait toujours été son fort. Elìs sortit de l’ombre des tentes et leva le bras. Plus que quelques pieds avant de se faire repérer et de frapper…

Son geste fut suspendu par le grondement du sol. Tous les visages interloqués regardèrent autours d’eux, et les chevaliers sortirent des fourrés.

Aux armes ! s’écriaient chacun des soldats.

Pour la souveraine Emma Galyfreya !

Les chevaliers poussèrent ce cri unanimement en chargeant les soldats elfiques désarmés. Isìl sauta sur sa monture et ordonna à ses gardes de retenir les chevaliers qui l’aperçurent.

L’Empereur est là ! Allez, finissons en !

Elìs poussa un juron et empoigna un arc non-loin. L’Elfe encocha une flèche et banda l’arme. L’arc n’était pas son arme de prédilection, mais elle savait s’en servir mieux que chacun des soldats ici-bas. Le bruit derrière-elle la poussa à se retourner et Elìs para l’épée du chevalier juste à temps avec son arc qui se brisa en deux. Néanmoins, elle ne put esquiver la monture du cavalier qui l’écrasa de ses sabot ferrés.

Elìs fut en partie protégée par son armure, mais elle sentait que bon nombre de ses côtes se brisèrent sous les pas du destrier. Dans sa chute, l’Elfe claqua si fortement les dents qu’elle s’en coupa une partie de la langue. Le cheval aussitôt passé, Elìs restait bloquée au sol, sentant le sang envahir son palet. Une de ses jambes était retournée et l’autre était écrasée à de multiples endroits.

Partout autours les elfes étaient en déroute. Les morts s’abattaient sur le sol rude et déjà maculé de sang. Les quatre gardes de l’Empereur continrent néanmoins les chevaliers durant quelques instants avant de tomber l’un après l’autre.

Un chevalier pieds à terre se dirigea vers Elìs qui n’avait jamais autant ressenti une telle souffrance. Le sang s’écoulait de sa bouche à grosses goulées. Elle eut néanmoins le réflexe de dégainer l’arme qui pendait à sa ceinture. L’épée était incrustée d’une pierre d’émeraude et des mots d’une autre langue semblaient inscris sur le long de la lame.

Les deux armes se croisèrent. Elìs parvint à repousse l’arme du chevalier malgré son état et planta son épée dans l’abdomen de son adversaire. Mobilisant toutes ses forces, l’Elfe se jeta sur le chevalier, prenant en main ses dagues, et lui lacéra la gorge avec. Les deux combattants s’écroulèrent au sol.

Les Elfes fuyaient le combat, tentant de se réfugier n’importe où, mais la soif sanguinaire d’un combattant sans général prenait le dessus sur ses valeurs et sa pitié. Les chevaliers massacrèrent ainsi chaque Elfe tentant de fuir. Bientôt, le silence se fit sur le campement. Elìs avait réussi à s’adosser contre un arbre, la tête penchée pour ne pas s’étouffer dans son sang qui s’écoulait par filets de sa mâchoire. Un chevalier s’approcha vers elle. Elìs voulait lui dire qu’ils étaient dans le même camp, qu’ils étaient venus pour la même chose, que ce n’étaient que des incapables mais aucun son distinct ne pouvait sortir de sa bouche meurtrie.

J’entends pas c’que tu dis Elfe, sourit le soldat. Tiens, c’est bizarre d’ailleurs, t’as l’air d’une femme. Enfin plus que les autres ahah !

Elìs vit l’épée su soldat maculée de sang s’approcher de son corps.

Une dernière parole ? Mueheheh, j’v’ais abréger tes souffrances, t’auras tellement de gratitude que si tu pouvais, tu me…

Richard ! cria une voix au loin.

Ouais ! répondit le chevalier.

Son comparse arriva, essoufflé.

On a raté l’empereur. lui apprit-il.

Tu crois qu’j’suis bigleux compagnon ? Allez, regarde moi la dernière elfe de ce camp crever.

Sur ces paroles, Elìs essaya de bouger mais n’y parvenait pas, jusqu’à ce qu’elle sente l’épée s’enfoncer dans son corps et percer son cœur…


*


Un groupe de cavaliers arriva dans le campement ravagé. A sa tête se trouvait Baelor Raevalia qui cherchait un signe d’un quelconque rescapé.

Il n’y a pas de survivants ! cria un des elfes.

Le général mit pieds à terre au milieu du charnier. Les empreintes des sabots sur le sol trahissaient l’acte de la Rébellion. Un corps attira l’attention du général. Baelor se dirigea vers le cadavre adossé contre un arbre. Ses traits étaient étonnements fins pour un guerrier. Son visage était méconnaissable, entièrement maculé de sang et ouvert à de multiples endroits. Mais les yeux ouverts appartenaient qu’à une seule personne en ce monde.

Mère… murmura Baelor en s’effondrant sur ses genoux, passant sa main sur les cheveux poisseux d’Elìs.

Le général l’avait affronté au début du conflit mais n’avait pas pu se résoudre à la tuer. Depuis leurs chemins ne s’étaient jamais croisés. Cela ne pouvait pas se passer comme cela. De son unique main, Baelor prit le crâne de sa mère et l’enserra contre sa poitrine, laissant ses larmes couler. Son regard fut attiré par l’arme qui reposait aux côtés d’Elìs. Cette épée… Baelor la connaissait mieux que quiconque. Ainsi c’était Elìs qui détenait Cereduil Noruì depuis tout ce temps. Le destin semblait avoir frappé pour qu’il se retrouve en sa possession pour l’ultime bataille.

Baelor prit l’épée légendaire et se releva. Les larmes ne coulaient plus, désormais, seule la colère l’habitait. Les rebelles payeraient pour leur acte. L’heure était au sang et à la mort.
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Raevalia
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