Des temps difficiles

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Des temps difficiles

Messagepar Raevalia » Ven 1 Mai 2020 00:17

12 Nystre 1998


Frustration, colère, dépit, amertume, impuissance. Voilà les cinq sentiments qui animaient Ahilya 1ère, impératrice du peuple elfique, alors qu’elle tournait en rond dans son bureau. Tous ces événements étaient arrivés si vite… Comment avaient-ils pu se retrouver dans cette situation en si peu de temps ? L’Elfe se rappela le banquet lors de leur entrée en guerre pour aider les nordiques face aux assauts gorzagh’s un an plus tôt. L’ambiance était festive, tous les invités ripaillaient, émoustillés par l’excitation de la guerre. Les jeunes guerriers rêvaient d’accomplir des hauts faits leur apportant la gloire éternelle, les généraux avaient hâte de mener leurs soldats à la bataille, et les dirigeants allaient enfin pouvoir utiliser leur nouvelle armée.

Deux mois plus tard, alors que les armées avaient quitté le continent pour assaillir les campements gorzagh’s, les nouvelles étaient bonnes, très bonnes. Les créatures belliqueuses peinaient à garder de l’emprise et étaient repoussées par les troupes conjointes des troupes nordiques et elfiques. Le Conseil de Jade, composé de l’alpha Elwing Mitsukeh, d’Elerinna Altéria, souveraine des Hauts Elfes de Lumière, et de l’impératrice elle-même, était confiant sur la tournure de cette guerre.

Mais les choses avaient commencé à se gâter lorsque les gorzagh’s avaient pénétré dans la forêt de Jade, leur déclarant la guerre. Si au début, les Elfes avaient eu l’avantage de la défense, la situation avait rapidement dégénéré. Les attaquants avaient fait appel à toutes sortes de peuples aussi vils que belliqueux, avec le reste de la horde, des cavaliers pourpres fanatiques de Thempkar, des chevaliers boucs alors en guerre contre la Coalition du Bien et des mages félons contre qui les Elfes étaient également en guerre. L’impératrice pouvait gratifier chacun de ces mercenaires des plus terribles injures, car voilà quelque chose dont elle n’était guère en manque en ces circonstances. Face à cela, la Coalition s’était dressée tel un rempart contre ces assauts, mais même la puissance des Hauts Elfes de Lumière et de la Fédération Royale d’Adonysia ne suffisaient pas à contrebalancer le cruel déséquilibre des forces.

La trésorerie de faction s’était amoindrie considérablement, l’effort de guerre étant devenu la priorité. La formation de nouveaux soldats était interrompue par soucis de stocks, car les marchands semblaient avoir cessé de livrer les défenseurs. Les armées des familles Karin, Mitsukeh et Raevalia étaient sans cesse en proie au déchaînement des belliqueuses créatures, et les dégâts étaient considérables. Les villages étaient pillés, les habitants massacrés, mais aucun n’était asservi. Il n’y avait aucun prisonnier, aucun survivant.
Des volutes de fumée s’échappent désormais de la cime des arbres de la forêt depuis plusieurs semaines. C’était un triste spectacle que contemplait ainsi l’impératrice depuis le balcon de son bureau.

Mais que fait la Rébellion… se désolait-elle intérieurement. Voici des jours qu’elle attendait une missive, une nouvelle quelconque d’alliés, mais tout ce qu’elle recevait était le compte-rendu d’une défaite, d’un saccage, d’un massacre… Des cernes encerclaient ses yeux verts fatigués. Malgré sa jeunesse prolongée, on pouvait lire son âge rien qu’en la regardant. Ahilya se sentait vieille. Elle avait convoqué le Conseil de Jade afin de donner les priorités de l’année, mais il était clair que leur budget était déficitaire, et que ces temps difficiles ne faisaient que de débuter. Des restrictions avaient été mises en place dans toute la forêt. Plus d’impôts, moins de ressources. S’il n’en tenait qu’à l’impératrice, elle miserait davantage sur l’armée au détriment de la religion et des services. Toutefois, les greniers de Madragor et de Fedenrir se vidaient et chaque jour arrivaient de nouveaux réfugiés. La Grande Prêtresse d’Adonysia était venue la voir pour lui demander d’organiser une cérémonie en l’honneur de la Déesse, pour éloigner ces monstres, ce à quoi Ahilya avait répondu que si les choses continuaient ainsi, la cérémonie se ferait autours d’un grand feu de joie à l’Arbre de Vie, avec sa tête au bout d’une pique si elle n’était pas dévorée. Et voilà que l’ordre religieux contestait désormais ses décisions en public… Elle l’avait bien cherché.

C’étaient des temps durs pour le peuple Elfique. Quatre guerres, trois fronts. D’un côté le chevalier bouc qui avait fait appel à ces engeances pour assaillir les Paladins de Kanghar – mais les deux partis avaient finalement conclu une trêve après quatre années de guerre – d’un autre, les Gorzagh’ qui gagnaient du terrain dans les contrées du septentrion et dans la forêt, et enfin les fanatiques de ce dieu Phoebus qui marchaient sur la forêt pour raser le Temple de Ramamishka. Une alliance de circonstance avait été conclue avec le Grand Maître de cet ordre, bien que cela n’enchantait guère l’impératrice. Trois guerres à tenir dans l’austérité la plus absolue que le peuple Elfique n’avait connu depuis des siècles, voire depuis plus d’un millénaire. Le regard d’Ahilya se porta sur Cereduil Noruì. Elle avait voulu la guerre, elle l’avait ardemment désiré, de tout son cœur, de toute son âme. Quelle erreur, comprenait-elle enfin. Il était trop tard désormais. Elle mourra en défendant son peuple, ses terres. Elle mourra face à toutes ces créatures démoniaques. Face à ces gorzagh’s impitoyables, face à ces fanatiques de Thempkar si ténébreux, face à ces chevaliers boucs, face à ces nomades benêts, face à ces mages stupides et félons. Elle mourra avec honneur, elle mourra en impératrice, en guerrière, en Raevalia.
L'histoire est écrite par une succession d'aventures
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