Le sac de Solitide

Les livres poussiéreux racontent beaucoup de choses.

Le sac de Solitide

Messagepar Raevalia » Jeu 7 Mai 2020 19:36

L’odeur âcre de la fumée mêlée à la chaleur des flammes faisaient frémir Ahilya. Autours d’elle, les combats ne cessaient guère dans la place de la ville en proie au carnage. Les elfes avaient décidé en cette quatrième année de la troisième ère de descendre vers le sud à Solitide pour donner une bonne leçon aux Zeraorien qui avaient pénétré la forêt deux années plus tôt. Le ciel rougeoyant était étouffant, et il était impossible de déterminer la potentielle présence de nuages. Si Zhémélésis devait trôner dans les hauteurs célestes, nul ne pouvait la voir, car son manteau fuligineux était remplacé par un épais voile sanguin.

L’Empereur Torrin Zeraorien ayant péri, les armées des nomades solitaires étaient désorganisées et les défenses de la ville avaient été percées sans difficultées par les engins de siège elfiques. La porte avait cédé sous les violents coups du bélier, et les toits de Solitide étaient bombardés de boulets enflammés lancés par des trébuchets de bien bonne facture. L’ancienne impératrice qui avait décidé de ne pas se représenter quelques heures plus tôt pour s’occuper pleinement des forces militaires se tenait au milieu de la place, dans laquelle une dizaine d’homme luttaient vainement face aux guerriers Elfiques sans pitié. Ceredril Noruì était tâchée de sang, celui des nombreuses victimes de la journée gisant désormais au sol, et son manche était fermement tenu par la main de la dirigeante.
Allez, exhorta-t-elle ses soldats en essuyant son arme contre le rebord du puits à moitié dévasté, finissez les et amusons nous avant que la ville ne soit réduite en cendres.

Les combattants eurent tôt fait de décimer les nomades résistant tant bien que mal, et poussèrent un terrible cri de guerre. Les Elfes enfonçaient les portes des maisons de pierre, massacraient les habitants si toutefois il en restaient, et pillaient les richesses sans vergogne. Ahilya s’avançait devant une demeure qui, malgré la suie maculant ses murs blancs, transparaissait l’opulence de ses propriétaires. Elle enflamma son épée et força la serrure en fer qui fondit sous la chaleur des flammes. L’Elfe asséna un violent coup d’épaule à la porte qui s’ouvrit en grand et claqua contre le mur. Son instinct ne s’était pas trompé, les habitants de cette maison devaient crouler sous la fortune au vu de la décoration chargée et des richesses exposées. Des Elfes rentrèrent à sa suite et se précipitèrent vers les richesses, vers les couvertes. Ils mirent à bas les meubles, sacagèrent les coffres et pillaient le rez-de-chaussée tandis que l’ancienne impératrice gravissait prudemment les escaliers. Une porte dont le verrou était fermé de l’intérieur lui indiqua la présence de réfugiés dans une pièce. Elle constata avec satisfaction que ce verrou était très basique et une foi encore, son épée enchantée fit tout le travail.

Ahilya tomba nez à nez sur trois civils : un homme, une femme et une petite fille. Ces deux dernières se blotissaient l’une dans les bras de l’autre tandis que le père de famille était armé d’un chandelier. Aucun mot ne sortait de la bouche des trois nomades, qui semblaient visiblement terrifiés. Ahilya songeait à tourner les talons, après tout ce n’étaient que des civils, et ils finiraient par périr, mais une vision s’incrusta dans son esprit. Elle songea à la vision des villages elfiques dévastés par les récentes attaques, les civils accueillis à Madragor, parmi lesquels combien de blessés avait-elle recensé. Sa main se crispa sur Ceredril Noruì, et elle pointa l’épée enflammée vers la famille, les flammes se déplaçant vers l’avant de l’arme…

En sortant de la demeure à présent en proie au feu, la guerrière manqua de peu le sabre qui se planta contre le mur, et en se penchant pour se redresser hors de portée de son agresseur, elle lui taillada le ventre duquel s’empressèrent de jaillir les tripes du malheureux qui poussa un cri déchirant. Ahilya para une autre attaque, puis planta Ceredril Noruì dans la nuque d’un deuxième nomade.Apercevant du coin de l’oeil trois courageux suderons courir en sa direction, elle fit volte-face et un jet de flammes bleues parcourut la distance les séparant pour lécher leur corps qui se tortillaient de douleur. A l’odeur de cendres se rajouta celle de chair carbonisée, particulièrement nauséabonde.

Sans mettre fin au terrible jet, l’Elfe commença à pointer son arme vers un édifice à proximité dont la toiture s’enflamma aussitôt. En tournant le visage, elle vit un peloton d’archers mettre fin à la charge désespérée d’une vingtaine de fantassins, probablement une sorte de milice improvisée, qui s’effondrèrent un à un sur les pierres brûlantes. Ahilya retira son casque en le jetant à terre, libérant sa chevelure blonde, et s’épongea le visage de sa main. Même pour elle, habituée à ces conditions, la chaleur n’était guère chose aisée à supporter. Le sifflement d’une lance et le cri d’agonie d’une femme derrière elle la fit sursauter et l’ancienne impératrice contempla la nomade se tenir la gorge désespérément, les yeux révulsés en tombant à ses genoux et en lâchant son sabre, alors que le projectile l’avait touché de plein fouet. Ahilya porta son regard vers la direction d’où provenait la lance et croisa le regard entendu d’Edelron, son fidèle et vaillant général.

Un boulet enflammé passa au-dessus de leurs têtes en sifflant et explosa sur le toit de la cathédrale de Solitide, un édifice impressionnant de par ses dimensions et par sa beauté architecturale, même pour une oeuvre du sud. Une habitation non loin sembla comme exploser alors qu’un autre projectile s’effondra dans son toit, et s’effondra sur un groupe de combattants. Une cohorte de fantassins elfiques arrivait alors derrière Edelron.

- Ah, s’exclama la guerrière, enfin des troupes en quantité. Ca sera suffisant pour prendre le palais des Zeraorien d’assaut. Avec moi Elfes de Jade !

Les combattants poussèrent un mugissement en levant leurs armes et suivirent la dirigeante qui se frayait un passage parmi les décombres, les cadavres, et les résistants, serpentant entre les bâtiments tenant encore, tous en flamme. La ville entière était en proie au chaos, à la mort, au feu et à la destruction. A l’aube, Solitide ne sera plus qu’un amas de cendres.

*

Au centre de la ville, le palais était le dernier rempart pour les survivants. Du haut des balcons, des archers nomades criblaient de flèches les assaillants, mais en vain. Les elfes essayaient tant bien que mal de défoncer la porte avec leur puissant bélier, mais de l’autre côté de la grande porte, des soldats bloqués encaissaient les coups.

Parmi les soldats, Alienor les aidait. Les coups étaient violents, et à chaque impulsion du bélier sur la grande porte, une partie de celle-ci volait en miettes, handicapant les défenseurs. Derrière, les villageois restant se rassemblaient entre eux, protégeant leurs enfants.

Après après plusieurs coups, le porte céda enfin, écrasant quelques nomades qui s’y trouvaient. Les soldats ennemis chargèrent, tuant tout les soldats qui avaient le courage de défendre les villageois. Parmi le tas de combattants, il y avait Alienor qui avait quitté son poste, défendant les pauvres habitants apeurés. Elle avait beau être vieille, ses soixante-neuf ans ne la réussissant pas, elle se battait malgré tout avec acharnement et une agilité si impressionnante que l’on pouvait croire qu’elle dansait entre ses ennemis. Tous les elfes qui se trouvaient autours d’elle périssaient, le sang coulant de leur gorge tranchée. Ses coups étaient enragés et accentuaient sa puissance, faisant de plus en plus de dégâts.

Après avoir tué une bonne vingtaines d’elfes, elle brandit ses faucilles qui lui servaient d'armes et ordonna aux nomades restant de charger les renforts elfiques arrivant vers le palais. Et c’est ce qu’il firent. Dans un élan d’espoir, ils chargèrent, lance tendue vers leurs ennemis.

Le choc fut terrible, et bon nombre de vaillants soldats tombèrent, elfes comme nomades. Les archers, toujours postés sur les balcons, faisaient quantité de pertes, mais une boule enflammé vint détruire lesdits balcons, emportant de nombreux archers.

- Nous n’avons plus de couverture ! hurla un soldat, nous n’avons plus aucune chance ! Nous devons fuir pour nos vies !

A peine le soldat se fut enfui, qu’il fut tué par un elfes. La fuite était impossible, s'ils essayaient quoi que ce soit, ils seraient tous tués ! Les coups d’épées retentissaient dans toutes la ville. Des hurlements, le crépitement des flammes, tout ces bruit formaient l’orchestre de ce saccage morbide.

Alienor ne pouvait supporter cette cacophonie insupportable. Alors, pour pouvoir libérer ses soldats de cette horreur, la Danseuse des sables acheva le groupe d’elfes qui les bloquait à coups de faucilles, leur tranchant la gorge.

- Allez y ! Massacrez moi ces elfes qu’on en finisse ! Hurla t-elle à tous ces valeureux qui la suivaient.

Puis elle pointa du doigt un soldat, et lui dit :

- Toi ! Va chercher la cavalerie Solitaire, ils se trouvent dans le bastion au nord de Solitide, caché par une dune de sable ! Trouve les, et ramène les !

Aussitôt dit, le soldats accourut prendre un cheval dans l’écurie du palais, et partit dans la direction indiquée. Puis, elle ordonna aux nomades restant d'aller secourir les civils de ces affreux elfes. Quant à elle, elle savait par un quelconque instinct, qu’Elle était là. Rien que d’y penser, elle avait envie de vider Ses tripes, de peur et de dégoût. Mais il fallait y aller. Elle prit son courage à deux mains, et s’élança dans les ruines qui composaient désormais feu la ville de Solitide. “Plus aucun obstacle ne m'arrêtera, pas même les flammes de Sa maudite épée” pensait-elle. Elle arriva enfin devant ce qu'était l’ancienne cathédrale, démolie par les boulets enflammés.

Mais que fait cette maudite cavalerie !

A peine elle s'était arrêté pour admirer le désastre qu’un sifflement d’épée l'interpella. Elle esquiva rapidement le coup et planta ses deux lames dans le corps du malheureux. Puis un autre vint, et encore un autre. Mais elle les tuait tous. Essoufflée, elle tourna la tête, intriguée par des cris de rages insupportables, et La vie, Elle !

Alienor se redressa, le visage assombri. Elle regarda ses tatouages rouges, serra le poing, de rage, et activa le pouvoir de ses tatouages qu’elle maîtrisait désormais si bien. Une aura ressemblant à des flammes d’une rougeur magnifique l'enveloppa, et elle fit un pas en avant, décidée, emplie de rage.

Ahilya acheva un nomade en lui tranchant la gorge dans un grésillement de chair brûlée. Son regard se tourna vers la Danseuse des sables qui lui faisait face, enfin… Son attention fut soudainement attirée par le martèlement de sabots faisant trembler le sol.
La guerrière, surprise par cette arrivée soudaine de renfort, brandit Cereduil Noruì qui s’enflamma instantanément, fixant les cavaliers avec un air de défi. Elle n’avait pas le temps pour cela, mais si elle devait les passer sous le fil de sa lame pour pouvoir s’occuper d’Alienor, elle le ferait. Toutefois, ceux-ci étaient nombreux et imposants, aucune garantie qu’un jet de flamme suffirait à les occuper voire à les repousser. Tout obstacle se trouvant devant les cavaliers était soit renversé, soit empalé par les grandes lances projetés à l’avant. Plusieurs fantassins elfiques n’eurent pas le temps de se dégager ou de se protéger et finirent tristement écrasés ou emplafonnés par les destriers. Un cri belliqueux survint alors qu’Edelron accourait vers les cavaliers, alors que des archers décochaient des flèches vers la cavalerie impromptue. L’ancienne impératrice se mordit l’intérieur des joues dans l’espoir que sa charge ne soit pas suicidaire, mais cela lui permettait de se concentrer sur sa cible, la Danseuse des sables.

Le général elfique arriva à la hauteur de ses assaillants, alors que ceux-ci le chargeaient. D’un coup d’épée, il parvint à dévier la trajectoire d’une lance qui aurait sûrement put finir sa course dans son abdomen. Par une acrobatie surprenante, il monta sur un des chevaux, gardant son équilibre malgré le poids de son armure et planta son épée dans le tronc du cavalier dont le cadavre tomba au sol. Tenant les rênes d’une main, empoignant son épée avec fermeté dans l’autre, il semait le désordre parmi les rangs des cavaliers qui durent desserrer la formation.

En voyant la scène, Ahilya esquissa un sourire. C’était bien là son général fétiche. Intrépide, peut-être parfois inconscient sur les bords. L’acte héroïque de l’Elfe permit à l’ancienne impératrice de se concentrer à nouveau sur son adversaire. La guerrière elfique marchait tranquillement sur le côté en esquissant des moulinets avec Ceredril Noruì dont les flammes fouettaient l’air. Les combattantes se trouvaient chacune à l’extrémité de la place devant le palais Zeaorien. Une statue effondrée gisait en son centre, et de nombreux débris jonchaient les pierres. Des cendres semblaient flotter dans l’air, causées par les projectiles enflammés qui n’avaient cessé de parcourir les cieux pour s’écraser sur les derniers toits de la ville. Partout autours, les flammes ravageaient sans relâche les murs à demi effondrés. Des cadavres carbonisés dont la plupart n’étaient désormais plus qu’un amas de chair ou des squelettes noircis par les flammes gisaient partout autours.

Alienor regardait Ahilya s’avancer. Son visage montrait clairement qu’elle ne souhaitait pas se mesurer à l’ancienne impératrice. La peur la faisait presque trembler devant son adversaire. Mais elle ne devait montrer aucun signe de faiblesse, être digne de son frère et de toutes les victimes causées par l’attaque. Elle positionna ses faucilles dans une position de combat, et, s’efforçait d’avoir plus de rage que de peur. Elle s’élança vers Ahilya, avec toute la rancoeur qu’elle pouvait avoir.

L’Elfe cessa de jouer avec l’épée enchantée et se plaça en position. Elle pouvait rester campée sur ses positions et accueillir la nomade. Toutefois, elle n’avait cessé de remporter la victoire lors de leurs affrontements antérieurs, et elle savait qu’elle avait l’avantage de la force. C’est pour cela qu’Ahilya prit une longue inspiration, et se mit à courir également vers Alienor tout en fouettant l’air de son épée, se préparant à bondir sur elle tel un félin assoiffé de sang.

Alienor vit son assaillante sauter sur elle, et grâce aux lames de ses faucilles, pu dévier le coup d’épée qui lui était destiné. Néanmoins, Ahilya en profita pour lui asséner un coup de pieds bien placé qui la déstabilisa. L’Elfe profita de cet instant pour renchérir en attaquant vers les jambes de la nomade afin qu’elle libère sa garde en haut. Alienor, devinant ce que voulait faire l’elfe, se releva rapidement avec un agilité déconcertante. La sueur coulait le long de ses joues. Soudain, Alienor fit tournoyer ses faucilles, donnant l’illusion qu’elle possédait de nombreuses armes. Puis elle en envoya une vers Ahilya. L’Elfe recula vivement pour se préparer à une contre-attaque, et put ainsi parer le projectile du plat de son épée.
Comprenant suite à cela que son adversaire avait tenté de la berner et qu’elle était désormais vulnérable, elle projeta un jet de flamme sur la nomade pour l’éloigner de la faucille qui s’était plantée dans le sol. Alienor esquiva de justesse les flammes, qui lui avaient brûlé quelques cheveux, puis elle fonça vers Ahilya, envoyant son corps en avant, tout en continuant de faire tournoyer sa faucille. L’Elfe se posta sur sa position, et sursauta en entendant un cri qui ne lui était que trop familier.

Edelron retirait la pointe de la lance qui s’était fichée dans son épaule et, d’un large mouvement de bras, décapita le nomade qui lui faisait face. Le général grimaçait de douleur, mais ne se laissait pas distraire pour autant, et s’appliqua à parer le coup qui suivit. Toutefois, ses mouvements étaient ralentis, et ses adversaires se multipliaient autours. Une première lance se ficha dans son torse, une deuxième ricocha contre son armure. Sous le choc, le général lâcha son épée. Un cavalier le chargea à l’arrière et l’emplafonna de sa lance. Le général fut propulsé au sol alors que sa monture s’écroulait également dans un hennissement strident. Edelron tentait de se relever, mais ne put que mettre un genou à terre. Un premier cavalier se dirigeait à toute allure dans sa direction, ainsi qu’un deuxième de l’autre côté. La pointe de leur lance arrivait à la hauteur du général quand des sifflements se firent entendre et que les destriers s’effondrèrent au sol en pleine course, écrasant leur cavalier sous l’impact. Les archers elfiques tentaient de protéger le général blessé en éliminant les cavaliers qui le chargeaient. Toutefois, ceux-ci étaient trop nombreux… Edelron fut percuté par un cheval qui l’écrasa et l’entraîna dans sa course. Le général sentait ses membres s’arracher un à un, ses os se briser dans de sinistres craquement alors que sa tête frappait lourdement le sol à de multiples reprises, laissant derrière une traîne ensanglantée. Le cheval hennit soudainement, et s’écroula avec son cavalier à côté du corps du général. Son œil valide chercha son impératrice avec désespoir. Le malheureux ne sentait plus son corps, et s’étouffait. Il n’avait plus la force de cracher le sang qui lui obstruait les poumons, et Edelron s'éteignit, en priant pour qu’Adonysia lui pardonne ses méfaits.

Ahilya s’interrompit devant cet affreux spectacle, tremblant de tout son être. Son visage maculé de suie rougissait à vue d’oeil. Les flammes léchant la lame de Ceredril Noruì s’intensifièrent. Elle serrait le pommeau si fermement que du sang s’échappait de ses poings serrés. Son regard se tourna à nouveau vers Alienor, et elle mugit de rage, expulsant tout son désespoir, son chagrin, mais surtout sa colère, sa haine envers le peuple suderon, envers cette ville, envers ces cavaliers, envers Alienor. Alors elle tourna le dos à la Danseuse des sables, et un puissant jet de flammes s’échappa de la pointe de son épée, enveloppant les cavaliers à portée. Une dizaine de soldats criaient de douleur, en choeur avec leurs montures qui se débattaient en se cabrant. Les autres reculèrent, d’eux-mêmes pour ceux qui étaient parvenus à garder le contrôle de leur monture, ou désarçonnés pour les autres. Ahilya poursuivait son oeuvre de mort sans sourciller, ensevelissant les cadavres sous les flammes jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un tas de cendre.

Alienor observait le carnage causé par l’elfe, mais étrangement, son corps semblait ne pas vouloir répondre. Elle observait avec désarrois, et sa peur grandissait, plus facilement que la colère. Les flammes brûlantes du carnage forcèrent Alienor à bouger, voire même à fuir, mais elle ne le voulait pas, pas avant avoir arrêter ce monstre qu’était devenu Ahilya. Elle récupéra sa deuxième faucille, puis activa la magie de ses tatouages qui l’enveloppèrent à son tour de flammes. Puis elle fonça pour la énième fois vers l’elfe, mais cette fois-ci, en retenant ces cris de rage et en voulant être la plus discrète possible.

Elle bondit, entouré de flammes éblouissantes, prête à mettre fin à ce combat. Ahilya se retourna trop tard et fut surprise par la silhouette incandescente de la Danseuse des sables qui lui dessus. Elle para les coups au dernier moment de sa lame et manqua de tomber à la reverse. Des flammes brillaient dans ses yeux, et elle lança à nouveau une attaque sanguinaire. Cette fois-ci, Alienor la pris de plein fouet, et Ceredril Noruì lui transperça les côtes. Alienor se retira de la lame, et s’effondra sur le sol. Ahilya se tenait, triomphante, devant elle, et se prépara à lui asséner le coup de grâce.

Alienor observait l’elfe, le regard assombri par ses cheveux. Puis, d’une voix tremblante, lui dit :

- Ça sera donc toi…. le bourreaux de ma lignée ?

Ahilya dévisagea sa victime, enfin à ses pieds après tant d’années, tant d’affrontements.

- Une dernière volonté avant de périr ? demanda solennellement l’Elfe, tâchant d’offrir à la Danseuse des sables la mort que tout guerrier de renom devrait connaître, bien que ça n’eût pas été le cas d’Edelron.

Alienor inspira fort, n'espérant aucun secours. Soudain, elle sentit un objet au niveau de sa poitrine. “Le collier de Lys !” pensa-t-elle. Puis elle se souvint des capacité que lui offrait le collier. Alors elle regarda Ahilya et lui fit part de ses dernières volontés.

- Transperce moi le coeur, et je pourrais partir en paix...

- Noble fin pour une telle guerrière. Puisse-tu trouver la paix dans la mort, répondit Ahilya en se préparant.

L’Elfe se prépara à asséner le coup fatal, son épée se faisant menaçante au-dessus du visage d’Alienor…

Puis, d’un coup violent, Ceredril Noruì traversa la poitrine d’Alienor, qui s’effondra une dernière fois sur le sol. Ahilya fit tourner la lame dans l’organe de la défunte, et la retira du corps sans vie. L’Elfe se retourna et repartit d’un pas lourd en haletant. La ville avait été rasée, les résistants étaient désormais presque anéantis, et il ne restait désormais plus qu’un Zeraorien en vie, mais celui-ci ne l’intéressait guère. Son travail dans le sud était finalement achevé.

Alors qu’elle marchait, Ahilya ressentit une vive douleur à la poitrine. De surprise, elle manqua de lâcher Ceredril Noruì et se tint le torse en grimaçant de douleur. Un bruit parvint à ses oreilles. L’Elfe se retourna vers le cadavre d’Alienor, mais celui-ci avait disparu.

- Quelle sorcellerie… maugréa-t-elle en percevant un souffle dans son dos.

Alienor était toujours là, derrière elle. Ahilya se crispa, alors qu’elle pensait son ennemi abattu. Elle essaya de brandir Ceredril Noruì, mais la douleur la rattrapa.

- Si j’étais toi, je ne bougerais plus ! dit Alienor. La douleur causée par l’épée que tu m’a foutu dans le torse te revient ma pauvre !

Puis elle sortit un collier en dehors de sa tunique et la montra à Ahilya.

- Ce collier me permet d'exaucer trois voeux, et heureusement, je n’en avais demandé que deux. C‘est mon troisième !

L’Elfe essayait de sa main libre de se comprimer la poitrine mais cela n’avait pas d’utilité, tant que la nomade serait en vie, elle ne serait pas délivrée de ce mal. Dans un cri de guerre, elle prit son élan et chargea Alienor qui, à nouveau d'aplomb, esquiva avec facilité le l’attaque et lui asséna un coup de faucille. Les deux combattantes s’échangeaient des coups chacun plus violents que les autres, les esquivant, les parant. Elles enchaînaient bottes, coups latéraux, coup de pied. Ahilya se sentait faiblir de plus en plus, comme si on lui ponctionnait de l’énergie. Ses attaques n’étaient pas aussi rapides qu’elle le souhaitait, et les coupures s’accumulaient sur son corps meurtri. Elles se déplaçaient tout en combattant, traversant un mur de flammes. La chaleur les fit rougir davantage, et leurs armes glissaient dans leur main. L’affrontement était sans merci, sans pitié. Chaque coup était porté pour tuer.

Puis enfin, après moultes échanges, un coup fatal fut porté...
Elle ne pouvait plus tenir sur ses jambes, la douleur l'empêchant de tenir debout. Alors qu’elle s'apprêtait à s’effondrer, l’autre la rattrapa, portant le corps de la guerrière dans ses bras.

- Tu… Tu as prouvé ta valeur, souffla Ahilya en haletant.

Alienor la regardait, essoufflée par ce combat rude et intense, et lui murmura :

- Toi aussi…. malgré toutes les horreurs que tu as commis, malgré le fait que tu ais tué deux de mes frères… ce fut un honneur de t’avoir pour adversaire…

- Je… souffla l’Elfe, je… je t’ai quand même tuée à la loyale.

Son regard se porta alors sur son abdomen transpercé par une faucille. L’armure ciselée aux couleurs de l’arbre de vie était maculée du sang qui s’échappait à grosses goulées de la plaie. Ahilya tenta de déglutir, mais du sang lui envahissait le palais. Le liquide vermeil déborda sur ses lèvres et coula sur sa joue dont la suie masquait le teint blafard. L’épée enchantée s’échappa de ses mains et les flammes cessèrent de parcourir la lame au moment où elle heurta lourdement le sol. Elle avait finalement perdu. Elle, l’impératrice qui avait tenu tête aux gorzagh’s, qui avait repris le flambeau, qui avait rebâti Fedenrir ainsi que la maison Raevalia, elle qui avait été tant de fois à la tête des armées, Ahilya l’immortelle, tel était le nom qu’elle espérait porter. Malgré la chaleur des flammes avoisinantes, un frisson s’empara de son corps. Elle essaya d’en profiter tant que possible, car c’était probablement sa dernière sensation avant de quitter ce monde. Son regard se posa sur le visage de la nomade, visiblement également éprouvée par ce duel sanguinaire. Sa vue se brouilla, petit à petit l’obscurité s’emparait d’elle, jusqu'à l’envahir complètement.


EPILOGUE


Alienor portait le corps d’Ahilya, ne voulant pas la poser, elle souhaitait lui construire une tombe digne d’elle. Quand elle se retourna, les flammes qui l’entouraient étaient devenues pourpres, à cause du sang de l’elfe qui avait coulé. Ceredril Noruì était par terre, toujours intacte. Alienor l’observa, puis finalement partit, pour donner le corps d’Ahilya à ses ennemis, “ils sauront bien quoi faire d’elle” pensa t-elle avant de disparaître dans les flammes pourpres.


coécrit avec Zera
Avatar de l’utilisateur
Raevalia
Vice-Roi
 
Messages: 220
Inscription: Mer 28 Fév 2018 01:11

Retourner vers La Bibliothèque

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités