Concours RP n°4

Les livres poussiéreux racontent beaucoup de choses.

Concours RP n°4

Messagepar Skay » Jeu 19 Mar 2020 17:24

Concours RP n°4
(peu importe que le dernier soit le 8 y a pas eu de 4 :P)

Pour vous accompagner dans cette période difficile voici de quoi vaincre votre ennui ^^
Comme d'habitude si vous souhaitez participer, que ce soit en tant que participant ou jury, merci de me MP (Athernor) sur le jeu !
De même si vous souhaitez rajouter des lots pour les gagnants !
Merci de poster vos textes sous ce message !

Thème : Epidémie (oui je me suis pas foulé hehe)

Fin du concours : dimanche 5 avril 2020 (chais pas la date exact donc finissez vite ! :P)

Lots pour les gagnants :
-> 25 dragons (oeufs et ambres fossiles)
-> 10 M de PO
-> 30 pierres des âmes
-> 16 plantes maudites

Participants :
-> Llerayn
-> Altéria
-> Raevalia
-> Zeraorien
-> Erenbarn
-> Du Serpentaire
-> Galyfreya
-> Yazgart
-> Lation
-> Colp
-> Wolfhart
-> Alule


Membres du Jury :
-> Athernor
-> Akura
-> Midin
-> Shurtugal
-> Norèll
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Skay
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Bourg-Galyfrey est malade

Messagepar Clan Galyfreya » Mar 24 Mar 2020 17:29

Sous la lumière des torches qui éclairaient la voûte de pierre de la cave, des murmures et chuchotements s’élevaient. L’architecture du lieu garantissait pourtant une grande sécurité, la pierre enfermant les bruits dans l’enceinte de la pièce, mais le groupe rassemblé là, à une heure induite de la nuit, n’avait pas tout à fait la conscience tranquille. Ce qu’il faisait été juste, bien sûr, il ne défierait pas les règles de la ville si ce n’était pas le cas… Mais il valaient mieux être prudents. Tous, sans distinctions de leurs sexes, portaient le même accoutrement : une large cape noir à capuche, servant de manteau et recouvrant l’ensemble de leur corps, ainsi qu’un masque blanc, cachant leur visage à leurs interlocuteurs. Ils étaient assis, les plus chanceux sur des chaises en bois, d’autres sur des tabourets, des tonneaux ou des sacs de pailles. Ils attendaient.

Lorsqu’un homme au masque rouge, ne dissimulant que ses yeux et laissant libre le bas de son visage, entra depuis une porte dérobée, le silence se fit aussitôt. Le maître de cérémonie était arrivé. Il avança avec calme au centre de la pièce, et regarda les personnes rassemblées. Il sourit et commença.

- Mes très chers frères et sœurs. Je vous remercie d’avoir répondu si nombreux à l’appel. Pas le mien, non, mais celui de tout Bourg-Galyfrey. Car notre bonne ville est malade, touchée par un maux qui s’accroche à ses entrailles comme le loup à sa proie. Vous savez de quoi je parle, ou plutôt de qui. Je pourrais lister les traîtres, ceux qui se sont avilis, ceux qui ont entachés leur foi et leur alignement. Je me contenterais ce soir de ne rappeler à vos oreilles que les noms des plus illustre. Dwalen le bâtard, Zachiel le fou, Alrik le sanguinaire, Galahad la brute. Tous ceux qui portent le nom de nos défenseurs, mais qui se sont avilis pourtant en choisissant de s’accoupler avec de l’engeance nécromancienne. Par leur faiblesse, ils nous ont tous condamnés.

L’orateur prends une pause, guettant la réaction de son auditoire. Il continue, d’une voix plus douce.

- Heureusement, aujourd’hui, ces noires heures sont derrières nous. Voilà bientôt deux siècles que les annexes de temples impies de ces pestiférés ont fermées, et que leur présence n’est plus tolérée parmi nous. Leurs bâtiments tombent en ruine, à notre plus grande joie et au soulagement de tout le bon peuple d’Hédarion. Ils ne sont plus autorisés à se pavaner devant nous, à ternir l’image de la grande Adonysia et à provoquer par leur seul présence les bons croyants… Et pourtant…
Pourtant, mes très chers frères et sœurs, si vous avez répondus à mon appel, c’est que le mal sévit encore dans ce territoire. Car les disciples de Thempkar sont encore parmi nous. Pire ! Le mal se glisse à présent chez nous, entrant dans nos maisons, prenant sous son emprise des membres de notre propre famille, nos voisins, nos clients, nos amis… Ils se réunissent et complotent, prient le dieu du massacre et du chaos. Ils nous apportent des maladies incurables, empoisonnent nos puits, maudissent nos bétails et nos familles… Je sais que parmi nous ce soir, nombreux ont été la cible de leur magie noire et de leurs malédictions. Et malgré toutes nos alertes, les Galyfreya restent sourds à nos suppliques ! Ceux qui ont juré de nous protéger nous tournent le dos !


Le public semble s’agiter et des murmures inquiets viennent parasiter le discours de l’homme au masque rouge, le forçant au hausser la voix.

- Mais n’ayez crainte, mes amis ! Si nos dirigeants n’agissent pas, nous le ferons. Et nous guérirons Bourg-Galyfrey de cette peste nécromancienne ! Mais pour cela, nous devons procéder à une purge intensive… En connaissant les noms des traîtres au culte d’Adonysia.

Il se tourne vers un autre homme, qui gardait la porte latérale et fit un geste théâtrale. Aussitôt, l’homme ouvrit la porte, et deux autres hommes masquées entrèrent dans la cave, encadrant une jeune femme. Cette dernière était tenue avec force par les deux hommes. Tout son corps tremblaient et ses jambes ne semblaient la tenir qu’avec grande difficultés. Ses vêtements étaient sales, humides de transpirations et d’autres liquides facilement reconnaissables à leurs couleurs et odeurs. Lorsqu’elle releva la tête, cachée auparavant par des cheveux sales et emmêlés, on pouvait voir qu’elle ne portait pas de masque. Ses teints était blanc, ses yeux rouges et humides tremblaient de peur et de détresse, ses lèvres étaient totalement desséchées. À sa vue, une voix fusa parmi le public.

- Mais… C’est Fanny ! La fille du forgeron !

La jeune fille se redressa, et regarda autour d’elle, l’aire hagard. La lueur d’espoir qu’avait fait naître l’appel de son nom s’évanouit presque aussitôt devant la vision de cette assemblée de spectres noirs et de leurs masques froids. Les larmes se remirent à couler sur son visage, des larmes acides qui lui brûlait les yeux, mais la poigne de fer de ses gardes l’empêchait de les essuyer.

- Oui, reprit sèchement le maître de cérémonie. Fanny, fille du forgeron du quartier nord, enfant d’une famille respectable de Bourg-Galyfrey depuis plus de cinq générations. Et pourtant… Qui aurait pu croire qu’un si doux visage cachait l’âme entachée d’une traîtresse, qui s’est prostituée au culte de Thempkar ? Nous l’avons surprise alors qu’elle se rendait à une des ses messes démoniaques. Elle a bien essayé de nier… Mais quelques jours de privations lui ont fait délier sa langue. Pourtant, elle refuse encore de nous donner le noms des autres traîtres, qui pullulent dans notre ville. Elle ne nous laisse donc pas le choix. Nous la ferons parler, de gré ou de force.

D’un geste brusque, il déchira une partie de la brassière de la prisonnière, laissant apercevoir sa poitrine et la griffant au passage. Son cri de détresse résonna en échos avec des cris de surprises et de protestations dans l’assistance. L’homme au masque rouge grimaça de colère et se tourna vers les autres conjurateurs.

- Que tous ceux qui sentent leur courage s’évanouir face à cette épreuve nécessaire quitte la salle. Nous n’avons pas besoin de faiblesse d’âmes dans nos rangs. Rentrez chez vous, et morfondez-vous dans votre culpabilité ! Vous qui avez reculé quand le devoir vous appelait !


La foule s’agita, les murmures s’amplifièrent pour créer un brouhaha généralisé. Après quelques minutes, les premiers hésitants commencèrent à se lever et à remonter les escaliers, suivis d’autres, sous la huée de ceux qui restaient. Quand le calme revint, le public était plus parsemé. Le chef de cérémonie sourit d’un air entendu et sardonique.

- Très bien, où en étions-nous… Ah oui. Qui veut procéder le premier au sacrifice de sa personne, pour faire parler cette chienne ?


Un des spectateurs se leva, et s’approcha de Fanny avec lenteur. La jeune femme poussa un nouveau cri étranglé, essaya de se débattre, mais ses gardes l’agrippèrent avec encore plus de force, lui faisant hoqueter de douleurs. Elle tourna son visage vers l’homme qui s’avançait, articulant une supplique… Quand des bruits retentirent à l’étage, faisant s’arrêter net les hommes masqués. Aussitôt, un homme dégringola les escaliers qui menaient à la cave, il se redressa, son masque brisé dévoila une partie de son visage, et s’époumona.

- ALERT- !

Mais son cri s’éteignit, alors qu’un carreau d’arbalète vint s’exploser contre son crâne. Des soldats descendirent alors l’escalier en courant, leurs armures rutilantes tintant à chacun de leur mouvement.

- Halte ! Mains sur la tête, genoux à terre ! Que personne ne bouge !

Réalisant ce qu’il se passait, les hommes masquées poussèrent des cris de surprises. Certains tentèrent de s’enfuir, ou de lutter en sortant des coutelas de leurs manteaux, mais ils ne tenaient pas le comparaison devant des soldats entraînés et préparés. Les plus récalcitrants et hargneux furent passé au fil de l’épée, pendant que d’autres étaient plaqués au sol. Les conspirateurs les plus sages avaient aussitôt obtempéré, les mains sur leurs nuques, se laissant tomber au sol, pendant que les soldats les démasquaient un à un, les relevaient sans ménagement et les mettaient en rang d’oignons, faces contre le mur. Des cris d’agonie, du sang giclant sur le mur.

Dans le chaos ambiant, les tortionnaires de Fanny l’avait relâchés, trop pressés de fuir par la porte dérobée. Elle aurait voulu fuir, elle aussi, mais ses jambes ne lui obéissaient plus. Elle regarda les soldats massacrés les conjurateurs, les yeux écarquillés, son esprit hésitant entre une satisfaction cruelle et l’horreur. Elle se laissa glisser dans un coin de la pièce, priant tous les dieux de la sortir de ce cauchemar. Autour d’elle, l’ombre sembla soudain se faire plus opaque et se mettre à onduler doucement. Fanny regarda l’obscurité mouvante, interloquée, puis l’espoir fit étinceler ses yeux. Lorsque l’ombre s’éleva et l’entoura comme un voile, elle soupira de soulagement en fermant les yeux, avant de disparaître dans l’obscurité.

...............................................* * *...............................................

Un quart d’heure plus tard, les soldats sortaient déjà de la maison, escortant les conjurés ligotés jusqu’à une charrette. Une seconde avait été mise à disposition des soldats pour entasser les corps de ceux qui avaient choisi la lutte à la vie. Un des soldats s’écarta de la masse, et après un court échange avec un autre, il s’éloigna en jetant au sol son casque, libérant une chevelure blonde et légèrement grisonnante. Il observa un moment le ciel nocturne, tenta de nettoyer son épée rouge de sang, mais lâcha un juron quand il se rendit compte que le sang avait commencé à marquer le fer. Ecoeuré, il remit son arme dans son fourreau, où le sang continuerait de ronger cette splendide lame. C’est de très mauvaise humeur qu’il s’enfonça dans les ruelles de Bourg-Galyfrey, enchaînant les détours et les nouvelles rues avant d’arriver à ce qui semblaient être sa destination.

Il s’agissait d’une petite cour intérieur, connue des habitants du quartier pour sa magnifique fontaine, d’où jaillissait quotidiennement une eau claire et pure. À cette heure de la nuit, le lieu était désert… à l’exception de deux silhouettes, assises sur son rebord. La première était la silhouette d’un homme, grand et mince, portant un vêtement qui ressemblait à celui des hommes masquées. Mais lorsqu’on se rapprochait, on pouvait noter qu’il s’agissait d’une robe noire, et non d’un manteau, bien qu’elle soit également dotée d’une capuche, rabattu sur le dos de l’homme, laissant voir ses cheveux noirs de jais. De plus, des broderies rouges sombres et bleus profonds venait s'entrelacer et décorer l’extrémité des longues manches, du bas de la robe et de la capuche. Malgré sa jeunesse, l'homme dégageait une aura qui imposait un certain respect. À ces côtés, Fanny portait sur les épaules une robe de même facture, et dévorait avec avidité un morceau de pain d’une main, et buvait goulument à la carafe que lui tendait parfois l’homme. Sa main libre sur son épaule, il semblait lui chuchoter des mots rassurants.

Ce fût Fanny qui aperçut la première le soldat qui se dirigeait d’un pas sûr dans leur direction. Elle poussa un cri étranglé, et voulut se lever. Dans son brusque mouvement, elle renversa la carafe qui s’éclata au sol dans un bruit sourd. Aussitôt, l’homme à la robe noire redressa la tête, puis lui attrapa la main et s’exclama d’une voix étouffée :

- Attends ! Ne t’inquiète pas. Tout va bien.

Fanny le regarda, incrédule et interloquée, l’armure de l’inconnu lui renvoyant la scène de massacre auquel elle avait assisté il y avait à peine quelques minutes. L’homme en noir la força à se rasseoir, se leva à son tour, et avança d’un pas vers le soldat, qui avait assisté à la scène d’une manière impassible. Ce dernier le salua d’un signe de tête.

- Haut prêtre Jarrel.

- Seigneur de Haute-cime, répondit l’homme à la robe en s’inclinant.

Après un étrange échange de regard, les deux hommes se serrèrent la main, avant que le prêtre ne reprenne la parole.

- Nous ne vous remercierons jamais assez pour ce que vous avez fait pour nous ce soir, sir.

Ghislain de Haute-cime haussa les épaules.

- Vous avez fait bien plus que nous. Après tout, c’est vous qui nous avez donné ses informations sur un plateau d’argent. Nous n’avions plus qu’à les cueillir.

- Peut-être. Mais vous avez accepté d’intervenir. Si c'était nous qui l'avions fait…

Le prêtre laisse sa voix en suspens avant de murmurer.

- Disons que les choses seraient devenues bien plus compliquées…

- Et comment, répondit froidement le régent des Galyfreya. Je me serais retrouver à devoir gérer un procès pour nécromancie, en plus de meurtre prémédité. Cela aurait été compliqué pas mal de chose pour vous, en effet.

Le haut prêtre serra la mâchoire, l’air pincé et furieux, ravalant une réplique à la dernière minute, et un silence glacé s’installa. Fanny commençait à remettre les pièces du puzzle en ordre, et à comprendre ce qu’il s’était passé, mais aussi à qui ils s’adressaient. Elle releva la tête, et demanda, la voix encore tremblante.

- Sir… Pourquoi… Pourquoi nous avoir aider ?

Jarrel parut se retenir pour ne pas rabrouer la jeune femme, alors que Ghislain leva un sourcil, avant d'éclater de rire, consterné.

- Allons bon ! Vous auriez peut-être préféré que je vous laisse aux mains de nos amis masquées ?

- Non ! Bien sûr que non ! Je… s’écria la jeune femme.

- Je ne l’ai pas fait par gaîté de cœur ni par noblesse d’âme, le coupa-t-il. Voilà des années que je m’écharpe à décider ce que j’allais faire de vous et de vos collègues. Vous n’avez plus le droit d’être là. J’en ai discuté avec la lignée des Galyfreya, mais elle semble plutôt pour une exception au nom de l’Histoire et de la tradition. Je suis bien plus pragmatique. Si je devait courir après tous les disciples de Thempkar, châtier tous ceux qui ont un autel personnel caché entre les lattes de leurs parquets, corriger tout ceux qui mentent et prétendent vouer un culte à Borhor pour ne pas finir au pilori… Alors j’enverrais sans doute un bon tiers de Bourg-Galyfrey au bûcher.

Ses interlocuteurs avaient le visage tendu. Ghislain se retourna vers le haut prêtre, toujours droit et fier en face de lui, malgré les menaces à peine voilées du chevalier, et planta son regard dans le sien.

- Mais, croyez-le ou non, je ne peux pas me le permettre. Et pour le moment, je n’ai pas eu à me plaindre de vous. Vous pratiquez votre secte à l’abri des regards, tout en continuant à réguler les marche-morts de la région. Et contrairement à d’autres, vous ne pratiquez pas l’enlèvement, la séquestration, ni la torture contre ceux qui ne pensent pas comme vous... Vous pouvez bien prier qui vous chantent, tant que vous ne venez pas troubler l’ordre publique, et que vous allez régulièrement faire des petites courbettes au temple d’Adonysia, pour la forme.

- Vous ne savez rien de nous, sir.

- Fanny !

Le ton du haut prêtre était sans appel. Il se retourna vers elle, l’aire à la fois menaçant et suppliant. La jeune femme se recroquevilla, alors que le seigneur de Haute-Cime prit un air agacé.

- J’en sais suffisamment. Cette nuit, j’ai eu la preuve que contrairement à ce que certains prétendent, le culte de Thempkar ne va pas toujours de paire avec la nécromancie, qui est expressément interdite dans mon territoire. Ni avec la magie noire, d’ailleurs, sinon vous vous seriez sorti de ce pétrin sans grandes difficultés... Et sans l'aide d'un prêtre de Thempkar. Pour les questions plus… politiques… Laissez donc vos supérieurs gérer le problème, et ne venez pas vous mettre à dos peut-être le seul allié qu’il vous reste aujourd’hui.

Fanny hocha vivement la tête, le regard effrayé, alors que le haut prêtre se retourna lentement vers le dirigeant, le souffle court, le visage tendu, attendant qu’il continue.

- J’en sais suffisamment., oui. J’ai mes propre informateurs. Je sais aussi que vous n’êtes plus en contact avec le Sanctuaire depuis longtemps. Que vous ne vous revendiquez plus comme « Annexe du Sanctuaire en Rokdor » et que vous ne portez plus leurs robes. Je sais que vous n’êtes pas intervenus lors de la guerre pour les Marécages. Je sais que, pour la grande majorité, vous êtes nés dans cette ville, que vous l’aimez et que vous n’avez jamais foutu les pieds au Temple des Ombres. Tant que vous gardez bien à l’esprit que vous êtes des sujets du clan Galyfreya, alors vous serez traité comme tel, c’est aussi simple que cela. Dans votre cas, une loyauté absolue et irréprochable vous est cependant demandée, fautes de quoi… Je devrais prendre des mesures.

Les menaces du dirigeant des Galyfreya n’eurent pas l’effet auquel il s’attendait. Le haut prêtre avait écarquillé légèrement les yeux de surprise devant la tirade, mais s’était efforcé à conserver un visage impassible et calme. Pourtant, Ghislain croyait pouvoir deviner de l’amusement dans son regard… Ou plutôt… du soulagement ? Le dirigeant secoua la tête.

- Bref.

Il se tourna vers la jeune femme, avec une voix un peu plus douce.

- Je suis tout de même satisfait de voir que nous sommes arrivés à temps. Je vous déconseille cependant de rentrer chez vous… Votre père faisait parti des conjurés. Je m’assurerais que les avis de recherche qui pourraient passer vous concernant ne mènent nulle part. Je vous laisse entre les mains du haut prêtre pour la suite.

Fanny eut la sensation qu’on venait de la poignarder en plein cœur, achevant totalement la force de volonté qui lui restait encore. Elle poussa un long gémissement et se prit la tête dans les mains, alors que le masque de Jarrel sembla se briser pour laisser place à de la stupeur. Il se précipita vers elle pour la prendre dans ses bras, oubliant son interlocuteur. Ghislain regarda le couple, surpris, mais ne fit pas de commentaire.

- Sur ce, je vais devoir vous laisser. Une partie de cette vermine a réussi à s’enfuir, et je préfère limiter la contagion…

Alors que le chevalier s’apprêtait à partir, il fit soudain volt face.

- Oh, et avant que j’oublie… Haut prêtre Jarrel !


Le haut prêtre releva la tête, toujours entrelaçant de ses bras le corps de Fanny, secoué de sanglots, qui s’accrochait désespérément à sa robe.

- Apprenez à frapper - au porte, au fenêtre, que sais-je ! Mais la prochaine ombre suspecte qui se pointe dans mon bureau sans y être conviée, je la transperce d’un carreau d’arbalète. Me suis-je bien fait comprendre ?


Jarrel hocha la tête avec un léger rictus sur les lèvres. Sa voix semblait soudain légèrement enrouée.

- Je n’y manquerais pas… Je vous remercie… mon seigneur.

Le chevalier fixe le haut prêtre avec surprise, puis méfiance. Puis un sourire entendu et légèrement ironique se dessina sur ses lèvres devant le regard redevenu impassible du prêtre. Il hocha la tête, et disparut dans la nuit. Dès qu’ils furent seuls, Jarrel embrassa doucement Fanny sur le front et elle le lui rendit sur les lèvres, avec la force de la peine et du désespoir. Il resta là, à l’enlacer et à lui murmurer toutes les paroles rassurantes qui lui venait à l’esprit pendant plusieurs heures, avant de quitter à leur tour les lieux.
Dernière édition par Clan Galyfreya le Mer 25 Mar 2020 17:51, édité 1 fois.
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Messagepar Altéria » Mer 25 Mar 2020 17:14

.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L'éveil

.

Prologue

Emélia s’amusait à lancer des cailloux sur le ruisseau, tentant tant bien que mal de faire des ricochets. Au bout de ce qui lui semblait être une éternité, la jeune fille de 15 ans soupira et se laissa tomber dans l’herbe. Bon sang, qu’est-ce qu’il fichait, Noron… ça faisait des années qu’ils jouaient, travaillaient, traînaient ensembles… et c’est ici qu’ils étaient censés se retrouver tous les soirs pour s’amuser…

Après de longues minutes à observer le ciel, elle se dit qu’il était peut-être temps de rentrer. Elle se releva et traîna le pas à mesure qu’elle se rapprochait de la chaumière, lorsqu’elle vit la silhouette d’un garçon assoupi au pied d’un arbre, à l’orée de la forêt qui bordait le village.


« Noron ! »

Elle fit de quelques pas dans sa direction, puis se ravisa en arborant un sourire mesquin. Elle s’approcha doucement de la forêt passa derrière les arbres, et s’avança pas à pas de l’emplacement de Noron. Après de longues minutes à écraser les branches de manière discrète, elle se glissa avec précaution juste derrière l’arbre où se trouvait le garçon. Etouffant un rire en imaginant la réaction de Noron, elle inspira, sortit de son couvert et cria le plus fort possible.

« BOUH ! »

Emélia éclata de rire, mais s’arrêta presqu’aussitôt, devant l’absence de réaction de son ami. Elle fit la moue, puis la déception passée, elle s’approcha. Elle écarquilla les yeux, et hurla.

Cette fois-ci, le cri retentit bien plus loin, empli d’une indicible terreur et d’un profond désespoir.


. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . *** Le village ***

Daguild et ses deux compagnons avançaient sur le chemin, en direction d’un village près des marais. Cela faisait déjà plusieurs jours qu’on les avait embauchés, le seigneur local leur avait offert une petite fortune pour s’occuper d’une chasse au monstre. Des envoyés de Nystra, paraît-il… Daguild se racla la gorge et cracha par terre. Bah… les vampires, c’était comme les nymphes. Des chimères qui prenaient corps dans la tête des crédules. Il avait chassé toute sa vie, et ce genre d’histoire, il savait comment ça finissait.

Probablement quelques marches-morts qui traînaient dans les parages, il suffirait de ramener quelques têtes, de rassurer les villageois, et d’aller chercher le reste de l’or. Et si ça ne suffisait pas à rassurer les villageois… eh bien ils brûleraient une carcasse d’animal, en récupéreraient les cendres, et raconteraient une jolie histoire que tout le monde goberait sans sourciller.

Après ça, il mettrait peut-être fin à sa carrière… la cinquantaine, ça commençait à lui peser. Ou peut-être que non, il ne savait faire que ça de toute manière. Daguild était assez vieux, et son physique semblait ne pas savoir s’il devait le détromper : ses cheveux et sa barbe, avant d’un brun presque noir, étaient désormais gris, et tiraient même sur le blanc. Ses articulations craquaient, son dos le faisait souffrir, et pourtant ses muscles étaient toujours saillants, habitués à une vie d’efforts, de combat et de voyages.

Il tourna la tête vers ses deux « compagnons d’armes ». Le premier, un homme, cachait en permanence son visage sous un masque blanc. C’était un nomade, qui avait dû vivre des années à l’est, dans le grand désert. Mais au son de sa voix, et à l’apparence de ses mains, il était jeune. Doué à l’épée, certes, il en convenait. Et il croyait dur comme fer à l’existence des démons qu’ils pourchassaient. Un jeune sot, en somme… mais il avait insisté pour faire partie de l’expédition, et ce n’était pas Daguild qui avait tranché.

La seconde personne était une femme, assez jeune elle aussi. Minéa, c’était son nom, faisait partie de la garde du seigneur qui les employait. Il la savait bonne combattante mais, pour lui, c’était encore une bleue qui n’avait pas assez d’expérience… mais elle était surtout là pour s’assurer que le travail soit bien fait, et être certain que l’or qui avait servi à les embaucher serait rentabilisé.


« On rêvasse vieil homme ? » lança Ti’Seral.

« Oh toi, le prêtre de Ramashmika… »

« Ramamishka. »

« Ouais, ouais, c’est ce que je disais, tu ferais mieux de… de… »

« De ? »

« Shhh… laisse, tu vois bien que grand père réfléchit… » compléta Minéa en riant.

« Oh ça va, hein ! »

Daguild grommela et se détourna d’eux, se concentrant sur la route de terre battue et murmurant pour lui-même.

« Et arrête de m’appeler grand père, nom de nom… j’suis quand même pas si vieux... »

Le groupe parcourut encore quelques lieues avant d’atteindre le village en question. Daguild fut frappé par l’aspect du village et de ses habitants. La plupart étaient calfeutrés chez eux, les fenêtres étaient condamnées, et de nombreux miliciens de fortune à l’air éreinté gardaient les entrées, armés de fourches, de haches et de tout ustensiles coupant ou contendant qu’ils avaient à leur disposition. Mais ce qui le dérangeait le plus, c’était cette lueur d’espoir dans leurs yeux, qui tranchaient avec terreur qu’il pouvait lire sur leur visage.

« Tsss… »

Daguild mit pied à terre, bientôt imité par ses comparses, et fut presque directement approché par un groupe de miliciens, menés par celui qui semblait être le chef du village, un vieillard aux traits tirés, qui prit la parole d’une voix chevrotante.

« Vous êtes les envoyés du seigneur ? Je savais qu’il ne nous laisserait pas tomber ! Venez, suivez-moi ! Vous devez voir pour comprendre ce à quoi nous sommes confrontés. »

Les trois mercenaires suivirent le chef, dévisagés par les villageois qui étaient sortis par curiosité.

Ils arrivèrent devant plusieurs linceuls, posés à même le sol. Daguild s’approcha et souleva l’un des tissus. La vision lui arracha une grimace. Le visage du garçon décédé était figé dans une expression de tristesse et de peur. Daguild réprima un frisson et regarda les marques de crocs sur le cou de la victime. La carrotide avait été sectionnée. A la pâleur extrême du garçon, il devinait qu’il s’était entièrement vidé de son sang.


« Vous voyez ? Un vampire ! C’est forcément l’œuvre d’un vampire ! »

Daguild grimaça à nouveau sans y croire une seconde, et remit le linceul en place.

« Certes… un vampire. »

« Il vient de la forêt ! Avant il n’y avait que les voyageurs… mais maintenant, il s’est mis à attaquer le village ! Tout ceux qui se sont trop éloignés ont été retrouvés comme ça… »

Minéa cacha habilement le mépris qu’elle éprouvait pour le doyen du village. Si des voyageurs avaient déjà disparus, alors le seigneur aurait dû en être averti bien plus tôt.
Daguild se contenta d’hocher la tête. Comme toujours, il savait que détromper celui qu’il prenait pour un crédule manant n’était pas une bonne idée. Bah… pour lui ce n’était pas un Marche Mort, le corps aurait été déchiré de toute part. Daguild penchait plutôt pour un homme au cœur de monstre… il savait que certains faisaient ça pour le plaisir, celui là cherchait peut-être simplement à masquer ses traces sous un prétexte mystique…


« Rentrez chez-vous et soyez sans crainte, nous nous occuperons de… cette chose, quelle qu’elle soit. »

Le chef du village se perdit en remerciements et en prières que Daguild ignora. Ils remontèrent à cheval, et les lancèrent au pas en direction de la forêt. Daguild se retourna, observant une dernière fois le village, qui semblait si paisible en apparence…


. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . *** La forêt ***

Cela faisait plus d’une heure qu’ils s’étaient engagés entre les frondaisons, sans vraiment savoir où chercher. A défaut, ils avaient décidé d’aller droit vers le nord, s’enfonçant toujours plus intensément en direction du cœur de la forêt.

Le groupe sinuait entre les arbres à l’aspect sinistre des soirs d’automnes. La nuit commençait à tomber, les températures se mirent à chuter, et le brouillard à se lever. Ils n’allaient bientôt plus pouvoir se repérer pour continuer à avancer. Daguild commençait à regretter de n’être pas rester au village pour la nuit, enfin… il préférait encore dormir à la belle étoile que d’entendre les lamentations des villageois.

Ils s’arrêtèrent donc pour la nuit, Ti’Seral et Minéa récupérèrent un peu de bois sec et s’occupèrent de décharger les affaires pendant que Daguild s’évertuait à allumer un feu. Il sortit ensuite quelques tranches de viande séchée, qu’il commença à faire griller. Ainsi assis autour du feu, ils commencèrent à échanger quelques paroles pour tuer le temps.


« Alors… c’est quoi exactement Ramashika ? »

« RA-MA-MISH-KA » répondit Ti’Seral, visiblement irrité.

« Ouais, c’est ce que je disais… et ça consiste en quoi ? »

« Les prêtres de Ramamishka vénèrent le soleil. »

« Je vois… donc tu vénères le soleil ? »

« Question stupide. »

Daguild se demandait s’il se fichait de lui, où s’il était juste imperméable à toute sociabilité. Il grommela pour lui-même et n’insista pas devant les réponses exaspérantes de son compagnon. Ti’Seral prit un bout de viande, et le fit disparaître derrière son masque blanc, le soulevant légèrement.

« Ça doit pas être pratique de manger avec un masque, tu as peur qu’on voit ton visage ? Allez, fais plaisir à une jeune femme… si ça se trouve, tu pourrais bien être à mon goût… »

Ti’Seral resta sans répondre, ses yeux fixés sur les flammes dansantes du feu de camp. Minéa fit un sourire moqueur, tout en faisant tourner son morceau de viande au-dessus du feu.

« Même pas un peu d’humour, hein ? »

« Hmph. Je ne suis pas intéressée, tu es trop vieille. »

« Quoi !? J’ai même pas 30 ans, répète un peu pour voir !? »

On entendit le rire de Ti'Seral derrière son masque.

« Tu vois ? Je ne suis pas la seule personne sans humour. »

Alors que ses deux équipiers se chamaillaient, Daguild remarqua les mouvements nerveux de leurs chevaux, pourtant habitués à la guerre et, par instinct, porta la main à son épée. Ti’Seral et Minéa arrêtèrent immédiatement de se battre en percevant le geste de Daguild, remarquèrent à leur tour que quelque chose n’allait pas, et portèrent eux aussi leurs mains sur la garde de leurs épées.

Un craquement retentit, celui d’une branche brisée. Minéa et Ti’Seral dégainèrent leurs épées, une ombre passa, les craquements continuèrent, cherchant, furetant autour du camp. Puis aussi vite qu’ils s’étaient rapprochés, ils s’éloignèrent jusqu’à disparaître.
Ti’Seral commença à s’élancer pour poursuivre la chose qui rôdait, mais une main l’attrapa fermement par l’épaule en le retenant.

« Tu comptes jouer son jeu gamin ? »

La tension emplit l’air alors que Ti’Seral restait sans rien dire, jaugeant le vieil homme qui osait lui faire la leçon. Il se dégagea et reprit sa course.

« Restez là si vous le souhaitez, bande de pleutres ! »

Daguild marmonna dans sa barbe, maudissant intérieurement le nomade. Il prit en précipitation un morceau de bois qu’ils avaient gardé en réserve pour nourrir le feu, l’enroula de tissu et en imbiba rapidement l’extrémité d’alcool en grimaçant devant le gâchis. Il la plongea dans le feu et, suivi par Minéa, se rua à son tour dans la direction qu’avait pris Ti’Séral. Ils ne mirent pas longtemps à le retrouver, immobile à scruter les ombres.

« Il est là, c’est certain… » marmonna le nomade.

« On arrivera à rien, retournons au camp, on continuera demain ! Et tu as intérêt à accepter ou je te ramène de for…»

Daguild fut interrompu et les trois compagnons se retournèrent en entendant les hennissements de terreur derrière eux.

. . . Image

Restant un moment sans réagir, le vieil homme écarquilla les yeux en comprenant.

« Les chevaux ! »

Daguild dégaina son épée en se ruant vers le camp qu’il venait de quitter. Lorsqu’il arriva au camp, il trouva l’une des trois montures gisant à terre, et la deuxième attachée elle aussi et incapable de s’enfuir, qui se faisait dévorer vivante par un Marche mort.

Lorsqu’il le vit, le cadavre vivant se courut dans sa direction, et sauta par-dessus les flammes pour se jeter sur lui. Daguild lâcha sa torche, dégaina, et frappa de toutes ses forces avec un coup circulaire qui coupa le corps en deux. Dans un jet d’entrailles, le haut du mort vivant atterrit sur lui, le projetant au sol. Le cadavre animé continua à se débattre et enfonça ses dents au niveau de sa clavicule. Criant de douleur, le mercenaire prit la lame de son épée à deux mains, et la remonta, forçant malgré la douleur, et sectionna la mâchoire du Marche mort. Se relevant d’un coup, libéré de l’emprise, il prit le reste de cadavre par le cou et le jeta dans les flammes. Il se recula, la respiration hachée, et réussit à se calmer après quelques minutes. Il jeta un œil à sa blessure en grimaçant. La blessure n’était pas trop profonde, elle pouvait attendre. Pour le reste… il s’approcha de la monture agonisante, qui gisait à côté du dernier cheval en vie, et l’acheva pour mettre fin à ses souffrances.

Il regarda le reste de Marche mort qui gesticulait encore un peu sous les flammes. Puis il regarda vers l’ombre de la forêt.


« Ils ne sont pas revenus au camp… »

Le vieil homme ramassa sa torche et se rendit à l’endroit où il s’était séparé de ses compagnons. En s’approchant des lieux, il ralentit la marche, s’arrêta… puis se précipita vers le corps de Minéa, qui gisait sur le sol. Deux autres Marches morts étaient en morceaux aux alentours… mais quelque chose n’allait pas. S’il y avait eu un autre Marche mort alors elle aurait été dévorée… donc ils avaient dû gagner cette bataille. Et où était Ti’Seral !? Ce fichu nomade…

Daguild observa alors le corps de Minéa à la recherche d’une blessure. Il la trouva dans son dos. Elle avait été poignardée… ce n’était quand même pas… l’homme s’arrêta de penser lorsqu’il entendit la jeune femme pousser un gémissement. Elle était encore en vie ! Il la passa un des bras de la jeune fille autour de ses épaules, et la souleva, la traînant à moitié jusqu’au camp, conscient qu’elle allait perdre plus de sang. Quant à Ti’Seral… il n’avait pas le choix, il s’occuperait de son cas plus tard.

Arrivé au camp, il l’allongea sur une couverture, et se laissa tomber à quatre pattes, exténué par l’effort. La blessure se situait au niveau du flanc, et semblait ne pas avoir touché d’organe vital. Le temps pressait… elle avait perdu beaucoup de sang. Il se releva, et plongea sa lame dans le feu, observant dans le même temps que le cadavre n’était plus qu’un amas de chair carbonisé. Après des minutes qui lui semblèrent une éternité, il retira la lame rougeoyante et l’appliqua sur la blessure. La jeune fille ouvrit les yeux en hurlant, et retomba dans l’inconscience. Daguild grinça des dents. Il prit un morceau de tissu qu’il imbiba d’alcool, et entoura le torse de la jeune fille plusieurs fois.
Elle était hors de danger. Il regarda la garde et la forêt tour à tour, puis jugea qu’elle ne risquait plus rien pour l’instant. Il était temps de retrouver Ti’Seral…



. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . *** L’antre ***

Daguild avait marché plusieurs dizaines de minutes, pistant le chemin qu’avait prit Ti’Seral. Les traces que le nomade avait laissé derrière lui le conduisirent à un petit fossé, au pied d’un talus. Il s’approcha, et aperçut une plaque d’acier dans le sol, partiellement camouflée par des branchages qui avaient l’air d’avoir été repoussés par des passages récents.

Il écarta les feuillages, et tira la plaque, qu’il fit glisser avec peine sur le côté. Il regarda l’escalier qui descendait dans la pénombre. Il oscilla de gauche à droite, pris d’un mauvais pressentiment. Peut-être qu’il pouvait tout simplement faire demi-tour ? Il hésita un long moment, puis grommela en rengainant son épée. Il sortit une dague et avança, torche en avant, avant de s’enfoncer dans le passage exigu…

Etrangement, le passage s’ouvrit sur une sorte de grand hall, porté par de nombreux piliers de pierre. Les murs étaient ornés d’armoiries qu’il ne connaissait pas, d’armures intimidantes, de râteliers d’armes et de boucliers à pointes. Si le lieu n’était pas si étrange, il se serait cru dans le donjon d’un seigneur. Il rengaina sa dague, lui préférant l’épée puis… il se figea. Deux personnes l’observaient calmement, l’une assise sur son trône, l’autre debout à ses côtés. Il n’avait jusqu’alors pas perçu leur présence, le fond du hall n’étant que faiblement éclairé par sa torche.

Voyant qu’il avait remarqué leur présence, la personne jusque là assise se leva, et s’avança de quelques pas vers lui, sortant de la pénombre.

Daguild écarquilla les yeux, et se mit à bégayer.


« Im… impossible… c’est impossible… »

La vision de la créature à la peau pâle et bleutée, aux oreilles légèrement pointues, et aux yeux jaunes étincelant lui arracha un frisson. A en juger à son apparence, il s’agissait d’un mâle, si tant est que cette espèce avait un genre, et les parties visibles de son corps étaient parcourues de tatouages et de symboles inconnus. Il lâcha sa torche au sol et raffermit sa prise à s’en faire blanchir les phalanges sur le manche de son épée, son dernier rempart contre la folie. Puis il reconnut la personne qui l’accompagnait.

« Ti’Seral ? »

Le nomade ne répondit pas, mais le vampire parla à sa place.

« Tu ne me salue pas ? Moi qui me faisais un plaisir d’avoir un invité dans ma demeure… je suis déçu, à ce rythme tu vas finir comme les trois derniers, c’est impoli de tirer quelqu’un de son sommeil… »

Daguild mit un moment à comprendre. Il parlait des Marches mort qui les avaient attaqués ? Mais plus important, il se demanda pourquoi le nomade l’avait rejoint.


« Qu’as-tu fait à Ti’Seral, démon ? »

Le vampire feignit une fausse tristesse.

« Moi, un démon ? Tu me peines, vraiment… ton compagnon ? Ah, il me sert pour mon plus grand bien, un serviteur n’est il pas heureux quand son maître l’est aussi ? Je vais être magnanime avec toi, que dirais tu de me suivre à ton tour ? Un nouveau maître, une nouvelle vie… »

Daguild se mit à hésiter. Une nouvelle vie… oui, ce ne serait pas si m… quoi ? Non ! Il sentait que son esprit était embrumé par quelque chose. Il résista par la force de sa volonté, dissipant peu à peu la magie qui était à l’œuvre. Il n’avait pas passé une vie de mercenaire pour finir comme un rat, à devenir la marionnette de la créature qu’il traquait. Était-ce ce sortilège qui était à l’œuvre sur Ti’Seral ?

Le vampire retroussa sa lèvre supérieure, visiblement frustré d’avoir échoué à prendre le contrôle d’une deuxième victime.


« Tue-le. »

Le nomade dégaina son épée et se rua sur le vieil homme. Daguild esquiva le premier coup en se jetant sur le côté.

« Ti’Seral, reprend tes esprits ! »

Le nomade enchaîna les attaques, insensible aux paroles que prononçait le mercenaire. Daguild dut se rendre à l’évidence, s’il ne pouvait le ramener à la raison, alors au moins pouvait-il l’empêcher de nuire, quitte à le blesser. Ayant plus d’expérience au combat, il trouva une ouverture et sa lame fendit l’air. Il sentit la chair du nomade se déchirer au niveau de son épaule droite. Pensant avoir gagné, il relâcha sa garde, et le nomade contre attaqua sans broncher, lacérant sa jambe.

Daguild jura pour lui-même. Dans l’état où il se trouvait, son adversaire ne ressentait aucune douleur. Le vieil homme lâcha son épée, reculant en titubant vers un mur. Le nomade leva la sienne au-dessus de sa tête pour l’achever, et frappa. Avant que l’épée ne s’abatte, Daguild s’empara des avant-bras de Ti’Seral. Le nomade força pour se dégager, mais la poigne du mercenaire était trop importante pour qu’il puisse bouger.


« Avec plus d’expérience tu m’aurais dépassé… Désolé, gamin... »

Daguild fit pivoter son corps, et se propulsa en direction du mur. Les pointes ensanglantées d’un des boucliers qui ornaient les façades transpercèrent le torse de Ti’Seral de toute part. Daguild recula, le corps et le bouclier tombèrent au sol. Il eut à peine le temps de se retourner que des crocs se plantèrent dans sa gorge. Il essaya de se dégager de l’emprise du vampire qui le vidait de son sang, sans y parvenir. En désespoir de cause, il dégaina sa dague, et frappa.

Le vampire recula, hébété, palpant des mains la dague enfoncée dans sa tempe. Daguild se jeta sur son épée au sol, et lui fit fendre l’air avec tout ce qui lui restait de force. La lame sectionna la tête du vampire, qui s’effondra au sol, défait. Daguild laissa tomber son épée à bout de force. Il traîna sa jambe derrière lui en maintenant ses mains sur son cou. Il se dirigea vers la sortie, mais tomba à genoux, aux portes de la mort.

Ah… c’est comme ça qu’il allait finir ? Bah… il avait… au moins le mérite… d’avoir vaincu… un monstre.

Les mains du vieil homme retombèrent le long de son corps, et il bascula sur le côté.



. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . *** Un choix difficile ***

Lorsque Minéa se réveilla, elle se releva à moitié, luttant contre la douleur qui pulsait au niveau de son flanc. Elle se leva avec peine regardant autour d’elle. La nuit était bien avancée. Tout se dont elle se souvenait, c’est qu’au moment où Daguild était parti, deux Marches Mort les avaient attaqués. Ils avaient pu en venir à bout, et s’évertuaient à les découper en morceaux pour les empêcher de nuire, lorsqu’elle l’avait vu. Une créature majestueuse, à l’aura puissante… et meurtrière. Elle l’avait vu sourire, s’amuser, comme si leurs corps n’étaient que de simples jouets. Elle n’avait pas eu le temps de combattre. Elle avait senti une douleur sourde, et elle s’était sentie partir. Elle avait été laissée pour morte.

« Il faut prévenir le seigneur… »

Si ses compagnons d’arme n’étaient pas revenus, alors c’est que leur sort était scellé. Elle marcha jusqu’au cheval, défit les lanières, et se hissa du mieux qu’elle le pouvait sur la monture.

La vision partiellement floutée, fiévreuse, elle serrait les dents à chaque mouvement du cheval. Elle arriva bientôt à l’orée de la forêt, et arrêta sa monture devant le spectacle qui s’offrait à elle. Le village tout entier était en feu, Minéa se couvrit la bouche et le nez avec l’une de ses mains, saisie par l’odeur de la fumée et du sang, saisie par l’odeur de la mort.

Maintenant, elle savait. Les cadavres qui étaient là à leur arrivée, ils auraient dû les brûler. Mais si elle ne l’avait pas vu de ses propres yeux, elle n'aurait jamais pensé que les vampires existaient autre part que dans les contes et les rumeurs.


« Il faut prévenir le seigneur… »

Alors que les cris d’appel à l’aide, de souffrance et d’agonie s’élevaient au loin, elle lança son cheval au galop, ignorant la douleur de sa blessure, se gardant d’aller au village. Peut-être était-ce par lâcheté. Peut-être était-ce simplement son instinct de survie qui lui criait de fuir. Ou peut-être était-ce le devoir envers son seigneur qui lui intimait l’ordre de le prévenir. Si le mal se propageait aux villages alentours, il deviendrait bientôt impossible de l’empêcher de se répandre. Quoi qu’il en soit, ce jour-là, cette décision lui sauva probablement la vie.

Lorsque les premiers rayons du soleil daignèrent se montrer, Minéa était déjà loin sur la route. L’aube pointait, majestueuse, faisant miroiter les larmes qui perlaient aux yeux de la jeune femme. Les cris qui raisonnaient dans sa tête, eux, ne disparaîtraient jamais.


Epilogue

La torche crépitait encore sur le sol. Quelques dernières flammes faisaient danser les ombres sur les murs, illuminant les corps sans vie d’un nomade, d’un vieil homme et d’un vampire. Un courant d’air s’engouffra de l’extérieur, finissant d’éteindre la torche. Dans le noir ambiant, un ancien mercenaire ouvrit des yeux brillants. Un nouveau seigneur de la nuit était né.


Fin
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Re: Concours RP n°4

Messagepar Yazgart » Jeu 26 Mar 2020 18:05

La malédiction des non aimés...

« Béni soit le Grand Thempkar qui dans son infinie bonté pose son tendre regard vers nous pauvres êtres n'attendant que sa bénédiction. »

Année 1955, la maison Yazgart sortie du sacro-saint Temple des Ombres, avec son armée personnelle ayant entendu des rumeurs qu'un terrible dragon semait le trouble dans les comtés d'Hedarion. Il était temps de partir en chasse.

Helena était là, à la tête de l'armée. A peine sortie qu'elle voyait déjà tout ces gens malades, se tourner vers les nécromanciens et exclamer leur bonheur à voir ces êtes supérieurs venir sauver leur pauvre existence.

Helena suivit de ses troupes partie en direction de Forgeloup. Que ça soit sur la route ou dans la ville, il y avait toujours ces êtres anormaux et heureux de l’être. Ne comprenaient-ils pas qu'ils étaient tous maudits ?

L'ordre de cesser la marche fût donné, il y avait déjà eu quelque jours de marche et les troupes devaient se reposer dans cette ville morne et puant la maladie. Forgeloup comme le reste de Hedarion était remplie de personnes souffrantes et malades. Tout cela à cause de cette... déesse, Adonysia, qui avait abattue sur Hedarion un charme que seul Thempkar et ses adorateurs pouvaient combattre.

Une jeune enfant, curieuse, souriante, pour certains adorable, avançait vers la troupe à l’arrêt, sûrement pour apprécier de plus prêt les somptueux êtres bénis qui venaient d'arriver en ville. Elle se faufila par son innocence et ses yeux d'un bleu profond vers Helena somptueusement vêtue de ses habits d'adorateur du magnifique Thempkar.

Helena vit cette chose répugnante et pleine de... Vie.... approcher d'elle, oui il était temps pour elle d’être soignée, il était temps que cette jeune atteinte, puisse être sauvée du charme d'Adonysia.

Mais il était trop tôt, et la procédure pour sauver cette pauvre enfant du mal qui la ronge, devait se faire ailleurs en petit comité.

Helena déglutie : « N'avances plus ! Qui est-tu ? »
La petite fille  : « Je me nomme, Ayli madame. »
H : « Et pourquoi, t'es tu autant approcher petite Ayli ? »
A : « Je sais pas, z'êtes jolie vous ressemblez à ma grand mère ! »
H : « Ohhhhh, mignonne petite chose, et où sont tes parents ? »
A ces mots le visage de la jeune enfant se referma, et devient plus triste, son sourire s’effaça, et ses yeux semblèrent faire de leur mieux pour empêcher que deux rivières de larmes se mettent à couler sur son adorable visage d'enfant : « Morts madame, emportés par la maladie, la peste a dit le docteur. »

A ces mots le visage d'Helena paru soulagé et elle se mit à penser.
« Thempkar, protège leurs âmes, eux qui t'ont rejoins, eux qui ont été libérés du charme d'Adonysia, la vil.»

Helena fit un geste de prière, et s'adressa à la jeune orpheline:
« Où vis tu alors petite Ayli ? »
« Dans la rue, Madame, dans la rue à la mort de mes parents, mon oncle m'a prise sous son aile mais il était violent et.... et.... » puis malgré tout son courage et abnégation la jeune Ayli craqua et se mit à pleurer.

Helena, regarda la petite: « Petite Ayli, veux tu quitter cette vie et venir avec nous ? Je te promet que tu ne souffriras plus jeune enfant, tu seras libérée de ta tristesse si tu nous suis. »
« Je peux vraiment madame ? »
« Oui bien sûr. Servant que quelqu'un s'occupe d'elle !»
Puis Helena regarda le servant prendre la jeune Ayli avec lui pour la rendre plus présentable.

Il était temps pour elle, malgré tout ces êtres puants la maladie qui sévit en Hedarion, de retourner à ses affaires, il lui fallait aller à l’hôtel de ville pour récupérer des informations sur ce dragon.

Ainsi passa le reste de la journée.

Le lendemain matin, Helena ainsi que la petite Ayli et les troupes se mirent en marche, le dragon avait été localisé prêt de la Citadelle de Rokdor.

Lors de courtes pauses, la petite Ayli courait, jouait, donnait un peu de distraction aux membres de l’armée. Mais tous le savait la mignonne petite Ayli était malade, victime de cette atrocité pestilentiel, la vie, qui n’hésite pas à faire souffrir de si purs êtres que sont les enfants, et qui n'épargne personne en Hedarion.

Mais bientôt, elle rejoindra Thempkar dans sa grande bénédiction, et Hedarion suivra son exemple un jour, car seul Thempkar peut tous nous sauver de la malédiction qu'est la vie, donnée par le souffle d'Adonysia. Ainsi nous serons tous des enfants bénis de Thempkar libérés de cette affliction rongeant nos destinés.

Le soir même après que le campement fut monté, les hommes dressèrent un autel dédié à Thempkar.
Puis ils se mirent chacun à leur tâche respective.

Lorsque la lune fut à son zénith, des prières entrelacées de psalmodies se firent entendre du camp.
Les nécromanciens était là en cercle, les runes grouillaient au sol, des silhouettes féminines encapuchonnées chantaient avec eux, la magie se faisait sentir, elle était lourde, pesante.
Une femme vêtue d'une splendide cape d'un bleu nuit aux coutures d'or, avança la jeune Ayli à ses cotés les yeux grand ouverts mais comme vidés de leur essence.

Helena regarda Ayli puis dit :« Allonges toi sur le sanctuaire jeune enfant, il est temps que je tienne parole, tu ne souffriras plus, tu sera libérée de ta tristesse, soit fière de recevoir la bénédiction de Thempkar et d’être soignée de ce fléau. Enlace l'immortalité, rejoins le gardien, tu ne seras plus une maudite, ni malade, tu sera bénie et merveilleuse et tu n'auras plus à souffrir des atrocités de ce monde! »

A ce moment, la femme à la cape aux coutures d'or retira sa capuche, fit voir son ravissant visage d'enfant de Nystra, et donna une dague finement ouvragée à Helena.

Ayli avança jusqu'à l'autel et s'allongea, son regard inexpressif et froid, de légères vagues d'or ondulaient dans ses yeux.

Helena se mit face à l'autel, puis commença à lancer un sort sur la dague, accompagnée du chant des nécromanciens et des vampires, un nuage noir dansa autour de la lame puis se fit absorber par l'arme.
Aussitôt la dague plongea dans le cœur d'Ayli, suivit d'un léger silence. Helena ferma les paupières de l'enfant, posa sa main sur son front et toujours à l'unisson, l'assemblée continua de psalmodier.

Le corps de la petite Ayli fut prit de convulsions. Ses veines subitement ressortirent comme si un corps étranger la parcourait de part en part avec comme épicentre la dague plantée dans son cœur.
Helena agrandi l'entaille, puis retira la dague avant d'y plonger ses mains, en retira le cœur de la jeune fille et le remplaça par une pierre dans laquelle semblait circuler un courant, les éléments étaient déchaînés, les couleurs changeaient alternativement, le chaos était présent dans cette pierre.
Les yeux d'Ayli s'ouvrirent, le bleu de ses yeux devint, rouge, noir pour finir jaune d'or. S'arrêtèrent alors ses convulsions.

« Toutes tes souffrances sont finies mon enfant, comme promis te voilà enfin guérie de la vie, et bienvenue dans la non-mort, toi qui maintenant est bénie de Thempkar. Ô toi Ayli la bénie tu rejoins la maison Yazgart et sera notre guide. »
Tous nos opposants doivent mourir.
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Fuir la mort

Messagepar Raevalia » Jeu 26 Mar 2020 22:00

Adler émergea de la lisère du bois au pas de course. La nuit régnait sur Hédarion, et Zhémélésis scintillait parmi les étoiles, pleinement visible. L’herboriste hâta le pas, car le temps s’écoulait à toute vitesse, malgré la fatigue le sommant de s’arrêter. La capuche de son manteau gris, trop grand pour lui, frappait son front à intervalles réguliers, masquant une chevelure châtaine bouclée. Des gants de cuir épais recouvraient ses poignets et ses mains qu’il gardait repliées contre sa poitrine, plaquant les herbes aux vertus médicinales contre son torse. Adler devait se dépêcher, la vie de son père était en jeu.

Il y a encore cinq mois, personne dans le continent n’aurait pu se douter de la tournure qu’avaient pris les événements. C’est plus de sept-mille décès dus à la maladie que l’on recensait désormais dans la région selon les chiffres donnés par le gouverneur de Celtia. Quelle était l’origine de ce fléau ? Comment savoir… La folle propagation du virus par le seul contact de la peau, voilà tout ce dont le bas-peuple était certain. Mais quelle étrangeté que cette épidémie. Tous les royaumes avaient un jour combattu des maladies se répandant à pareille vitesse. Cependant, celle-ci était spéciale, unique même. Comment se caractérisait-elle ? La perte de contrôle du corps. Les personnes malades s’étaient mises à… danser, tout simplement. Danser avec conviction, énergie, et sans relâche, durant des jours.

Les premiers jours, les autorités croyaient qu’il s’agissait d’une fête. Les musiciens pourtant sains s’installaient dans les places pour faire danser les habitants, pensant qu’ils désiraient simplement s’amuser. Néanmoins, c’est lorsqu’on regardait de plus près les danseurs que l’on pouvait apercevoir des larmes sur leurs joues, un regard désespéré appelant à l’aide. Les musiciens, exposés, furent rapidement touchés et se joignirent aux foules de danseurs. Alors on tenta de rassembler cette masse en mouvement perpétuel, de les entasser dans les grandes places dont les accès furent bloqués par la suite afin d’endiguer le phénomène. Pourtant, la meilleure volonté du monde ne pouvait contenir le virus, car les mesures manquaient cruellement de rigueur. La maladie se propagea, sans même que l’on puisse couper net à la chaîne de transmission. Les cités fermaient leurs portes pour épargner les villages alentours, en vain.

Les récoltes étaient interrompues, les boutiques avaient mis la clé sous la porte, la famine menaçait et plongeait le nord du continent dans la désolation. Toutefois, dans ce contexte morbide, dames, seigneurs, enfants, paysans, valets, commerçants et bourgeois ne cessaient leur danse, tourbillonnant inexorablement, éreintés, suant abondamment, dans l’attente que l’usure de leur corps ne les délivre.

Cela arriva au bout de deux jours, lorsqu’un vieil homme s’écroula, trempé de sueur. Il fut amené à la Tour des Temps perdus avec force précautions. Le rapport des érudits était sans appel : son cœur avait lâché, mais son cerveau était éteint depuis plus longtemps. Ne pas garder ce rapport pour eux-mêmes fut sûrement une grande erreur. Les personnes saines se rendaient aux autels des dieux et aux temples leur étant consacrés et y restaient tout au long du jour pour prier, dans l’espoir que leur zèle et leur ardente et soudaine foi les protège de ce mal. Les sacrifices humains reprirent dans les royaumes y compris les plus civilisés. Ce fut le début de l’Inquisition. Esclaves et serfs endettés étaient noyés, immolés, dépecés selon la divinité choisie. Une grande chasse qui décima les plaines du nord du Rempart. Des raids dans les campagnes, des danses dans les villes.

Voilà des semaines que mages, savants et érudits s’étaient enfermés dans la Tour des Temps perdus afin de mettre en commun leurs recherches et trouver une explication, mais surtout un remède. Le temps était passé, l’espoir amenuisé au fil des jours, et les pertes humaines n’en étaient que plus nombreuses. Ils découvrirent que les personnes contaminées voyaient leur peau se couvrir de plaques rougeâtres et dures, comme une carapace.On ne connaissait que deux manières pour l’instant de se délivrer de la danse fatale, l’épuisement du corps, ou l’épuisement du cœur.

De ce que l’on savait, les régions situées au sud du Rempart n’étaient pas touchées, celui-ci faisant office de frontière. Ainsi, une barricade au milieu de Richepont avait été mise en place, séparant la ville en deux au niveau du grand pont. De même, tous les passages permettant de franchir le Rempart avaient été condamnés ou étaient bloqués par des soldats, qu’il s’agisse de sentiers sinueux serpentant sur le Rempart ou de passages s’engouffrant au cœur des montagnes. Les flottes des grandes maisons avaient même été mises à contribution pour patrouiller sur les flots et s’assurer que nul n’atteigne le sud par la voie maritime. Ces mesures avaient pour but d’endiguer la propagation et d’épargner les régions du sud. Néanmoins, rester oisif face à cette menace et à la chasse menée par l’Inquisition n’était pas du goût de tout le monde. Nombreux sont ceux qui ont passé illégalement le Rempart en l’escaladant, ou qui ont fui par la mer.

Adler et sa famille faisaient partie de ces personnes désireuses de sauver leur peau en fuyant. Voici six jours qu’ils avaient quitté leur petite bourgade près de Celtia, et deux qu’ils arpentaient les chemins du Rempart. L’herboriste était si fatigué qu’il peinait à placer un pas devant l’autre. Cet affrontement, cette course effrénée, puis cette recherche de remèdes, tout ça sans être ponctué d’une seule pause. Mais il devait rejoindre le camp, la vie de son père était en jeu… Adler tituba, se reprit, mais manqua de chuter à nouveau. Il s’écroula finalement sur un tapis de pâquerettes, ces fleurs si précieuses pour les Elfes qui se complaisaient à en faire de la soupe. Les fruits de sa cueillette s’étalèrent au sol. L’herboriste tenta de se redresser, mais finit par perdre conscience, la fatigue ayant raison de son être.


Le soleil trônait encore dans le ciel, fier et majestueux, au zénith, unique astre rayonnant dans le jour, sans égal et sans rival. C’est sous ce soleil de plomb que cheminait la petite famille sur le chemin menant au Rempart. Ralof et Domin chevauchaient Doré, le cheval alezan qui tirait la charrue de la ferme familiale. Domin, le petit frère d’Adler était assis devant son père Ralof, et tenait les rênes. Sur les flancs de la monture pendaient deux sacs de toile avec les vivres nécessaires. Adler chevauchait avec sa mère, Eya, Tournesol, une monture à la robe baie. Le visage de la fermière était assailli par les rides depuis le début de l’épidémie, et ses cheveux blanchissaient alors qu’elle n’avait pas encore entamé sa sixième décennie. Eya et Ralof portaient des manteaux en laine colorés mais comportant quelques trous de part et d’autre des vêtements. Ralof protégeait Domin de sa cape, posant ses rudes mains de fermier sur ses épaules, protecteur. Adler, lui, était vêtu de la cape d’herboriste en tissus que lui avait offert son feu maître, emporté par l’épidémie alors qu’il se rendait à Château-Brave lors d’un conseil d’herboristes.

La famille voyageait tranquillement pour ne pas trop épuiser les chevaux, tout en leur imposant un rythme soutenu. S’ils étaient attrapés, ils seraient sûrement livrés à l’Inquisition pour être sacrifiés au nom d’une divinité choisie au hasard. Un bruit lointain fit tourner la tête d’Eya et Adler, proches du bois que longeait le chemin. Tournesol hennit, et Ralof comprit.

Au galop, vite ! s’écria-t-il. Des brigands !

Une seconde fut nécessaire à Adler pour comprendre et intimer l’ordre à sa monture d’accélérer. Hélas, ce fut trop tard. Une flèche atteignit Tournesol au flanc et macula sa robe baie d’un sang vermeil. Le cheval hennit de douleur et Adler poussa sa mère au sol avant que la monture ne s’écroule. Ralof fit faire demi-tour à sa monture pour revenir les chercher. Les bandits, trois grognards vêtus de légères armures de peau, sortirent de l’orée du bois et fondirent sur les voyageurs à terre. Ralof fouilla à la hâte dans un des sacs pendant à sa monture puis en sortit une épée de fer émoussée à l’extrémité rouillée. Profitant d’un moment d’inadvertance du premier bandit, le fermier asséna un coup d’épée au niveau du crâne de ce fieffé coquin. Néanmoins, le choc le déstabilisa et il fut entraîné au sol par le cadavre qui chut. Adler eut le réflexe de se baisser pour esquiver le coup de masse du deuxième malandrin qui frappa les côtes du cheval mourant, faisant sourdre une gerbe de sang. Eya prit la main de Ralof et se mit à courir vers les hauteurs.

Pendant ce temps, l’archer, qui visait le petit Domin, décocha sa flèche, un sourire sadique tordant son visage. Mais il manqua son tir et le trait heurta la gueule de Doré qui s’écroula au sol, entraînant l’enfant dans sa chute. Eya poussa un cri de terreur.

Domiiiinn ! s’écria-t-elle.

Adler était pétrifié par le choc de son petit frère entraîné dans la chute de sa monture. Ralof, au contraire, poussa un cri de rage et se précipita vers l’archer qui n’eut pas le temps de récupérer une autre flèche de son carquois. Le fermier le frappa d’un large coup vertical, comme s’il brandissait une masse. Le grognard s’écroula à son tour. Le troisième brigand se retourna et décida d’en finir avec ce vieux fermier. La masse heurta l’épée, et l’écarta agilement. Le scélérat frappa Ralof au visage de son poing recouvert par un gantelet clouté. Le fermier lâcha son épée que le brigand substitua habilement à la masse, avant de frapper. Le vieil homme s’écroula sur ses genoux, le torse zébré d’une marque rougeâtre d’où le sang se mit à s’échapper. A cet instant, son adversaire se mit à son niveau, un rictus sur le visage, prêt à transpercer sa gorge de la pointe de l’épée. Il fut interrompu par Adler qui plongea l’épée du premier brigand ramassée à la hâte dans son crâne. Soudainement Domin se redressa, chancelant, lui qui était tombé juste à côté du cheval, à deux doigts de se faire écraser.

Eya et Adler avaient ensuite porté Ralof, chacun prenant une épaule, en poursuivant leur route avec hâte, jusqu’à la tombée de la nuit. Ils avaient dû abandonner leurs vivres n’avaient gardé qu’une corde, des piquets et une épée que serrait Domin avec force.



Adler se réveilla en sursaut. Quelle heure était-il ? Combien de temps s’était-il assoupi ? La ramure des arbres masquaient la Lune, mais leur ombre s’était légèrement décalée. L’herboriste rassembla ses forces et se releva avec peine, récupérant les remèdes.

La petite famille avait allongé le vieux Ralof sur un matelas de fleurs improvisé, et lui procurait soins et attention, mais hélas pas assez pour soigner ses blessures. Il avait été pansé avec des végétaux, selon une technique qu’Adler avait appris de son maître, mais cela était loin d’être suffisant pour stopper l’hémorragie. Son état s’était empiré, et il était désormais incapable de bouger. Dans un ultime espoir, Adler avait couru chercher de quoi le sauver. En tant qu’herboriste, il connaissait bon nombre de plantes capables de ralentir le poison, de guérir, ou simplement d’alléger les souffrances. La feuille de saule, les herbes de Perathion, que l’on trouve à foison sur le Rempart, les fleurs enchantées, et nombreux autres végétaux possédant des vertus médicinales avérées. L’herboriste avait trouvé des herbes de Perathion ainsi qu’un trèfle jaunis, ce qui devrait suffire à au moins calmer les douleurs de son père. Mais, alors qu’il menait une course éperdue contre la mort, il avait perdu tant de temps dans la recherche de ces remèdes naturels.

Sa mère, Eya, et son frère, Domin, furent alertés de son retour par le bruit de ses bottes frappant le sol. Adler aperçut son père, plus souffrant que jamais, et retira ses gants.

Adler, laisse mo… commença Eya

N’ayez crainte mère, la rassura Adler, c’est ma vocation.

Sur ces mots, il roula de l’herbe de Perathion dans ses mains pour l’émietter, et la déposa dans la bouche de son père qui peinait à écarter les lèvres.

Tenez père, murmura Adler. Ceci vous accordera au moins un peu de répit.

L’herboriste remis ses gants, et se releva. Il laissa sa mère veiller sur son père pendant qu’il s’allongea un peu plus loin pour prendre du repos.

Tu crois que père va mourir ? s’enquit une petite voix à proximité qu’il savait être celle de son frère.

Dom’, répondit-il calmement, c’est aux dieux d’en décider. Va prier Apaxas pour qu’il rende justice à son âme.

Sur ces mots, il s’endormit, non sans ressentir une certaine irritation au niveau de la poitrine.


*


Adler fut réveillé par les mains de son frère remuant son épaule.

Adler, réveille toi ! répétait l’enfant.

L’herboriste se leva sans un mot, et comprit devant le visage humide de sa mère que la mort avait emporté son père. La famille se recueillit durant quelques instants. Eya releva le visage et se tourna vers son aîné.

Ton père t’a montré le chemin, guide y nous, mon fils, déclara-t-elle le visage sombre, comme si une partie de son âme avait péri en même temps que son époux.

Adler prit une longue respiration, et ouvrit la marche vers les hauteurs. Il gardait une certaine distance avec sa mère et son frère qui suivaient, tête baissée. Ils étaient tous envahis par le chagrin, mais lui était aussi effrayé. La marche dura toute la journée. Les voyageurs n’avaient pas prononcé mot depuis la matinée. Leurs pieds couverts d’ampoules les faisaient souffrir le martyre. Adler avait froid, très froid. L’oxygène semblait se raréfier, signe qu’ils arrivaient dans les hauteurs du Rempart. Le chemin de terre boueuse s’était mué en un passage caillouteux. De la neige apparaissait çà et là sur les côtés du sentier, et ils ne s’étaient jamais trouvés aussi proches des cimes des hautes montagnes. Derrière eux, ils laissaient le nord du continent, leur seule et unique vie. Adler avait été le seul membre de sa famille à voyager dans le cadre de son apprentissage, mais n’était pour autant jamais sorti du royaume de Château-Brave. Eya et Domin n’avaient jamais quittés la ferme ou du moins les lieues avoisinant. Un éternuement fit émerger l’herboriste de ses pensées. Derrière lui, Eya frottait de sa cape le dos de Domin dont le nez était rougi par un rhume.

Nous sommes censés arriver d’un instant à l’autre, déclara Adler à leur attention.

Eya hocha la tête, non mécontente d’en finir avec le froid des hauteurs, mais tous savaient que le plus périlleux restait à venir.

Ils y arrivèrent au détour du sentier. La statue de Dolgin, le Veilleur sur le Rempart.

Qu’est-ce que c'est ? s’enquit Domin.

C’est une statue du dieu Dolgin, sentinelle du Rempart, répondit Adler. Elles sont une douzaine réparties sur tout le Rempart, mais celle-ci est la plus ancienne.

Qui l’a construite ? demanda l’enfant qui s’était approché de la statue pour l’examiner sous toutes ses formes.

Nul ne sait. Certains pensent que ce sont les nains, d’autres disent qu’ils sont incapables de supporter ce froid et que ce sont des hommes. D’autres encore racontent que seuls les elfes ont le talent artistique pour la faire paraître aussi réaliste. Enfin, selon les élucubrations de quelques fous, ce sont des trolls, mais leur espèce s’est pratiquement éteinte lors de la guerre du Bouclier Cassé, antérieur au Cataclysme.

Bien sûr, Domin ne comprenait rien aux explications de son frère. Il n’avait pas eu la chance d’accéder à l’éducation que le vieil herboriste lui avait prodigué, et ne savait même pas compter jusqu’à vingt-cinq. Allez savoir pourquoi il bloque après vingt-quatre. Eya dépassa la statue, insensible à la sculpture haute de six pieds, et fit face au gouffre, rejointe par ses fils.

Devant eux s’étendaient la partie sud d’Hédarion, en pente à pic. Malgré le grand soleil, la luminosité semblait moins intense que de l’autre côté du Rempart.

Devant nous s’étend la région de Forgeloup, une cité cosmopolite, expliquait l’herboriste en pointant du doigt. A votre gauche, tout là-bas, cachée derrière cette montagne, la citadelle de Rokdor, ultime bastion de la coalition du Bien, où résident chevaliers et nains.

Loin à l’horizon, il la voyait, avec ses tours en flèche sortant de la brume pour mordre le ciel, la Nécropole Interdite. Quel panorama cette position leur offrait. Les bois, les forêts et les plaines du sud s’étendaient devant eux. Un sud sain, protégé de l’épidémie dansante rongeant les royaumes au nord. Un sud vivant, où les gens sortent de leur maison, où les commercent tournent, où les auberges sont remplies d’ivrognes et de filles de joie. Un sud joyeux, un sud plein de vie. Le sud… Adler soupira en sentant son dos le gratter. C’était le sud…

Eya prit la corde et fit un solide nœud de chaise autours des chevilles de la statue. Elle testa la solidité de son nœud, puis, satisfaite, enserra l’autre l’extrémité autours de sa taille. Cette corde mesurait plus de cinq-cent coudées, et figurait parmi les plus longues qu’il n’existe. Elle était vendue aux fermiers pour qu’ils puissent mesurer les champs afin d’ensemencer ces derniers de manière optimisée.

Tu es certain qu’elle atteint le sol ? demanda Eya, soucieuse.

Nous sommes loin des sommets du Rempart mère, répondit Adler, confiant. Nous avons au moins cinquante coudées de large.

Eya hocha la tête, et se pencha à l’attention de Domin.

Je vais descendre la première pour m’assurer qu’il n’y a pas de dangers immédiats. Quand je serai arrivée, je tirerai deux coups, et tu pourras descendre.

Elle se releva. et prit deux piquets.

Adler, montre bien à Domin comment les utiliser s’il te plaît, demanda-t-elle.

Adler hocha la tête.

Oui mère. En revanche, autant te prévenir maintenant. Une fois le Rempart descendu, nous irons à l’ouest à Forgeloup. Il suffira de trouver la grand’route et de poursuivre vers le Sud. Le culte d’Adonysia est très mal vu là-bas, ils préfèrent louer Thempkar. Ainsi, il faudra rester discret, et ne rester en ville que le temps de s’acheter des outils pour cultiver la terre. Nous trouverons une terre par la suite, ça ne doit pas être bien dur, à cause des brigands dans cette région, nombreux sont les fermiers qui périssent.

Eya le dévisagea, légèrement interloquée, et acquiesça.

Mère ! l’interpella Adler alors qu’elle se penchait contre le bord de la falaise.

Oui Adler ?

Fais attention.

La fermière sourit, lui fit un clin d’œil et s’élança, alors qu’Adler prit la corde entre et la faisait défiler lentement. Malgré ses gants, cela le faisait souffrir. Il eut l’impression que la descente durait des heures, ce qui était probablement le cas. Le soleil se déplaçait dans le ciel immaculé au fil de la journée. Il approchait de son zénith lorsque la corde sembla perdre de son poids. Adler serra les dents, attendant un signe de vie. Domin guettait, partageant son anxiété. Soudain, l’herboriste sentit un remous, puis deux. Eya était vivante, et parvenue à terre ! Adler esquissa un sourire et remonta la corde énergiquement.

Adler ? demanda Domin de sa petite voix derrière l’herboriste après un long silence entrecoupé par les bruits de la corde qu’Adler faisait remonter.

Humm ?

Pourquoi tu portes des gants depuis qu’on est partis ?

Adler parut embarrassé.

Ces gants sont très chers à mes yeux. C’est maître Talstium qui me les a confiés avant son départ, se justifia-t-il hâtivement.

Domin hocha lentement la tête et s’assit près de la statue.

Tu pense qu’on vivra comme avant quand on aura une nouvelle ferme ? s’enquit-il à nouveau.

Rien ne sera comme avant Dom’, soupira l’herboriste en finissant de remonter la corde. Allez ça va être à ton tour.

T’es pas fatigué ? Tu veux pas faire une pause ?

Adler sentait ses mains le brûler, mais attendre quelques instants ne changeraient rien. Quant à ses bras… Autant en finir, son frère devait atteindre le sol le plus vite possible.

Allez fais un nœud, t’inquiète pas Dom', je me sens plus en forme que jamais.

Il vérifia le nœud en prenant à garde à ne pas l’effleurer, et l’exhorta à y aller.

J’ai peur Adler, geignit l’enfant.

L’herboriste soupira. Comment pourrait-il en être autrement ? Il s’apprêtait à descendre à la corde des montagnes, sans même pouvoir distinguer le sol.

Tu vas y arriver Dom, l’encouragea Adler en forçant un sourire pendant que l’enfant plaçait ses pieds dans le vide.

Comment tu vas descendre Adler ?

J’ai plus d’un tour dans mon sac, petit frère, répondit Adler. Oh, Dom’ !

Oui ?

Prend soin de mère et toi.

Quoi ? s’écria l’enfant avant de se sentir tiré vers le bas, alors qu’Adler faisait glisser la corde.

Les larmes coulaient sur les joues de l’herboriste durant toute la descente de son petit frère. Son regard d’incompréhension, sa peur… ne quittaient pas ses pensées. Tout son corps l’irritait désormais. Il fallait accélérer. Ses doigts laissaient filer la corde plus rapidement en relâchant légèrement la pression. Ses bras le faisaient souffrir, ses doigts perdaient toute sensibilité. Enfin, l’herboriste sentit la corde s’alléger. Il attendit quelques instants que Domin fasse le signal en la secouant, retenant son souffle.

Enfin, la corde esquissa un mouvement, montrant que son frère était arrivé au sol lui aussi. Alors Adler prit l’épée qu’ils avaient ramassés lors de l’embuscade des brigands, et trancha la corde. Les quelques coudées restantes qui gisaient sur le sol furent entraînées par le poids et glissèrent à toute vitesse, puis elle tomba dans le vide, se soustrayant à la vue de l’herboriste.

Adler se laissa choir sur le séant, et retira ses gants. Du sang s’échappait de ses doigts qu’il ne parvenait plus à bouger. Il était impressionné par la teinte de ses mains et de ses poignets, rougeâtre, ainsi que par la texture de sa peau plus dure qu’auparavant. Adler soupira, en constatant que son torse était également couvert de cette sorte de carapace couleur sang. Il n’eut même plus la force de retenir ses larmes. A quoi bon de toute façon… Il avait accompli ce pourquoi il avait entrepris ce voyage. Son frère et sa mère étaient parvenus au sud du Rempart sains et saufs. L’herboriste se releva, et se plaça au bord de la falaise. C’était le moment ou jamais, bientôt il serait trop tard. Il devait… Mais il ne put s’y résoudre. Adler plongea son regard dans l’immensité de l’horizon. Personne ne pouvait le voir. Il était seul, lui et la statue de Dolgin. C’est alors qu’il sentit son bras se balancer, puis l’autre, en cadence…
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Les oubliés

Messagepar Colp » Ven 27 Mar 2020 17:12

Uther était assis sur le perron de la maison, il attendait que sa femme ait fini son repas du matin. Les rayons du soleil venaient juste de se lever et Uther attendait que le colporteur lui donne les dernières nouvelles. Uther et sa femme, Stella, habitaient non loin de la ville. C'était un jeune couple qui venait de se marier et qui tenaient un élevage de chevaux. Souvent, l'après-midi, des acheteurs venaient en acheter quelques uns, souvent les plus robustes, qui servaient au transport de lourdes marchandises. Stella sortit de la maison.

_Alors, quelles sont les nouvelles?

Stella était une jeune femme très éblouissante habillée comme toutes les dresseuses de chevaux, une veste en cuir avec un pantalon de lin. Un peu de la même façon qu'Uther.

_Le colporteur n'est pas encore passé.

_Tant pis, allons voir si les chevaux sont réveillés.

Uther se leva et marcha au côté de Stella en direction de l'étable où se couchaient les chevaux.

_Tiens ils dorment encore.

Les rayons du soleil ne pénétraient pas encore l'étable qui était donc dans le noir. Il n'y avait aucun bruit et on pouvait voir les bêtes couchés sur le foin. Uther tapa dans ses mains pour que les chevaux se lèvent mais aucun animal ne bougea. Uther regarda Stella puis retapa dans ses mains.

_Allez debout maintenant!

Stella fit signe à Uther de se taire et pencha l'oreille vers une des bêtes... Elle entendit un petit bruit. Un petit bruit de mouche. Stella s'approcha un peu plus du cheval et éttouffa un cri. Le cheval était mort, bel et bien mort. Uther regarda les autres bêtes.

_Ils sont tous comme ça...

_Oh déesse Adonysia...

_Allons voir si il ne se passe rien d'anormal à la maison.

Ils coururent vers la maison, rien d'anormal. Stella poussa la porte et rentra à l'intérieur suivi d'Uther. Uther regarda à ses pieds, il n'y avait toujours pas le courrier. Pendant que Stella passait toute la maison au peigne fin, Uther réfléchissait, ils n'avaient toujours pas entendus la sonnerie des cloches du temple annonçant les heures. Le colporteur n'était toujours pas passé...

_Attend... allons à la ville.

_Tu as raison.

Ils coururent le plus vite qu'il purent vers la route menant à la ville, une fois arrivé devant les portes, ils entrèrent sans faire de bruits, d'ailleurs du bruit, il n'y en avait pas, très surprenant à cette heure ci.

**

Le soleil était maintenant bien haut dans le ciel et toujours aucun bruit ne venait de nulle part. Uther et Stella commencèrent à entrer dans les maisons abandonnées pour voir si il y avait de la vie. Mais en entrant, ils ne virent rien, personne n'était là, dans aucune des maison.

_Qu'est ce qu'il ce passe?

_Ils n'ont pas pû partir comme ça, ils sont mort? On aurait découvert des corps. Je ne comprend pas. Allons au château.

Ils marchèrent cette fois en faisant attention au moindre petit mouvement ou bruit qu'il pouvait avoir dans les villes. Mais rien ne se passait. Arrivé au château, ils n'avaient pas prévus que les portes soient fermées et se retrouvèrent donc devant, sans moyen de pouvoir y entrer. Ils explorèrent tous le reste de la ville sans pouvoir trouver le moindre signe de vie.

**

Les jours se succédaient donc. Uther et Stella entreprenaient de voyager à pied vers de plus grande cités à la recherche de vies.

_Il n'y a personne. Nulle part. Pas un oiseau.

_On va devenir fou. Il n'y a pas une personne à qui parler ici!

_Bah si, il y a moi.

_Ah oui... toi... Et il y a toi aussi pour chercher à comprendre ce qui nous arrives? Depuis le début il n'y a que moi qui m'inquiètes!

_Arrêtes! J'essaie autant que toi de comprendre pourquoi nous sommes seuls.

_ALORS NE RESTES PAS LA! BOUGE TOI! On va finir par crever. De toute façon, je ne crèverais pas avec toi.

Stella s'en alla vers la direction opposée à celle de la ville.

_Arrêtes! C'est complètement stupide de se séparer maintenant.

Stella courût, Uther était à ses trousses mais il courait moins vite qu'elle.

_Revient!

Stella n'entendait plus, elle était déjà loin. Uther avait les larmes aux yeux.

_Stellaaaaaa. Revient!

Il s'écroula au sol et mis sa tête entre ses mains. Il était désormais seul, livré à lui même.

**

Stella était allé jusqu'à Fort Cadestral, une grande cité acceuillant de nombreux commerçants et marchands. Elle avait trouvé la même chose qu'avant, rien. Elle se sentait de plus en plus seule et elle regrettait Uther. Elle prit donc la décision de revenir sur ses pas pour retrouver Uther. Quand elle revint chez eux, à l'élevage de chevaux, Uther n'était plus là, il avait disparu comme les autres. En sortant de la maison, elle marcha sur une lettre. Elle songea à cette histoire de colporteur qui n'était pas venus puis ouvrit la lettre. Elle reconnut l'écriture de son Uther. Elle lu aussitôt :

Ma Stella, si tu lis cela, c'est signe que tu regrettes d'être partie. Je me décompose au fur et à mesure que tu t'éloignes de moi et je pleure. Je pleure de ne pas mourir à tes côtés, je pleure parce que tu ne liras sûrement pas ses lignes et je pleure parce que je meurt seul.

Je t'aime, Uther.
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Re: Concours RP n°4

Messagepar Alule » Ven 27 Mar 2020 20:07

_ Navire à bâbord !

Un frisson d’exaltation parcourue jusqu’au dragon alors que tous tendaient l’oreille vers la vigie.

Alule fronça les sourcils, avant de vérifier quel pavillon était hissé et, constatant que c’était bien le noir brodé du dragon d’os, fronça les sourcils.

Avec un temps pareil impossible que l’autre bâtiment ne l’ait pas vu, il faisait si beau que l’on voyait tout à la ronde. Et même sans le John hissé, on pouvait fort peu confondre le Forbandais Volant avec tout autre bâtiments des eaux d’Hédarion.

Parfois même rien qu’à l’odeur porté par les vents, on pouvait deviner son arrivé.


Ce n’était pas normal.


_ Ils sont mirauds ou quoi ? Marmonna Aurique tout aussi interloqué.

_ ça sent le piège, ça, fit Taret en reniflant l’air comme s’il humait effectivement des effluves venus du vaisseaux en vue.

_ Si même lui le dit, ricana Amure. Hé vigie, y’a de la vie sur le pont ?

_ J’vois rien ! Les voiles sont sorties mais pas l’impression que ça bouge !

_ Roooh allez, vous n'allez pas faire vos mijaurées, qu’est-ce qu’on risque ? Grommela Taret avant de se fendre la poire : La Mort ?



Un rictus releva le coin des lèvres d’Alule, il n’avait pas tort, ce n’était pas la mort qu’ils craignaient mais, sait-on jamais, les flottes du coin commençaient à être habitué à croiser le fer avec eux, peut-être avaient-ils fomenter quelque chose.



_ On avance, décréta-t-elle avant de faire taire l’acclamation, et on reste sur nos gardes. Profitez du temps pour vous parez à l’abordage, en plein jour, les canons vont chanter !



Un hourra extatique retentit alors que le pont se vida instantanément, les matelots se précipitant dans les entrailles du bateau pour saisir leurs armes et préparer les canons.

Mais Alule ne partageait pas l’habituelle exaltation de son équipage quand il se préparait à batailler et piller un bâtiment étranger.

Les gens savaient que le Forbandais naviguait dans le coin.

Les bateaux n’osaient pas quitter les ports en étant seul et sans une lourde escorte.

Et là, il tombait sur une galère marchande, seule et visiblement inconsciente ?



_ Toujours rien ? Lança-t-elle inquiète à la vigie qui lui répondit par la négative.

_ Heu capitaine ? Fit Capelage depuis la barre. On est à portée de canon là, c’est bien la première fois que je vais dire ça mais ça m’inquiète qu’on ne nous tire pas encore dessus...

_ Le cours de la poudre à peut être fait un bon et c’est devenu hors de prix ? Railla Alule qui doutait fortement mais qui espérait que sa fidèle Capelage n’enfonce pas le clou de ce pressentiment.

_ Ouais, des marchands incapables de se payer de quoi protéger leur précieuse cargaison...



La blonde rentra la tête dans les épaules sous le regard glaçant de son capitaine. Ce n’était pas sa faute mais sur le coup Alule aurait été ravie de maitriser quelques arcanes magiques juste pour se défouler... après tout ce n’était pas deux trois flammèches qui mettraient vraiment en danger sa navigatrice...



_ Capitaine, firent plusieurs marins peu rassurés, y’ a qu’qu’chose qui n’va pas !

_ Bandes de planches vermoulues, vous flanchez devant un cadeau pareil ?
Lança-t-elle un peu moqueuse avant de devenir plus sérieuse. Mais je suis aussi fébrile, il est vrai.



Elle s’avança, montant sur le bastingage, s’accrochant aux cordages et observant le bâtiment toujours inerte. Malgré la vue dégager, son corps actuel n’avais pas une très bonne vu et l’équipage le savait mais certaines habitudes ne se perdaient pas. Dans ces moments-là, ils percevaient les expériences passées de leur meneuse, il entrevoyait l’agile matelots plus souvent à la vigie ou dans les voiles que sur le pont, celle qui avait su lire les vents et les manœuvres...

Le dos de leur capitaine était un de ses dos qu’on avait envie de suivre...



_ Arriser les voiles pour perdre de la vitesse et voyons ce qui se passe...



L’équipage n’avait pas besoin de respirer mais ce n’était pas maintenant qu’on allait entendre une respiration. Les gabiers firent leurs offices, le Forbandais perdant sa vitesse progressivement, la silhouette du navire grossissant à vue d’œil.

Même les moins finaud de l’équipage commençait à se dire qu’il y avait un cheveu dans la soupe, pour vous dire.



_ Mettez une barque à l’eau, Taret avec moi, on y va !

_ Hors de question Capitaine, tonna Amure en prenant la direction du petit navire. Sans toi on ne peut pas manœuvrer le dragon alors tu restes ici, c’est trop suspicieux !



Alule grogna mais Amure n’avait pas tort, de dépit, elle grimpa jusqu’à la vigie alors que le canot était mis à l’eau, d’ici et avec la longue-vue, elle y verrait mieux que depuis le bastingage. Mais ce qu’elle voyait l’inquiété. Bien que le pont soit vide elle avait l’impression de voir des membres au sol, dépassant des angles morts.

Mais ça restait idiot venant de simples humains de tendre pareille embuscade aux morts-vivants.

Ce qu’elle redoutait le plus été qu’ils mettent le feu au bateau ou même, bien que terriblement onéreux, qu’il y ait des réserves de poudre à faire sauter. Ça rendrait difficile de retrouver les pierres d’âme de l’équipage, voire même pouvait les détruire.

Un frisson descendit l’échine d’Alule. Les deux options étaient peu enviables, l’une les condamnant à la prison froide et silencieuse de leur propre âme et l’autre les vouant à la destruction.



Elle les vit Amure et Taret se hisser discrètement avec un grapin, montant sur le pont, se retrouvant proche du mat et les vit se figer. Puis Taret semblât pousser quelques choses du bout du pieds. Alule était bien trop loin pour se saisir de son expression mais quelque chose n’allait pas.

Ses deux fidèles explorèrent le pont avec de moins en moins de précaution et finirent par disparaître sous les ponts.

Le silence régnait. Même pas un silence de mort, car les défunts, tant qu’ils n’étaient pas os, faisait bien plus de bruit que ce bâtiment actuellement.

Un mort grouillait paradoxalement de vie, de milliers de vie, occuper à ronger la chaire... Mais c’était autre chose.



_ Ils sont tous mort dedans, Alule, Annonça Taret alors qu’elle venait les accueillir à leur retour.

_ Les garde-mangers sont bien garnis, à peine quinze jours qu’ils sont en mer...

_ En vrais y’a pas que les garde-mangers, les cales sont pleines à ras bord ! Ricana aigrement Taret, la prise n’aurait pu être plus belle qu’avec le sang de ses idiots coulant sur nos sabres.



Alule grinça des dents, ça lui rappelait quelque chose sans réussir à mettre la main dessus, comme lorsqu’elle cherchait une information dans des souvenirs bien trop vieux pour être autre chose qu’une sensation de déjà-vu.



_ Préparez-vous à arrimer la marchandise, comme l’as dit Taret, quoi qu’ils leur soient arrivé nous ne craignons pas la mort !



Un grognement sourd résonna, la manutention des prises sans le combat était une plaie, c’était comme si l’on donnait la récompense d’un dur travail sans qu’on ait bouger une fesse de son hamac. C’était terriblement frustrant. Plus d’un se promirent un duel entre eux pour se donner l’impression d’avoir fait quelques choses de sa journée.

Mais la prise était fort belle, vin à foison, noble tunique de toutes factures et du bois de bonne qualité. Ce dernier allait servir immédiatement pour le Forbandais et ce qui resterais après les réparations serait balancer à l’eau, trop de poids et de place perdus sans compter qu’il y en avait trop. Le navire devait surement être partie de Aiguenoir en direction de Forgeloup et habituellement, les deux autres qui aurait dû l’accompagner aurait était remplie des caravanes venant de bien plus profond dans les terres, avec de la chance même ils auraient pu se saisir de bijoux et de peaux de bêtes !



_ Alule, tu fronces les sourcils, fit remarquer Amure qui polissait son sabre pour s’occuper alors qu’elle n’était pas de celle qui aimait le plus le manier. Ça te tracasse, avoue !

_ Je me demande où sont les autres bateaux, même si avec aussi peu de dégât sur la cargaison, on vient de se faire plus qu’en réussissant à aborder deux navires...

_ Tu voudrais réitérer ce miracle ?

_ Par Temhkar non !

_ Quoi ?!

_ Un navire encore, le Chaos nous sourit... mais deux ou même plus, c’est que c’est pourrie...




La brune aux boucles folles l’observa, le visage fermé. Ils avaient tous se foutu pressentiment que quelque chose clochait. Auraient-ils été vivant qu’ils auraient mis le doigt dessus mais la plupart des instincts des défunts mourrait avec leur dernier souffle...



_ Capitaine ! On est cerné !




Alule se redressa telle un serpent prêt à mordre. Comment cet idiot de vigie avait-elle pu les laisser se faire encercler ! Elle allait le désossé !

La seule chose qui freina sa fureur fut l’équipage qui fixait de toute part l’horizon.

Ils étaient là. Deux autres galères accompagnées de leurs quatre navires de guerres.

Dérivant mollement aux vents, voiles arrimées de moitié.

Plus silencieuse que la Mort.



_ Mettez les canots à l’eau par binôme de deux pour les marchands, quatre pour les navires de guerre ! Et cette fois, j’y vais, ok ?



La fin, elle l’avait hurlé en mettant son sabre sous la gorge d’Amure qui en avait presque les yeux qui sortait de leur orbite tant elle était surprise. Plus d’un dans l’équipage éclata de rire avant qu’il ne se disputent pour choisir les heureux élus.

Bien entendus les plus finauds en profitèrent pour se mettre à l’eau et commencer à ramer, se ramassant les quolibets quand les autres se rendirent compte qu’ils s’étaient fait doubler.

Et Alule, bien que capitaine, gardait certain de ses réflexes de filoute, était dans la barque la plus éloigné du Forbandais en direction du navire de guerre les plus ouvrager, surement à la tête de l’escorte.



Le silence était omniprésent, seul le bois et l’eau chantaient doucement, ce qui rendait la scène plus effrayante : sur un bateau de vivants au moins entendait-on les souffles et les ronflements.

L’équipage était là, jonchant le sol, capitaine contre le mat, tenant un journal.

Son journal de bord.

Alule le saisit, la réponse serait surement dans ces lignes. Se hissant dans les voiles du navire et rejoignant la vigie vide, elle se posa après avoir envoyé quelques messages lumineux à son équipage par le biais du petit miroir abandonné dans le nid de pie.



La page était relativement en bonne état mais l’humidité des embruns avait ronger les bords et les dates s’étaient diluées laissant une tache d’encre mais le reste était à peu près lisible.



“ Ce premier jour s’est bien passé, nous avons le vent avec nous et pas la moindre trace de ces foutus pirates, si tous les jours pouvait se ressembler ! Normalement ça devrait aller, aucune rumeur sur le mouillage du Forbandais Volant dans un port. Sans compter notre départ en secret... mais les vieux forbans ont un sixième sens, j’ai peur qu’ils ne nous tombent dessus comme la peste ! Mais avec nos quatre navires de guerre et les canons marchand, on devrait pouvoir les tenir au loin...

Au moins les pirates normaux tout du moins.”




Alule passa sur les calculs de navigation, le report au fur et à mesure de la journée de leur avancée et des rectifications de direction. Elle les aurait bien étudiés pour comprendre et augmenter ses chances de tomber sur les itinéraires de ce capitaine mais étant donné qu’il ne naviguerait plus, ça n’était d’aucune utilité...



“tout flotte sur des rouleaux... hum ça sonnait mieux à l’oral, je ne l’écrirais plus. Toujours le vent en poupe, on est même en avance sur les prévisions. Toujours pas de pavillon noir à l’horizon ni même autre choses, l’ennuis nous guette si ça continue.”

~~~

“On est qu’au troisième jours et les vigies se sont déjà mises à se faire des blagues, résultats trois branle-bas de combats avant qu’on les mette au goudronnage du pont, franchement, ces gars ne sont plus aussi professionnel qu’avant. Fin mon bateau à meilleur mine que les marchands, certain de leurs mousses on trop chaud et on décide de ne garder que leurs culottes... dommage de mourir de déshydratation et cuit comme un homard pour une première sortie en mer... fin, comme d’habitude au premier mort, ça retrouvera la raison.”

~~~

“Toujours rien à signaler, les vagues sont clémente, le vent nous bénit... la tension monte avec l’ennuie, les hommes s’énervent. On a laissé les vigies reprendre leurs bêtises et comme je connais le code, comme tout bon capitaine, j’apprends beaucoup de ragots... qui aurait cru que le Tonnelier de la Fillealeau aurait trois filles ?

Je me demande comment va Naélia, je l’ai quitté alors qu’elle avait pris froid, j’espère que les enfants l’aide au lieu de la tourmenter. Quel malheur d’avoir renvoyer la nourrice quelques jours auparavant.

J’y pense parce que le Rongeur à ramener ce foutu rhume... difficile à savoir avec sa toux habituelle mais il est sûr que l’un des navires marchands l’a embarqué.”

~~~

“Je commence à croire que ce calme n’est pas un cadeau d’Adonysia mais une malédiction de Tempkar! Moi qui pensais que ça commençait à chauffer sur mon bâtiment, je me suis souvenus que mes hommes étaient des soldats et que je pouvais quand même compter sur une certaine discipline. C’est la débandade chez les marchands, je vais finir par y envoyer mon bosco, histoire que ça ne tourne pas au vinaigre.

En vrais, j’ai l’impression de revoir la nourrice tournée en bourrique par les enfants alors que le précepteur les attend dans la salle d’étude... Les civils quel que soit leur âge, c’est bien plus compliqué à mettre au pas. “

~~~

“Après six jours, le Rongeur nous à laisser en paix et j’espère qu’il l’est aussi, il a fini par s’étouffer avec sa toux. Je n’arrive pas avoir de la pitié ou de l’amitié, il le portait bien son surnom, aucun marin n’aime ces bêtes-là... En plus, je crois bien qu’il a refilé son rhume mais ça à l’air plus grave que ce que je pensais. Peut-être avais-je trop l’habitude de sa pâleur et de son apathie...

On va vider une cale et en faire la zone de repos, pour ne pas dire quarantaine, avec un peu de chance c'est juste la vieillesse qui à eut un peu d’aide dans le cas du Rongeur.

Sinon...”



Alule releva la tête de ses lectures alors que ses hommes vidaient les calles de tout ce qui était utile ou de valeur. Elle venait enfin de déterrer un mot clé liée à ses souvenirs et à ce pressentiment mais aucune réaction de peur ou quoi que ce soit se manifesta, juste une certaine lassitude. Elle fit signe de continuer à son équipage, eux ne craignait rien mais la revente de leur butin serait plus problématique...

Même si le mystère était résolu, Alule se demandait comment ils avaient pu tenter en vain de survivre.



“ Ce n’est pas bon, je le savais déjà avant que la vigie ne vienne demander une entrevu dans ma cabine mais entendre la confirmation qu’il y a des malades, et surtout des morts sur tous les navires, est comme un coup de sabre émoussé sur la nuque.

Je ne sais pas quoi faire. De toute mes années en mer, je n’ai jamais vu de maladie aussi mortelle en si peu de temps. Ce n’est ni le scorbut, autant j’aurais pu avoir un doute pour le Rongeur et son aversion de tout ce qui n’était pas alcool ou sucre mais pas de mes sous-lieutenants, ni même les dégâts des longs voyages en mer. Même mon bosco ne sait pas.

Naélia. Je m’inquiète, le mal, on l’a pris des terres. J'espère qu’il est moindre hors des embruns, que le soleil et le sel l’aggrave. Je prie pour toi et j’espère que tu pries pour moi.”

~~~

“Les premières bagarres ont éclatés chez les marchands, la seule chose qui empêche cela chez moi, c’est leur orgueil mais il ne va pas tenir longtemps face à la panique et aux malades qui augmentent.

Si je voulais être honnête, il n’ya rien à faire. On vit les uns sur les autres, on est déjà tous malade sans le savoir, le bosco le sait aussi. Ça se lit dans ses yeux. Habituellement, il faut attendre en balançant les corps à l’eau, espérant qu’assez d’hommes survivront et redeviendrons assez fort pour manœuvre le bâtiment et retourner au port...

Mais je ne peux pas le dire, se serait comme jeter du poivre sur un dragon endormie au-dessus d’un tas de graines explosives.

Le contremaitre à proposer une idée.

Adonysia ne nous pardonnera jamais.

Je repousse l’application pour le moment mais la mutinerie gronde.”

~~~

“Ô grande Adonysia, Ô ma belle Naélia.

Pardonnez-moi. Pardonnez-nous.

Les vigies on passez l’ordre. Tous les malades sont en train d’être transférer sur l’un des navires marchands pensant qu’un médecin pourra les soigner. J’ai trompé mes hommes malades en leurs disant que c’était pour sauver le plus grand nombre, je leur ai demander de saboter le safran pour provoquer la dérive...

Ils mourront avec le sentiment d’être trahis, ils tous mourront emplis de rancœur et nous, nous mourrons juste un peu plus tard avec ces remords, ce poids sur le cœur.

Seuls mes bras droits le savent, le reste de l’équipage n’a pas besoin de porter tout le poids de cette atrocité.”

~~~

“Les hurlements du navire abandonné ont hanté la nuit et quelle longue nuit ! Les tensions sont tombées quand les matelots on compris la vérité.

Un mélange de stupeur, de respect et de terreur.

Je n’en appelle plus aux dieux ni à toi mon amour, je n’en ai plus le droit se serait vous salir...

Je ne sais pas si je dois continuer de tenir ce journal, ces atrocités ne devraient pas être consignés mais en même temps, peut-être les familles à quai pourront trouver la paix en sachant ce qui est arrivé et me maudire pour s’apaiser...

Le silence règne, la suspicion aussi. Tous les malades sont censés être partie mais le bruit des toux est encore omniprésent. Qui avons-nous vraiment abandonné ? les autres malades ou nous-même ?

On se regarde en chiens de faillance, défiant l’autre de s’approcher. On mourra bien plus seul que ceux qui sont unis par la rancœur de notre traitrise.

Je lis dans les yeux pâles du mousse en face de moi qu’il se demande si je ne vais refaire un coup pareil, si je ne vais pas profiter de son sommeil ou de sa faiblesse pour le faire passer par-dessus bords comme ce qu’on fait l’équipage d’un des autres navires...”

~~~

“Je tousse aussi. Depuis un moment à vrais dire. Mais un capitaine doit être le dernier à faiblir... c’est idiot mais je veux qu’il puisse me détester jusqu’au bout. Plus personne n’est debout, je me suis moi-même échouer contre le mat, ce bon vieux mat, qui aurait cru qu’on mourrait avant toi ?

C’est risible, j’ai survécu aux pirates, aux maladies des longs voyages en mer, à mon mariage, aux maladie infantiles de mes enfants, aux mutineries et à bien des choses...

Et voilà mon équipage sans un rescapé terrassé en moins de quinze jours par cette terrible épidémie déguisée sous l’innocence d’un simple rhume.

Je devrais mettre le feu au bâtiment, à tous, histoire que nos corps ne transmettent pas cette infamie après notre mort, telle ces cauchemardesques Marche-mort.


Je n’en ai plus la force.

Au moins, nous ne nous relèverons pas.

Au moins aura-t-il fait beau jusqu’au bout.

Un temps parfait pour prendre la mer.”



Alule sorti un cigare de sa chemise avant de glisser le long d’une corde jusqu’au pont. Il ne restait sur les navires fantômes plus que les contremaîtres.

Habillements de quelques mouvements de miroir, elle sonna le retour au Forbandais.





Les pirates ripaillaient joyeusement, la prise étaient aigre-douce mais il n’allait pas se laisser abattre pour si peu. Les bateaux brûlants de tout feux sur l’horizon donnait une note qui plairait à Tempkar pour sûr et ça les faisaient rire.



Les maux des vivants n’étaient pas les leurs.



Mais Alule buvait tout de même sa bouteille en l’honneur de ce capitaine.
Car même dans la mort, un capitaine reste un capitaine.
L’équipage et le bateau en premier, quitte à sacrifier son âme.



Les maux des vivants n’étaient pas les leurs mais ils partageraient toujours certaines peurs.
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Re: Concours RP n°4

Messagepar Zeraorien » Ven 27 Mar 2020 21:00

Projet secret ;

Solitide ;

La confrérie noire est une vieille confrérie d'assassins engagée par de grandes familles. Un soir, la confrérie fut contactée par l'empereur des négociants du sud pour réaliser une mission des plus ..... morbides ... Cette nuit là, ils furent convoqués pour réaliser un génocide de grande ampleur.
La ville de Solitide à été contaminée par un étrange virus lors d'une attaque de marches morts. Les meilleurs médecins du royaume avaient beau faire des tests, aucun vaccin ne fut trouvé pour sauver les pauvres habitants de la ville. L'empereur avait donc pris une décision radicale : raser la ville de la carte ! Ce bastion n'était pas encore utile pour la faction. Elle n'était pas encore en guerre, et ne risquait pas de l'être. Un grand Génocide allait se produire.


Il faisait nuit, la lune éclairait la ville Suderonne de Solitide, important bastion pour les Nomades Solitaires. Haut dans le ciel, se cachant dans la lueur des étoiles, deux individus semblaient flotter dans le ciel. L'un avait une longue robe noire, de long cheveux et le visage assombri par ses cheveux, sûrement une nécromancienne. L'autre portait une armure , une courte cape noire et se cachait sous sa capuche, sans doute un assassin. Ils regardaient la ville, assombrie par la nuit. Il devait être presque 23h du soir. Tous les habitants dormaient. L'assassin regarda son acolyte puis prononça les premier mots qui allaient démarrer le génocide de cet terrible nuit.
- Cette nuit .... tout va recommencer pour la confrérie noire ! La première mission qu'on nous a donnée depuis décennie ! J'ai hâte ! Je pense qu'on peut y aller ... tu n'es pas d'accord ?
La nécromancienne regarda son interlocuteur puis hocha la tête.

Le long des remparts, des assassins se cachaient de la vue des quelques garde qui surveillaient malgré l'heure. Quelques un toussaient, preuve que l'épidémie avait de l'ampleur. Soudain, un petit son de flûte se faisait entendre.... un son strident et mélancolique.... le signal !
Las assassins se lancèrent donc, grimpèrent le rempart avec une telle vitesse qu'on croirait qu'ils se téléportaient. Ils apparurent en sautant, tout surprenant les gardes. D'un coup, le sang sortait du torse des gardes, et ceux-ci s'effondraient sur le sol. Quelques assassins se dirigèrent vers les tours de gardes, d'autres, sautèrent sur les toits des maisons, silencieux comme une plume. Les derniers gardes postés sur les tours furent éliminés. Soudain, d'autres cris se faisaient entendre depuis les maisons, puis des bruits de couteaux. Les cris réveillaient d'autres familles puis ainsi de suite. Les cris des femmes, les pleurs des enfants et des nouveaux nés, tous ! Et cette symphonie faisait sourire la nécromancienne qui continuait sa symphonie sanglante. L'assassin présumé d'elle prononça des mots inconnus et fit apparaître une sorte d'oiseau de feu noir. Il se posa sur sa créature et se dirigea, tout en restant sur le dos de l'oiseau, vers le palais impérial. Là-bas , se trouvait le Duc de Solitide , lui aussi contaminé.

Il arrivait aux portes du palais , les gardes censés garder la grande porte étaient morts, les autres avaient déjà atteint le palais ? Peu importe, il devait tuer le Duc. Il entra, monta avec une vitesse surprenante les escaliers et se dirigea vers la chambre du Duc. Les cris des servantes cachant les bruit de pas, il s'arrêta soudainement devant le seuil de la porte. Il la poussa doucement. Le Duc était debout, cachant maladroitement un enfant, sans doute son fils. L'assassin se rapprocha du duc, armée d'une simple dague. Il leva son bras, hésitant au début .... mais c'était sa première mission depuis qu'il avait rejoint la confrérie noire, il ne pouvait pas échouer. Il regarda une dernière fois sa cible puis le coup partit .
Le sang coulait du corps sans vie du Duc. La main de l'assassin et la dague étaient tintées de rouge, de même pour l'enfant, apeuré, fixant l'assassin qui avait tué son père.
- Désolé gamin ..... c'est .... le destin ..... je suppose ....
Après ces sages paroles , il se dirigea vers le gamin. Celui-ci, apeuré, se leva et couru en direction du balcon, mais il n'y avait aucune échappatoire. L'enfant s'arrêta net, toussa quelques gouttes de sang, écarquillant les yeux puis tomba du balcon. L'assassin avait lancé sa dague et elle s'était plantée dans son dos. Mission accomplie.

La nécromancienne apparu derrière l'assassin, avec sous son bras, une sorte de boule verte, fluorescente .
- C'est quoi cette merde ? Me dit pas que .... c'est .... une bombe nécromancienne ?
- Ouais ..... une vrai ...
Elle posa sa bombe sur le sol, posa sa main sur l'assassin et se téléporta avec son allié. Au loin, une fumée verte sortait de la ville. La bombe avait explosé ? Sûrement. Il fallait rendre le rapport à leur employeur. Ils arrivèrent près de la porte d'entrée du palais de l'Oasis. Soudain, la nécromancienne tomba sur le sol, une flèche planté dans le dos. L'assassin se retourna puis s'arrêta.
- Traîtr...... sale traître !
Puis s'effondra à son tour sur le sol.

Fin .
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Re: Concours RP n°4

Messagepar Skay » Sam 28 Mar 2020 16:23

Date limite : dimanche 5 avril 2020 !

Bonne chance pour ceux qui n'ont pas encore postés leur texte !
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Re: Concours RP n°4

Messagepar Vodianova » Sam 28 Mar 2020 16:29

Périple d'un anti-"vachin"

La canot s'éloigne rapidement du navire, emporté par le courant. A son bord, un homme les bras plongés dans l'eau, tente de rediriger le canot vers l'est. En vain, le courant est trop fort et l'entraîne à l'ouest. Épuisé, il arrête son brassage et le regard vide fixe la direction des côtes d'Hédarion qu'il ne peut plus apercevoir. Un long moment plus tard, il bouge enfin et se met à fouiller le canot. Il espère y trouver des provisions ou de l'eau, mais il ne déniche que quelques parchemins vierges et une bouteille d'encre. N'ayant rien de mieux à faire, il trempe son doigts dans l'encre et se met à écrire.

Si tu lis ceci, c'est que tu as retrouvé mon corps mort de faim, de soif ou encore d'insolation. A moins que la maladie ne m'ai emporté avant. Je suis probablement infecté à l'heure qu'il est. Des jours qu'elle nous suit. Où que que ayons fuit. Elle était là ! Elle nous narguait ! Comme si elle nous suivait à la trace. Toute ma famille y est passée ! Marie... Gautier... Jezabel. Ils y ont tous succombé ! Je suis le prochain sur sa liste, c'est certain. Il ne reste plus que moi !

Bon, si j'écrit ces lignes, c'est moins dans l'espoir que quelqu'un les lise un jour que pour m'occuper mon esprit et éviter de songer à ma mort inéducable. Mais commençons par le commencement. Tout a commencé, en Kanghavier dernier, sur les terres de Château-Brave dans le village...Et puis à quoi bon préciser tout ceci ? Si tu lis ces lignes, notre système calendaire et la géographie d'Hédarion ne te parlerons pas. Tout ce qui t'importe, hypothétique lecteur, c'est de savoir que je viens d'un continent à l'est de ta position. Enfin, je suppose. Disons que au moment où j'écris ces lignes, le courant m’entraîne vers l'ouest, par conséquent Hédarion est à l'est de ma position et donc toi qui a découvert mon corps êtes de l'ouest.

J'écrivais donc que tout à commencé dans mon village quand quelques cas de varioles se sont déclarés. Au début, nous ne nous sommes pas inquiétés, ça arrivait de temps en temps et habituellement les gens guérissaient en quelques jours. Nous avons donc continué à vivre sans nous soucier des malades, évitant simplement les contacts non nécessaires. Quelques jours plus tard, le premier décès est survenu. Bon, c'était le vieux Gérarld. On était triste certes, on a pleuré un peu. Mais bon, il était âgé et on savait qu'il n'en avait plus pour longtemps. On a fait une cérémonie funéraire en son hommage certes mais c'était surtout un prétexte pour nous réunir et faire la fête. C'est le lendemain que les choses se sont emballées, c'est là que d'autres morts ont été découverts. Dont certains de la famille de Gérald. Son neveu Alfred par exemple. Et sa petite-fille Suzanne. Nous ne savions même pas qu'elle avait la variole. La veille, pendant la fête, elle avait dansé, bu, chanté avec nous. Elle semblait en parfaite santé, quoi. Enfin bref, tous ces morts ça commençait à mettre le village dans la mouise.

Rapidement, notre..Mais j'y pense, vénérable lecteur, ton système politique n'a sûrement rien à voir avec le notre...Disons donc que ce qui nous sert de gouvernement a fait appel à ces saligauds de mages de l'Ordre des Maître-Penseurs. Des spécialistes des épidémies, qu'ils disaient ! Oh ! Si Jeza était là...Jeza c'est Jezabel, c'est...enfin c'était...mon épouse...bref si elle était là, elle me ferait sûrement une réflexion sur le fait que ce sont des mestres et qu'ils ne sont pas forcément tous des mages. Mais bon, des gens qui viennent de l'Académie c'est des Mages, c'est forcément des saloperies de mages. Bref....J'écrivais donc que le gouvernement nous a imposé des soi-disant spécialistes de la variole... Ils avaient étudié la maladie pendant des années qu'ils disaient. Non mais vraiment ? Etudier les maladies, c'est bien des idées de mages. Je suis sûr que c'est encore un de leur coups tordus pour contrôler la population et empêcher les gens de vivre, ça.
Mais soit, on nous imposait des spécialistes de la variole, nous, bonnes poires, on pensait qu'ils allaient nous aider. En faisant évacuer le village. Histoire qu'on ne se fasse pas contaminer nous aussi, quoi...Mais que nenni ! Ils nous ont annoncés que cette variole était une nouvelle forme plus virulente et nous ont confinés avec les malades ! Le village s'est retrouvé isolé du reste d'Hédarion. Plus personne ne rentrait, plus personne ne sortait. Ensuite ils ont rassemblés les contaminés dans un bâtiments. Un hospital qu'ils appelaient ça. Encore une cochonnerie d'invention magique qui ne nous apportera que des malheurs si tu veux mon avis. Enfin bon, mettre les malades à l'écart, ça d'accord, on le fait à chaque épidémie. Mais nous interdire de sortir du village, ça, ça en a fait râler plus d'un. Tu te rends compte ? Nous nous retrouvions coincés au milieu d'une épidémie et les soi-disant spécialistes nous affirmaient que c'était la meilleure chose à faire. On marchait sur la tête.

Imaginez l'outre-monde que nous vivions, nous ! Les non-variolé !. Nous ne pouvions plus aller aux champs, plus aller au marché, nous ne pouvions rien faire. Impossible de sortir, impossible de travailler. Toute notre économie était paralysée. Ma pauvre Jezabel, qui avait passé des heures à broder des commandes pour les nobliaux de Château-Brave, ne pouvait même pas se faire payer. Et les clients n'étaient pas contents des retards de livraisons. Si tu avais vu les lettres d'insultes qu'ils nous envoyaient, Voilà quoi, ça râlait de toutes parts, quoi. Normal, sous prétexte de nous aider, et avec le concours de ces maudits mages, notre gouvernement nous avait foutu dans la dèche.

Cependant l'isolement n'était que la première étape des maîtres-penseurs dans leurs horribles machinations ! La goutte de moutarde qui allait faire déborder mamie dans les orties avec l'eau du bain ne nous avait pas encore frappée ! Les mestres nous ont réunis, les gens sains je veux dire, pour nous parler d'animaux invisibles qui propagent la maladie à travers nous sans que nous le sachions. Bref , des sornettes de mages ! Des animaux invisibles et puis quoi encore ? Des dragons qui crachent de la glace ? Pff...
Ils étaient bien niais de croire que nous goberions leur histoire abracadabrantesque si facilement. Parce que, tiens-toi bien, ces fariboles, ça avait pour but de nous convaincre de nous "vachiner" ! Là, c'en était trop ! L'isolement, d'accord ! Mais servir de cobaye à leur substance magique...leur "vachin", ça jamais ! JAMAIS ! Qui sait ce qu'ils mettent dans ce truc ? Avec toutes les saletés magiques qui traînent à l'Académie, c'est certain qu'il y a des trucs pas nets là-dedans ! Des trucs qui doivent nous bousiller le cerveau et leur permettre de nous contrôler comme ils contrôlent les Marche-Morts. Bon, Jeza me ferait remarquer que ce sont les nécromanciens qui contrôlent les Marche-Morts, mais bon elle aimait bien pinailler de temps en temps. Magiciens ! Nécromanciens ! Même engeances maudites ! La magie ça n'apporte que des malheurs. Plus c'est loin de ma famille et moi, mieux nous nous en portons. Hors de question de les laisser vachiner mes enfants ! Parce que non content de vouloir nous injecter leur immondice à nous ,adultes, ils voulaient aussi l'injecter à nos gosses ! Rien que d'y repenser, je sens la colère monter en moi ! Si ils n'avaient pas des pouvoirs diaboliques, je leur aurais casser la gueule sur le champ. Marie et Gautier avaient toute la vie devant et à cause des mestres et de leur conneries de vachination, ils sont morts. Ils ne vivront plus. Plus jamais ! Tu vois la fourberie des mages ! Ils sont allés jusqu'à introduire la variole dans notre village, juste pour pouvoir l'isoler et faire leurs expériences immorales en toute impunité ! Avec la bénédiction du gouvernement qui plus est. Saligauds ! Fils de Thempkar ! Esclavagistes ! Bourreau ! Manipulateurs !

Beaucoup n'ont pas échapper à ces vachins. Quant-à nous, moi et ma famille, nous étions résolus à ne pas nous laisser torturer sans rien faire. Nous avons fuit le village ! Non sans mal certes. Le gouvernement avait envoyé des soldats garder le village. Pour s'assurer qu'on respecte le confinement. Non mais vraiment, des gens sensés nous défendre se retrouvaient à nous opposer. Et personne ne disait rien. Comme si c'était normal. Enfin bon après quelques péripéties dont je passe les détails (je n'aurais pas assez d'encre), nous empruntions la route de Haut-Richepont. Nous avions résolus de fuir là il n'y a pas de magie, pas de mestres et donc pas de vachination. L'ouest était donc exclu, puisqu'il fallait passer par les terres de l'Académie. De toutes façons les elfes revendiquent la magie de lumière. Ils sont donc probablement complices de ces érudits. Le Nord, sous domination d'une liche immortelle, n'était évidemment pas dans nos projets. Il nous restait le Sud du Rempart mais il est infesté de Marche-Mort et donc de ces horribles mages. Finalement, le seul endroit qui paraissait fiable était l'Île aux Forbans. Nous allions embarquer à Haut-Richepont, en espérant ne pas rencontrer les mestres et leurs saletés de vachins en chemin.

Nous arrivâmes à Haut-Richepont sans encombres. Là, nous nous séparèrent . Jezabel, Marie et Gautier passèrent la nuit ensemble. Tandis que moi, je descendis à l'Auberge du Cerf Cendré. J'aime bien cette auberge, j'y descendais souvent quand le travail m’amenait à Haut Richepont. Les filles y sont jeunes et pulpeuses et les troubadours n'y jouent pas trop mal. J'y passait la nuit avec Sara, une jolie blonde. Elle ressemblait un peu à Jezabel dans sa jeunesse.

Le lendemain, je me rendis au port. Malgré mes efforts, toute mes économies faillirent y passer , je ne pus trouver qu'un seul navire en partance pour l'Île aux Forbans. Et encore il ne partait que le Peradi suivant. Il nous restait six jours à attendre l'embarquement. Tant pis, je chargeais Jezabel et les enfants de faire des provisions et s'équiper pour le voyage. Et je retournais à l'Auberge du Cerf Cendrée. De laquelle, je ne sortis plus. Passant la semaine en compagnie de cette sympathique Sara ou à jouer aux échecs avec les clients.

Enfin le Peradi arriva. Nous nous embarquèrent sur le navire dès l'aube. Il largua les amarres sur le coup de midi. Dans l'après midi, un passager m'appris que nous avions eu de la chance de pouvoir lever l'ancre. En effet, plusieurs cas de variole avait été reportés dans la ville. Dont plusieurs prostituées et personnels de l'Auberge du Cerf Cendré, d'après lui. Nous avions eu chaud, si nous n'avions pas embarqué si tôt, nous nous serions de nouveau retrouvés coincé au milieu d'une épidémie et j'aurais été contaminé à coup sûr. Surtout que j'avais passé la semaine dans l'Auberge du Cerf Cendré. Un jour de plus et j'étais cuit. Tu te rends compte que si jamais la prostituée avait été Sara, j'aurais fait parti des infectés, moi aussi. C'était vraiment un coup de chance que la maladie ne se soit déclarée que plusieurs heures après notre embarquement. Enfin heureusement, le vent était de notre côté et Haut-Richepont s'éloignait rapidement. La variole était enfin derrière nous. En tout cas, c'est que nous pensions sur le moment.

Mais évidemment, ça ne pouvait pas être aussi simple. La variole tenait vraiment à nous atteindre. Il s'avère qu'un connard contaminé avait réussi à embarquer sur notre navire. D'un côté, je ne peux pas lui en vouloir de vouloir échapper à la vachination. Mais de l'autre, c'était un gros égoïste. Se sachant contaminé, il aurait du rester enfermé dans sa cabine pendant toute la traversée et éviter les contacts avec le reste des passagers. Mais non, il avait fallu que ce connard entre en contact avec ma fille. En effet, le lendemain du départ nous nous réveillions en constatant que Marie était couverte de pustule.De plus, elle avait de la fièvres, des maux de têtes et elle était prise de vomissement. Les symptômes de la variole ! Nous avions vu la même chose dans notre village. Je bouillais de rage envers ce saligaud de contaminé ! J'ai fait le tour du navire pour lui casser la gueule mais je n'ai pas pu mettre la main dessus. Ce lâche, une fois son méfait accompli, s'était terré dans un coin. En attendant, nous préférâmes cacher l'état de Marie en l'enfermant dans notre cabine afin d'éviter qu'elle ne contamine d'autres personnes. Parce que nous étions des personnes responsables, nous ! Mais le lendemain, ce fut au tour de Gautier de présenter les mêmes symptômes. Puis Jezabel fut contaminée à son tour. Leur état s'aggravait de jour en jour. Il ne restait plus que moi et je ne savais que faire, ne voulant pas affoler l'équipage et les passagers. Dire que nous y étions presque !

Finalement, à un jour du débarquement, le capitaine nous réunit et nous annonça qu'une dizaine de cas de variole s'était déclaré à bord et que nous ne pourrions accoster à l'Île aux Forbans. Nous devrions rester en quarantaine, jusqu'à ce que l’épidémie passe. Sur le coup, nous avons approuvé. Que pouvions nous faire d'autre, bloqués au milieu de l'océan ? Nous nous préparâmes donc à passer plusieurs jours supplémentaires à bord. Mais un passager s'en mêla, un de ces sales érudits de l'Ordre des Maître-Penseurs. Il commença par reprocher au capitaine de nous avoir cacher l’épidémie. Il disait que si il avait su avant, il aurait pu aider à mettre en place des procédures endiguant la contagion. Enfin voilà, des vantardises de mages, quoi. Ensuite, il nous déclara qu'il se rendait sur l'Île aux Forbans pour une campagne d'information sur vachination et se proposa de mettre ses compétences à notre service. Là s'en était trop, on voulait de nouveau nous vachiner. Je vis rouge et je ne put retenir ma colère ! Je me jetais sur ce type et lui décochai un coup de poing qui envoya sa nuque s'écraser contre le bastingage. Il y eut un craquement sinistre et il s'effondra. Je venais de le tuer.

Sans réfléchir, je sautais dans un canot de sauvetage et le mit à la mer, m'enfuyant pour échapper à mon meurtre. Honteux, je m'en rendis compte que je venais d'abandonner Jeza, Marie et Gautier. Je me rassurait en me disant que leur état était trop grave. Qu'ils seraient décédés pendant la quarantaine. Le mieux pour honorer leur mémoire était que j'atteigne l'Île aux Forbans et recommence une vie saine. Résolu, je me mit à brasser l'eau à la main, les rames ayant coulées dans la manœuvre, mais le courant était trop puissant. La suite tu la connais, je dérive vers l'ouest, sans eau, ni provisions. Seulement ces parchemins et de l'encre. Je ne reverrais jamais Hédarion, je sens déjà la fièvre monter en moi et ma peau me gratter. Je n'ose pas regarder. Peut-être les érudits avaient-ils raison ? Peut être les animaux invisibles existent-ils ? Peut-être le type qui a contaminé mes enfants puis Jezabel ne savaient-ils pas qu'il portait la variole en lui. Peut-être était-ce l'érudit ? Après tout, il devait être en contact avec les malades pour mettre au point ses potions infernales. Ses vachinations ! Il du être infecté sans s'en rendre compte. Mais oui, c'est évident, comme il connait les saloperies magiques qu'il met dans sa préparation, il n'a pas osé se l'injecter et à contaminé tout le navire. A moins qu' il l'a fait exprès comme ceux venus dans notre village. Pour faire ses expériences en toute impunité. Je hais ces mages ! Ils m'auront pourri la vie jusqu'au bout ! Il ne reste plus qu'à me laisser mourir pour leur échapper définitivement ! Haha ! Vous ne me contrôlerez jamais comme vous contrôler les marche-morts ! Je n'ai pas pris vos substances, moi! Je meurs certes mais en contrepartie vos sombres desseins en seront ralentis ! Et je retrouverais Jeza, Marie et Gautier de l'autre côté. Adieu Hédarion ! Je pars en héros ! Un héros qui aura contrecarrer les plans de ces maudits érudits ! Sympathique lecteur, si tu lis ceci un jour, tu sais maintenant de quoi sont capables ces salopiauds pour parvenir à leurs fins. A toi de reprendre le flambeau et de lutter pour ta liberté !


L'homme jette la bouteille d'encre vide à la mer. Il s'allonge, attendant la mort. Il finit par s'endormir fiévreux pour la dernière fois de sa vie, n'ayant plus la volonté de continuer à vivre. Il ne saura jamais que l'érudit avait survécu à son coup de poing. Ni que son épouse Jezabel, bien que réticence, accepta finalement la vaccination. Ainsi, elle et ses enfants guérirent rapidement de la variole et purent s'installer sur l'Île aux Forbans où, après de longs mois à pleurer leur mari et père disparu en mer, ils reprirent une vie paisible.
De même, il ignorera toujours qu'il était le patient zéro ayant introduit la variole à Haut-Richepont, puis à bord du navire. En voulant échapper à la maladie, il lui avait permis de se répandre à travers le continent.
Du Serpentaire,

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Vodianova
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